26/05/2016

Démocraties secouées

Démocraties secouées En France c’est à nouveau la chienlit dirait le Général de Gaulle. Curieux pays, porte étendard des droits de l’homme et des libertés mais qui, pour ce qui le concerne, invente sans cesse un parfum original, mélange de monarchie et d’anarchie. La révolution parcourt son histoire, la réforme et l’adaptation sont des mots étrangers. Etonnante péripétie : le projet de loi sur le travail, émasculé en cours de route, n’a plus guère d’attraits pour les chefs d’entreprise mais la possibilité, inscrite encore, de privilégier parfois des accords d’entreprise suffit à lancer le syndicat CGT dans un combat d’enfer.

 

Pays paralysé, regain de croissance et petite amélioration sur le chômage menacés : la CGT n’en a cure. Ce syndicat en perte de vitesse, si peu représentatif en fait, lutte pour retrouver et consolider une position de force. Quant à limage qu’elle a du monde économique, du monde du travail et des rapports sociaux elle date d’un autre siècle. Faute d’en avoir conscience, le syndicat et ses supporters dans la lutte risquent de mettre la France, --donc ses entreprises et leurs salariés--, en situation durable d’infériorité et de fragilité en regard de l’économie mondiale interconnectée.

 

C’est vraiment dommage lorsque l’on observe les atouts français, la productivité des travailleurs français. Un patron d’une petite entreprise de l’hexagone vient d’écrire une lettre ouverte au leader CGT : une merveille de lucidité, d’ironie acide et de tristesse. Mais ne rions pas. Lorsque la France est secouée, c’est toute l’Europe qui est affectée ; économiquement et, moins directement, politiquement. En effet, c’est ensemble que les pays européens doivent s’adapter aux conditions du siècle, dans l’innovation et la souplesse. Cela vaut pour la Suisse. Elle ne s’en tire pas mal pour l’instant. Une longue habitude de la négociation sociale y est pour beaucoup.

 

La France a de nombreux accords de branche, mais dès lors qu’il s’agit d’envisager de vraies réformes, c’est la rue qui dicte le tempo. Il faut reconnaître que nos démocraties sont à l’épreuve. Elles ne se portent jamais mieux que dans des alternances ou des alliances dynamiques entre libéraux et sociaux-démocrates. Or, on voit ici la vieille extrême gauche raviver des feux de camps et l’ancienne extrême droite ressurgir à la faveur de la crise migratoire, des cohabitations culturelles plus ou moins ratées et d’une renaissance du sentiment nationaliste.

 

On sait de longue date que l’extrême droite et l’extrême gauche sont potentiellement des ennemis mortels tout en étant des espèces du même type, fonctionnant de la même manière. Il est probable, qu’en raison de plusieurs facteurs cumulatifs, nos démocraties européennes vont connaitre des turbulences croissantes. S’impose donc une exigence. Là où existe une solidité démocratique fondée sur des valeurs bien établies : confirmer sans cesse la conjugaison indispensable de la fermeté sur les principes institutionnels clés et la mobilité d’esprit, la capacité d’adaptation devant les défis du siècle.

 

On pense ici notamment à la Suisse. Là où le socle démocratique est resté friable et où la rigidité des esprits et des normes empêchent les adaptations nécessaires : assumer l’épreuve de force permettant un vrai développement d’une démocratie moderne. On pense notamment à la France. Sans tout admirer dans l’action de Margareth Thatcher, on doit reconnaître qu’elle a cassé une capacité de nuisance syndicale à l’époque, et que le Royaume Uni, en dépit de ses zones d’ombre, n’a plus été perçu comme l’homme malade de l’Europe. Après on a pu avoir de légitimes controverses sur l’Etat social. Finalement, il est normal et lucide d’être inquiet. Mais l’histoire des hommes et des peuples a toujours recelé des motifs d’inquiétude. Il n’y en que plus de raisons de s’engager et de vouloir à la fois conserver le meilleur et réformer pour du meilleur. C’est après tout la raison d’être de la bonne politique en démocratie.

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Commentaires

La France ne s'est pas construite elle s'est toujours reconstruite après des événements d'une telle ampleur qu'elle n'avait d'autre choix. En France on fou tout par terre et on commence autre chose. Le pays des droits de l'homme permet à ses mêmes hommes de le foutre en l'air, pourquoi pas... Mais la différence c'est que cette fois ce n'est plus seulement la France qui qui est en question mais la nation, la non-France se tient en embuscade prête à profiter du chaos pour s'emparer du pouvoir. Les français ne devraient pas commettre l'erreur de saborder ce qui reste encore de valide dans leur pays leur désunion pourrait sonner le glas de la liberté de l'égalité et de la fraternité.

Écrit par : norbert maendly | 26/05/2016

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