11/04/2016

Main et voile:le test de valeurs

Main et voile : le test de valeurs L’autre jour, dans une émission de la télévision romande, une Conseillère nationale socialiste s’emberlificotait avec une argumentation peu compréhensible au sujet du fait révélé dans une école de Bâle campagne. Deux adolescents musulmans ont refusé de serrer la main de la maîtresse de classe, laquelle accueille ainsi chaque jour ses élèves.

 

La députée relativise. Il ne s’agit pas d’une atteinte à des valeurs fondamentales. Laissons ces cas rares être gérés de manière pragmatique par les intéressés : en l’occurrence la direction de l’école et les parents. N’en faisons pas une affaire nationale. Cela, bien qu’elle comprenne des réactions choquées au sein même de son parti. Mais passons à autre chose, dit-elle en substance. Heureusement qu’il y a des figures politiques qui, d’un seul regard, ont compris l’enjeu ; à commencer par la Conseillère fédérale socialiste Simonetta Somarugua.

 

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette ministre démontre sa clarté d’esprit. L’argument insistant sur la rareté de ce genre de faits est aussi faible qu’inquiétant. D’ailleurs, on apprenait qu’un fait similaire avait lieu dans une école genevoise. Evidemment, il semble pratique de ne pas en parler et de passer là-dessus comme chat sur braise. Or, si le pragmatisme, la négociation si helvétique, à laquelle se référait la députée socialiste, a ses vertus, il ne s’agit plus de cela lorsque l’on touche aux conditions de notre vie sociale et aux valeurs portant cohésion de notre société.

 

On est ici en face d’une attitude séparant les hommes et les femmes, indiquant une idée de péché pour l’homme qui toucherait la main d’une femme en guise de salut. Ce serait contraire à la religion. Tels furent les propos du père. Comment ne pas dire que c’est inadmissible. Aucun discours sur la tolérance, la compréhension d’une culture particulière ne saurait le justifier.

 

Aujourd’hui, une majorité des élèves musulmans en Suisse ne s’aligne pas sur cette répulsion distante envers la femme. Mais demain ? Des études très sérieuses montrent que le courant salafiste gagne du terrain chez les Musulmans d’Europe. Il y a une affirmation forte qui ébranle les modérés et pourrait finir par les impressionner assez pour qu’ils s’alignent ; ne serait-ce que pour ne pas être chahutés par leurs coreligionnaires militants. On imagine la suite. Séparation dans les bus. Classes non mixtes. Piscines etc… Non, le pragmatisme, la négociation cas par cas ne sont pas des solutions. C’est maintenant, sans attendre, qu’il faut marquer les positions au nom de nos valeurs ; auxquelles tout résidant chez nous doit se conformer.

 

Oh, il n’y a rien de tyrannique. Ce sont des fermetés sur des points précis au nom de valeurs reconnaissables. Il est souvent question aussi du voile. On peut hésiter sur l’interdiction ou non du voile sur les cheveux pour les élèves filles de l’école publique. Il est vrai que l’attitude n’est pas la même que celle de garçons refusant de serrer la main d’une enseignante. Toutefois, une augmentation des cas de voile, sous pressions familiales et des entourages, pourrait instaurer un climat ambigu. En revanche, on ne saurait hésiter sur l’interdiction, pour des représentantes de l’Etat, enseignantes ou autres fonctionnaires, de porter le voile. Il y aurait là une contradiction trop visible avec la neutralité religieuse de l’Etat et le principe de laïcité.

 

Et que l’on ne vienne pas comparer le voile avec de petites croix discrètes que l’on devine parfois autour du cou. La distance ostensiblement marquée par des Musulmanes vis à vis de l’Etat laïque, garant de l’égalité des sexes, ne peut être banalisée. Si l’on observe nos voisins d’Europe occidentale, quelles conséquences funestes, découlant en partie d’un renoncement à l’affirmation constante des valeurs repères ! Au nom du respect, si mal réfléchi, de la diversité on a peut être contribué à planter des germes de guerre civile.

 

Dramatisation irréaliste ? Peut être. Il faut l’espérer. Incitation au populisme xénophobe ? Non. On peut maitriser le cours des choses, mais à une condition : savoir où être tolérant, ouvert ; et où être ferme, exigeant. Il importe de tenir cette ligne aujourd’hui, alors qu’il est encore temps. Merci, madame la Conseillère fédérale de nous l’avoir parfaitement rappelé.

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Commentaires

Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le deshonneur et vous aurez la guerre. Winston Chrchill

Écrit par : norbert maendly | 12/04/2016

@Monsieur Eggly en arriver à faire un affaire d'Etat c'est un monde dirait un ancien
A notre époque la Commission Scolaire aurait réagi elle même sans ameuter l'opinion mondiale
On reste au demeurant interloqué devant pareilles réactions surtout qu'on cherche de plus en plus à faire disparaitre sous le paillasson de l'histoire tout ce qui est en apport avec les exactions commises par des religieux à l'égard de nombreux enfants
Mais heureusement certains reportages comme hier soir sur les filles méres maltraitées en Irlande permettent de relativiser ce qui ne sera jamais comme ce manque de politesse dont il est question dans votre billet c'est à dire pour certains vouloir tuer des humains qui n'avaient que les mots Amour et Fraternité en bouche alors que d'autres se sont détournés de la religion à tout jamais
Très bonne journée pour Vous Monsieur Eggly

Écrit par : lovejoie | 12/04/2016

"Dramatisation irréaliste ? Peut être."
Certainement pas ! On nous a enseigné autrefois que le courage faisait partie des vertus à pratiquer. Apparemment on peut s'en passer si l'on veut être Conseillère nationale socialiste. Car c'est un acte de courage que de s'opposer à une idéologie qui prône l'oppression de la moitié du genre humain.

Écrit par : Mère-Grand | 12/04/2016

Un faux problème pour un faux débat, un vrai débat pour un faux problème, une vrai débat pour un vrai problème ? Autant de questions croisées et décroisées dont je ne sais trop que retenir. Ce que l’on observe, c’est que chaque « concession » en appelle une autre, sans cesse, avec chaque fois ce petit pas apparemment insignifiant mais qui agit selon la mode « crémaillère », i.e. on avance ou on s’immobilise mais on ne recule jamais.
Ici les cours de gym, là les poignées de main – exclusivement envers la femme ! – encore ailleurs les sorties, le vivre ensemble (on devrait écrire le non-vivre ensemble). et demain le contenu des cours (la biologie et la théorie de l’évolution , les auteurs en littérature, quoi encore ?).
Là c’est la place de la femme qui est mise en question. Une place que lui renie une partie des pratiquants d’une religion qui, par son intransigeance, oppose les uns et les autres, surtout les unes !

Écrit par : uranus2011 | 12/04/2016

Une majorité d'étudiants juifs en Suisse ne s'alignent pas non plus sur cette exigence de l'Ancien Testament, et pourtant certains d'entre eux s'y soumettent aussi. Et c'est tout aussi intolérable chez nous!

Écrit par : Max waldburger | 13/04/2016

Une majorité d'étudiants juifs en Suisse ne s'alignent pas non plus sur cette exigence de l'Ancien Testament, et pourtant certains d'entre eux s'y soumettent aussi. Et c'est tout aussi intolérable chez nous!

Écrit par : Max waldburger | 13/04/2016

Faut-il obligatoirement serrer leur main aux profs?

Autrefois, non.
Les profs ne serraient pas les mains.

Mais il faut dénoncer hautement et... faire affaire d'Etat les poignées de mains "sexistes" refusées, foulards, voiles ou autres accoutrements.

Plus nos autorités se montreront "compréhensives" cultuellement et culturellement... plus elles seront en réalité méprisées, comme pour les enfants de parents laxistes, et de moins en moins prises au sérieux (tout en en profitant, islam parlant, au maximum).

Les insultes gratuites concernant l'islam inutiles également.

Pourquoi ne pas connaître mieux notre judéo-christianisme (ne serait-ce que pour discuter sereinement avec des personnes tel Tariq Ramadan)!

A-t-on appris à nos enfants que, pour le judaïsme, kabbale (Sagesse) le sang et l'encre tel qu'apparaît ce signe sur des fronts signifie
imagination pour le sang, intellect pour l'encre?

Imagination fées ou, selon, folles du logis.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 13/04/2016

Aucun point de comparaison de valeurs ici. Mais juste 1 truc: C'EST MARRE.

marre de se voir obligés de défendre
à leur place
les besoins de musulmans plus ou moins intégristes ou en refus d'intégration sociétale

marre de devoir financer
- dans X pays les aides aux développement formats XXL d'innombrables demandes d'ONG,
- et devoir en parallèle dans notre pays financer aux formats XXL les soutiens d'assoces de ses minorités & leurs membres, s'institutionnalisant en choeur victimes des mêmes crimes,

tous victimes du même mal d'intégration, ce dont les contribuables les finançant doivent bien garder conscience
- sinon, c'est quand leurs financements leurs servent à entretenir ces motifs,
que nos élus devraient lever un sourcil.

Bref. y'en a marre, ces minorités sont trop gâtés en Suisse.

Écrit par : divergente | 13/04/2016

En cette matière, nos élus de gauche, aussi médiocres qu'opportunistes, tentent vainement de faire passer leurs décisions comme relevant de la tolérance, qui est vertu, alors qu'il ne s'agit en réalité que de faiblesse qui est vice.
La gauche brade ainsi nos valeurs les plus fondamentales en espérant se faire, par défaut, un petit billet électoraliste au passage.
Il est grand temps que cette gauche là, déconnectée de sa base, ne roulant que pour le maintien de ses acquis, morde enfin la poussière.

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 16/04/2016

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