24/03/2016

Pâques quand même

Après Paris, Bruxelles ; au cœur de l’idée européenne. Les terroristes ont une base arrière et un support idéologique : Daech. Eux-mêmes sont, le plus souvent à ce qu’il semble, de tristes délinquants qui trouvent comme une sorte de transcendance diabolique. Assassins de masse et martyrs.

On le constate : les mesures de sécurité, la coordination nationale et internationale des polices, des services de renseignement n’a pas suffi, même si elle a évité beaucoup de drames potentiels. Il va falloir intensifier encore tous ces efforts. Nous devrons nous habituer aux contrôles tracassiers renforcés. Par ailleurs, nous savons bien que les causes de ce terrible état de fait sont multiples. Il y a les anciennes déstabilisations régionales, des états mal ancrés dans leurs sociétés, les effets de la colonisation puis de la décolonisation, le sous-développement à nos portes, la non intégration dans les banlieues européennes d’une jeunesse musulmane sans vrais repères culturels et religieux mais avec des réflexes de rejet envers ceux dont ils se sentent exclus. Tout cela demande des analyses complètes.

Rien n’est simple. L’action à mener est aux multiples fronts. Il n’y a pas d’autre choix que de la mener, tout en essayant aussi de maîtriser la lourde crise des migrants en masse. Cette dernière nous met en face d’exigences humanitaires, morales, culturelles et sécuritaires. Lorsque l’on a dit tout cela, on doit bien se résoudre à une prédiction peu rassurante.

En Europe de l’ouest, en tout cas, nous avons vécu durant plusieurs décennies dans une situation privilégiée à tous égards. Nous avions oublié que c’était presque une anomalie dans l’histoire de notre continent. Il va falloir, tout en soutenant les mesures indispensables, admettre que allons avoir à vivre avec un danger permanent dissimulé au milieu de nous, dans le cours de notre existence quotidienne. Et il faut continuer à mener notre existence, sans nous laisser impressionner le moins du monde, en mettant la peur de côté, en attachant peut être encore plus de prix à ce sel de la vie dont nous avons parfois perdu le goût précieux.

Dans le Royaume Uni en guerre, les Anglais rassemblés derrière Churchill n’ont pas tremblé. Les Citoyens et habitants de nos démocraties européennes ne doivent pas trembler. A la fin, fût-ce avec du sang et des larmes, nos démocraties sont faites pour l’emporter sur tous les ennemis de tous genre. Mais si chacun doit être prêt à la plus grande fermeté, il y a un front crucial à tenir : celui de nos valeurs.

Sans faiblesse, sans aucune tentation de les relativiser, nous devons les affirmer : liberté personnelle, égalité des droits, notamment entre hommes et femmes, respect des convictions mais dans le cadre garanti par l’Etat, laïcité… Oui c’est le moment de savoir et de dire mieux qui nous sommes, ce que sont nos sociétés démocratiques, ce que nous tolérons, ce que nous refusons, ce que nous attendons de ceux qui partagent notre quotidien, d’où qu’ils viennent. Le danger a cette vertu de nous ramener à nous-mêmes.

Et puis on a envie d’ajouter autre chose. Ces horreurs de Bruxelles ont eu lieu peu avant les fêtes de Pâques chrétiennes. Jeudi, avait lieu l’enterrement de Francesca Pometta, qui fut la première femme ambassadeur de Suisse. La messe fut belle et le prêtre eut des mots forts. L’Ambassadeur Pometta a été une diplomate engagée au service de son pays et aussi pour le dialogue, la paix. Ferme sur les principes, fondamentalement honnête, parlant vrai, crédible et humaine. Or, elle a été une femme viscéralement attachée à sa foi chrétienne. Précisément, le prêtre se référa à la lettre de Paul aux Galates et au passage où Jésus, trois jours après sa mort, chemine à côté de deux disciples qui ne le reconnaissent pas. Passages extraordinaires où l’on trouve l’ouverture à tous les peuples, l’égalité entre les hommes, entre eux et les femmes ; et puis cette idée que la présence est intérieure à chacun, visible avec les yeux de la foi : aimer pour voir, voir en aimant.

Le contraste était saisissant entre ces instants passés dans une église et les événements tragiques advenus en Belgique.

Face au terrorisme, il y a nos valeurs. Il y a également nos racines à revivifier en nous. Nos pays européens doivent être ouverts à tous les apports qui ont contribué à les façonner. Il n’en demeure pas moins qu’un héritage essentiel est l’héritage chrétien, porteur d’un message inouï.

Que les églises aient tellement trahi ce message, que les lectures littérales de la Bible ne soient plus crédibles, que la présence divine, l’au delà de la mort appartiennent à un mystère inatteignable par la science humaine, même en progrès vertigineux et constants : tout cela ne change rien au fait que le meilleur du message chrétien est un socle, une confiance, une espérance, une référence pour être et agir. En avoir conscience, le ressentir fortement en ces jours de pâques, c’est affirmer haut et fort que le souffle de vie et d’amour, parmi les hommes et en chaque homme est infiniment plus beau et puissant que tous les souffles noirs des engins de mort.

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14/03/2016

L'expulsion d'un Erythréen qui fait mal

L’expulsion d’un Erythréen qui fait mal Il y a quelques jours, à quatre heures du matin, des policiers sont venus chercher un Erythréen à Anières, au lieu d’hébergement des requérants d’asile. Ils l’ont embarqué devant sa femme et ses enfants effarés, puis ont organisé son refoulement vers l’Italie. A juste titre, le fait a choqué. A juste titre, il y a eu des réactions indignées. Pourtant, comme toujours en politique, il faut une appréciation de l’ensemble, du contexte, puis examiner quelle était la marge de manœuvre, voire la décision à prendre, --ou à ne pas prendre--, dans le cas particulier. Enfin, il s’agit d’examiner la manière. La venue en Europe de migrants érythréens fait partie du grand problème posé à l’Europe par l’afflux vertigineux des migrants en général. Ces Erythréens sont-ils des persécutés au sens de notre loi, ou des personnes qui cherchent une situation meilleure ? La question est délicate, et discutée. Toujours est-il que la question se pose dans le cadre de l’Accord dit de Dublin. Aux termes de cet accord, c’est le pays de premier accueil qui doit traiter le dossier : en l’occurrence l’Italie. Cet Erythréen n’est pas resté en Italie, sa famille non plus. Il a préféré venir en Suisse. Il argue notamment du fait qu’il aurait été mal reçu là bas. Et il faut dire aussi que ce pays est submergé. Par ailleurs, il semble, en effet, que cet Erythréen avait réussi à nouer des liens, à trouver des occupations, au fil de plusieurs années ; bref qu’il aurait été sur un chemin positif d’intégration. A cela, dans le contexte général, on doit apporter deux réponses. L’Accord de Dublin est très important. Certes, il faudrait que la Suisse participe à une meilleure répartition concertée des migrants. Mais on ne saurait ignorer l’Accord et considérer que des Erythréens, par exemple, auraient le droit de passer d’un pays à l’autre, au gré du souhait d’un meilleur accueil, et le droit d’y amener leur regroupement familial. On tomberait alors dans le désordre. Ajoutons tout de même qu’il est connu et reconnu que les Erythréens en général s’assimilent difficilement à notre mode de vie, et que cela pose maints problèmes. Enfin, rappelons que les cantons sont des entités d’exécution de décisions prises par la Berne fédérale, selon des critères définis. Prenons enfin acte de la volonté de Berne d’accélérer le plus possible les procédures, afin que les renvois, notamment, ne se produisent pas des années plus tard ; quand bien même ces procédures doivent respecter l’Etat de droit : et donc les voies de recours, dont les défenseurs attitrés des réfugiés usent et abusent souvent ; ce qui complique aussi les choses. Il est important de poser clairement ces repères avant d’apprécier le cas particulier. Et là, on peut avoir une autre approche. Il nous semble que si une personne hébergée par un canton, par une commune montre une particulière bonne volonté d’insertion dans le milieu environnant, cela peut mériter que le canton insiste auprès de Berne afin que cette situation soit prise en considération. En tout cas, si la décision de renvoi est confirmée, tout doit être fait pour obtenir l’assentiment de l’intéressé. Il se trouve qu’il ne voulait pas retourner en Italie. Alors, si le renvoi forcé devient inévitable, avec la gêne que cela procure, la manière est essentielle. Informer, préparer l’action, la conduire à une heure raisonnable. Le risque de fuite, de disparition dans la nature ne saute pas aux yeux dans ce cas. Bref, quand bien même on sait qu’une politique cohérente et ferme est nécessaire, on reste mal à l’aise devant ce qui s’est passé : tant le renvoi lui-même que la manière. Y aura-t-il une suite dans ce cas précis ? En tout cas, il y a lieu, à Genève, de clarifier les instructions afin que la fermeté n’exclue pas la sensibilité et l’humanité.

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02/03/2016

L'Udc stoppée mais les problèmes demeurent

L’UDC stoppée mais les problèmes demeurent Le refus populaire de I’Initiative de l’UDC, dite de mise en oeuvre de la précédente, est un motif de soulagement. Les observateurs n’ont pas manqué de souligner le coup d’arrêt porté à l’UDC grâce à une très grande mobilisation des opposants. Ce refus est heureux pour plusieurs raisons, bien saisies par la majorité des votants. Et beaucoup d’abstentionnistes habituels ont compris, cette fois, qu’il fallait voter. Cette Initiative allait trop loin quant à la définition des délits pouvant justifier l’expulsion d’étrangers. Elle n’en laissait pas moins des lacunes à cet égard. Elle ne laissait plus la marge d’appréciation nécessaire au Juge pour décider ou non d’une expulsion. Surtout, elle déséquilibrait le jeu démocratique, car l’UDC avait lancé cette Initiative de mise en ouvre avant même que la Loi d’application de la première ait été mise sous toit par le Parlement. On était dans la confusion des pouvoirs, dans l’appel à une méfiance viscérale envers le Parlement. C’était bel et bien l’équilibre de nos Institutions et la véritable place de la Démocratie directe qui étaient en cause. On peut espérer un recadrage durable et une prise de conscience de l’UDC . Premier parti de Suisse en force électorale, ayant retrouvé ses deux Conseillers fédéraux, elle devrait mieux trouver une ligne compatible avec l’esprit de nos Instituions. Cela étant, remettons aussi les pendules à l’heure. L’Initiative première visant les criminels et délinquants étrangers a été acceptée par le Peuple et les Cantons. Elle doit être respectée. La loi d’application, dure mais juste, devra l’être aussi. En toute considération pour le Pouvoir judiciaire, disons que des Juges qui invoqueraient trop souvent l’intérêt du délinquant à ne pas être expulsé donneraient des arguments à l’UDC pour repasser à l’offensive. Les Juges n’ont certes pas à s’aligner sur des positions de politiciens. Ils ont leur liberté d’appréciation dans les marges de la Loi. Mais ils n’ont pas non plus à tirer l’application de cette Loi vers des préférences idéologiques personnelles. L’appréciation des cas de rigueur s’opposant à l’expulsion devrait être,--souhaitons le,--, humaine dans des cas précis mais généralement la plus objective possible et nécessairement juste mais dure. A vrai dire, l’inquiétude majeure ne tient pas tellement à cette proportion d’étrangers délinquants. L’insécurité en Suisse ne vient pas que des étrangers. Elle est réelle, ne doit pas être banalisée mais non plus dramatisée. Il n’empêche que les incidents de Cologne et dans d’autres villes allemandes, voire dans d’autre pays ont mis le doigt sur une difficulté culturelle d’assimilation à nos valeurs, à nos règles chez des migrants musulmans. Pas d’amalgame, pas de généralisation diabolisante : on est d’accord. Mais les faits sont là et ils sont têtus. Il a fallu des siècles à nos Sociétés européennes pour conjuguer des héritages longtemps antagonistes. Elles sont imprégnées d’une forte histoire chrétienne. Elles ont élargi leur horizon avec le siècle des lumières. Elles ont, plus ou moins pour certaines, surmonté les ténèbres et les horreurs de la période des totalitarismes. Elles ont ancré le principe cardinal de la laïcité et donc la séparation du religieux et du politique. Elles ont laborieusement tiré la liberté de la femme à la hauteur de celle de l’homme. Tout cela forme un socle, un facteur essentiel de cohésion. Or, même pour certains Musulmans dits modérés, éloignés de tout extrémisme, de toute délinquance, adhérer de coeur et d’esprit à cet héritage délicat n’est pas évident. Pourtant, c’est une condition sine qua non pour l’équilibre de nos sociétés. En ce qui les concerne, nos autorités fédérales et cantonales devraient avoir les paroles et les actions les plus claires qui soient ; loin des propos élastiques relativisant l’enjeu. Il ne s’agit pas de tomber dans les abus de langage qui évoquent une guerre de civilisation. Il importe, tout simplement, d’affirmer ce qui est, ce qui doit être et d’imposer les règles du jeu. C’est dans ce contexte, par exemple, que le foulard doit être proscrit chez les titulaires d’une fonction publique ; que la mixité dans les établissements publics doit être la règle…Nous sommes dans une époque charnière. Serons-nous encore maîtres de notre destin, aptes à guider les évolutions ? Ou bien serons-nous des bouchons passifs flottant sur des eaux inconnues et voués à la dilution d’une identité forgée par l’histoire ? Que d’erreurs déjà, avec bien sûr des responsabilités partagées ! les banlieues françaises, les quartiers hors contrôle dans les villes anglaises, de même à Bruxelles et ailleurs : quel échec historique ! l’Europe n’a pas su voir venir et elle en paie le prix. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas accueillir, comprendre, respecter l’autre dans sa culture, ce qu’il est. Mais cette ouverture doit se faire dans le cadre nécessaire et exigible. Cela étant, la crise des Migrants, comme on dit, renvoie aux échecs politiques et militaires des Occidentaux en libye, en Irak, en Syrie et ailleurs. Tout ce que la Suisse peut et pourra faire afin de contribuer aux efforts d’apaisement permettant aussi des retours, elle le doit. Et puis, naturellement, elle doit, en concertation mais non sans précaution, assumer sa part de l’accueil humain de ces migrants en détresse ; que cet accueil soit temporaire ou durable. En définitive, rien n’est simple, tout est devenu hasardeux. Il n’en faut que davantage des paroles et des actions claires, des repères et des critères visibles, reconnus. Il nous faut des hommes et des femmes d’Etat. La dilution et la confusion, en politique, sont les ferments des maux à venir.

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