14/03/2016

L'expulsion d'un Erythréen qui fait mal

L’expulsion d’un Erythréen qui fait mal Il y a quelques jours, à quatre heures du matin, des policiers sont venus chercher un Erythréen à Anières, au lieu d’hébergement des requérants d’asile. Ils l’ont embarqué devant sa femme et ses enfants effarés, puis ont organisé son refoulement vers l’Italie. A juste titre, le fait a choqué. A juste titre, il y a eu des réactions indignées. Pourtant, comme toujours en politique, il faut une appréciation de l’ensemble, du contexte, puis examiner quelle était la marge de manœuvre, voire la décision à prendre, --ou à ne pas prendre--, dans le cas particulier. Enfin, il s’agit d’examiner la manière. La venue en Europe de migrants érythréens fait partie du grand problème posé à l’Europe par l’afflux vertigineux des migrants en général. Ces Erythréens sont-ils des persécutés au sens de notre loi, ou des personnes qui cherchent une situation meilleure ? La question est délicate, et discutée. Toujours est-il que la question se pose dans le cadre de l’Accord dit de Dublin. Aux termes de cet accord, c’est le pays de premier accueil qui doit traiter le dossier : en l’occurrence l’Italie. Cet Erythréen n’est pas resté en Italie, sa famille non plus. Il a préféré venir en Suisse. Il argue notamment du fait qu’il aurait été mal reçu là bas. Et il faut dire aussi que ce pays est submergé. Par ailleurs, il semble, en effet, que cet Erythréen avait réussi à nouer des liens, à trouver des occupations, au fil de plusieurs années ; bref qu’il aurait été sur un chemin positif d’intégration. A cela, dans le contexte général, on doit apporter deux réponses. L’Accord de Dublin est très important. Certes, il faudrait que la Suisse participe à une meilleure répartition concertée des migrants. Mais on ne saurait ignorer l’Accord et considérer que des Erythréens, par exemple, auraient le droit de passer d’un pays à l’autre, au gré du souhait d’un meilleur accueil, et le droit d’y amener leur regroupement familial. On tomberait alors dans le désordre. Ajoutons tout de même qu’il est connu et reconnu que les Erythréens en général s’assimilent difficilement à notre mode de vie, et que cela pose maints problèmes. Enfin, rappelons que les cantons sont des entités d’exécution de décisions prises par la Berne fédérale, selon des critères définis. Prenons enfin acte de la volonté de Berne d’accélérer le plus possible les procédures, afin que les renvois, notamment, ne se produisent pas des années plus tard ; quand bien même ces procédures doivent respecter l’Etat de droit : et donc les voies de recours, dont les défenseurs attitrés des réfugiés usent et abusent souvent ; ce qui complique aussi les choses. Il est important de poser clairement ces repères avant d’apprécier le cas particulier. Et là, on peut avoir une autre approche. Il nous semble que si une personne hébergée par un canton, par une commune montre une particulière bonne volonté d’insertion dans le milieu environnant, cela peut mériter que le canton insiste auprès de Berne afin que cette situation soit prise en considération. En tout cas, si la décision de renvoi est confirmée, tout doit être fait pour obtenir l’assentiment de l’intéressé. Il se trouve qu’il ne voulait pas retourner en Italie. Alors, si le renvoi forcé devient inévitable, avec la gêne que cela procure, la manière est essentielle. Informer, préparer l’action, la conduire à une heure raisonnable. Le risque de fuite, de disparition dans la nature ne saute pas aux yeux dans ce cas. Bref, quand bien même on sait qu’une politique cohérente et ferme est nécessaire, on reste mal à l’aise devant ce qui s’est passé : tant le renvoi lui-même que la manière. Y aura-t-il une suite dans ce cas précis ? En tout cas, il y a lieu, à Genève, de clarifier les instructions afin que la fermeté n’exclue pas la sensibilité et l’humanité.

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Commentaires

Je partage votre analyse et j'avais écris sur un autre blog que cette affaire ne ressemble pas à l'image que je me fais d'un pays comme la Suisse, sans parler de Genève qui n'est pas très fier de ce branle-bas de combat.

Autant le laxisme de la police face aux casseurs de décembre est excusable que cette contre-partie concernant ce réfugié, l'est moins !

Attention aux extrêmes !!

Écrit par : Corto | 16/03/2016

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