22/12/2015

Casseurs: durcir la doctrine

Casseurs : durcir la doctrine Les responsables de la police genevoise supportent mal les critiques qui leur sont adressées après les tristes exploits des casseurs. La chef s’est même cabrée sèchement devant les médias. Or, ils devraient comprendre l’incompréhension de nombreux citoyens. D’ailleurs, sur les événements eux-mêmes, on sent que le Conseiller d’Etat Maudet réfléchit et se rend compte que quelque chose cloche. Le propos n’est pas ici de s’en prendre à des policiers qui ont une tâche difficile. Mais il s’agit de s’interroger sur les conditions pour un engagement musclé. Que nous disent les chefs. On respecte la doctrine, la même que dans les autres villes suisses. Devant une manifestation non autorisée, on observe, on barre certains accès , par exemple ceux menant à des bâtiments officiels, on n’intervient que lorsque les actes violents sont avérés : donc pas les tags mais la casse proprement dite et forcément, vu le dispositif léger, avec un bon temps de retard. Mieux vaut cela, nous dit-on encore, qu’une intervention prématurée créant l’incident avec l’ensemble des manifestants et risquant de voir des groupes éparpillés sévir un peu partout. Telle donc serait la doctrine. Eh bien, il faut changer la doctrine et se donner les moyens d’une nouvelle approche. Dans nos démocraties, on n’a que trop tendance à banaliser des actes illicites, à s’habituer à une marge de tolérance sur ce qui ne devrait pas être toléré. Depuis toujours, un esprit libéral estime que l’indulgence devrait être plus grande envers les petites infractions commises par tout un chacun à son insu de son plein gré, et que la rigueur devrait être plus forte envers les délits contre les personnes et les biens. On assiste trop souvent au contraire. Lorsqu’une manifestation non autorisée démarre, la probabilité d’une dérive violente est grande. La participation de casseurs attendant le moment propice pour déborder cette manifestation est tout sauf une surprise. A cet égard ceux qui organisent une telle manifestation, en comptant le cas échéant sur la police, ont une grosse responsabilité, qu’ils nient le plus souvent avec une belle lâcheté. C’est vraiment trop facile ! Mais il est évident que l’on attendrait de la police une surveillance massive et continue du cortège inquiétant. Et dès que des tagueurs entrent en action, il faudrait intervenir pour les empêcher autant que possible. Surtout, dès que des casseurs s’y mettent à leur tour, il faudrait réagir durement, quitte à ce que les manifestants non violents soient mal pris dans l’affaire. Encore une fois, ils ont pris le risque. Lors d’une manifestation autorisée, avec les contacts nécessaires entre les organisateurs et la police, on garde le contrôle. Ici, la priorité n’aurait pas dû être de circonscrire le périmètre des dégâts mais de tout faire pour les empêcher. Et, s’il le faut, il y a lieu d’utiliser les grands moyens : canons à eau et gaz lacrymogènes par exemple. Surtout, il faut tout entreprendre pour arrêter les casseurs. Il est choquant de penser qu’aucune arrestation n’a eu lieu sur le moment et, qu’au mieux, on en aura quelques unes après enquête. Les lignes ci-dessus peuvent sembler rigides. Elles reflètent simplement ce que des citoyens et habitants d’une ville attendent de l’Etat : la protection des personnes et des biens. C’est la première mission d’un Etat démocratique. Naturellement, il en a d’autres. Le formalisme juridique à l’égard de l’Usine n’était peut être pas la meilleure chose, pour autant que des conditions de maitrise par les responsables du lieu de culture alternative aient été remplies. Et puis, quelquefois, des solutions transitoires d’apaisement ont été opportunes. Un Libéral, Claude Haegi alors Conseiller administratif, avait su gérer le problème des squatts. Il faut qu’il y ait à Genève des espaces, théâtres, cafés… où la marginalité puisse exister, la contestation verbale s’exprimer. Une société démocratique doit offrir ces aires de respiration hors du convenu. En revanche, il y a une ligne rouge à ne pas dépasser, ou alors à ses risques et périls : celle qui sépare la liberté de parole et d’action du déchaînent violent contre les êtres et lesbiens. Souvenir : l’année 19 68. Alors que des jeunes , à Prague , s’opposaient à mains nues aux chars du totalitarisme soviétique, des jeunes universitaires et lycéens privilégiés s’amusaient à casser dans les rues de Paris sous le slogan fumeux . Ce qu’il y a eu de positif , --car il y en a eu aussi--,dans les suites de mai 68 aurait pu être obtenu avec de grandes manifestations non violentes. Oui, Pierre Maudet doit enclencher, comme il sait le faire, un vaste examen critique de la soit disant doctrine d’intervention policière. Il est certainement conscient, qu’en fait de doctrine, les Genevois ont plutôt eu l’impression d’une protection insuffisante, d’une répression en mode mineur et d’une relativisation de l’inadmissible.

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15/12/2015

France: drôle de démocratie

France : drôle de démocratie Beaucoup de Genevois auront suivi les élections régionales françaises. Certains se seront félicités du barrage dressé face au Front National lors du deuxième tour. Et pourtant ? Notamment, en PACA et en Nord Pas de Calais, c’est à dire contre les Le Pen tante et nièce, l’opération ne laisse-t-elle pas songeur ? Messieurs Bertrand et Estrosi sont-ils des vainqueurs au plein sens de la démocratie ? Le malaise est flagrant. Pour leur succès, il aura fallu que les listes socialistes fussent retirées. Autrement dit, durant six ans, aucun socialiste ne figurera dans ces deux Conseils régionaux. Aucun débat institutionnel entre la Gauche et la Droite n’y aura lieu. Certes, les deux élus ont multiplié les assurances selon lesquelles ils tiendraient compte de tous leurs électeurs du deuxième tour. Paroles, paroles chantait Dalida. Depuis 2012, les deux n’ont cessé d’attaquer durement les Socialistes au pouvoir. Et voilà que, soudain, grâce à un ennemi commun dressé comme un épouvantail, on célèbre le Front républicain qui a stoppé l’extrême droite. Voilà que serait écarté le risque de guerre civile, selon les mots un peu hystériques de Manuel Vals. Entendons nous bien. Rien dans le discours du Front national ne devrait séduire un esprit raisonnable. Ni le ton adopté pour parler des étrangers, des immigrés, des Musulmans. Ni les solutions extrêmes et irréalisables évoquées dans ce domaine par leurs ténors. Ni le protectionnisme économique appelé de leurs voeux. Ni la dénonciation des liens liant la France à l’Union européenne. Ni cette confiance mythique accordée aux frontières nationales d’antan. Soit ! Mais une Présidence dévolue à ce parti dans deux régions n’aurait pas signifié la révolution nationale du régime de Vichy. Les compétences dévolues aux régions sont limitées dans une France qui reste fortement centralisée. Les budgets aussi le sont. Surtout, un tel barrage anti Front national aurait eu un sens si Gauche et Droite traditionnelles, en France, en étaient à former des coalitions à l’allemande. On en est bien loin. Certes on peut discuter le point de vue exprimé ici et la réaction d’un Nicolas Sarkozy contre sa numéro deux au Parti républicain n’illustre vraiment pas une culture libérale du dialogue. Ce Bonaparte qui ronge son frein n’est décidément pas Tocqueville. Il n’empêche que cette opération,-- n’en déplaise aux Socialistes qui se targuent d’avoir eu le réflexe moral--, dégage un parfum peu démocratique. Une dramatisation, une pression énorme et une sortie de terrain ont incité des électeurs à voter à contre sens. Les Socialistes ne joueront pas le jeu du débat démocratique dans des Conseils régionaux abandonnés pour les besoins de leur hostilité principale. Des Socialistes frustrés, des élus du Parti républicain peu légitimés : voilà des arguments qui vont doper la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Ajoutons à cela les tiraillements internes à gauche et à droite : quelle image trouble en ressort ! Franchement, nous avons eu le spectacle d’une drôle de pièce. Sans doute, les calculs tactiques de François Hollande en vue de 2017 ont-ils pesé lourd dans cette opération. Mais il est probable que nombre de Français auront encore moins confiance dans une classe politique qui joue à l’élastique avec la démocratie. Heureusement qu’il y a eu une vraie bataille dans la régionale de l’île de France. Valérie Pécresse, au moins , offre une image intacte.

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09/12/2015

Deux UDC légitimés

Deux UDC légitimés Le Conseil fédéral a été élu par les Chambres pour quatre ans. Guy Parmelin, l’un des trois candidatas présentés, au choix, par l’UDC est le nouveau ministre. L’étonnant est sans doute qu’un troisième Romand siège ainsi au Gouvernement. Cela pourrait, entre autres choses, éloigner l’entrée, pourtant nécessaire, d’un Tessinois. Voici donc la formule magique formellement restaurée, au grand dam des Socialistes et des Verts. Ils voulaient un élu du Centre et une majorité de Centre gauche avec deux Socialistes, un PDC et un Centriste. Ce serait contraire au résultat des élections fédérales d’octobre. Et puis quel Centre ? Le PBD sans Evelyne Widmer Schlumpf a-t-il encore une raison d’être ? Y a-t-il une conjonction politique entre les Verts, très à gauche, et le PDC qui peut être qualifié de centre droit ? PDC qui a donc bien plus de raisons de cousiner avec le PLR. Non, ce rétablissement d’un équilibre logique au Conseil fédéral est à saluer. Certes, tous ont critiqué la clause d’exclusion inscrite dans les statuts de l’UDC, laquelle visait à excommunier tout élu UDC au Conseil fédéral qui n’aurait pas été sur le ticket officiel de son Groupe. L’’idée était évidemment d’empêcher un nouveau coup comme en 2007, lequel avait éjecté Christoph Blocher du Gouvernement. Cette clause est certes choquante car elle s’en prend à la liberté de choix du Parlement. D’ailleurs, à plusieurs reprises les Chambres ont élu des candidats non officiels de leur parti. La triple élection de 1973 est inscrite dans les annales parlementaires. Mais ceux qui ont dénoncé le plus fort cette clause sont les Socialistes. Or ce sont ceux qui devraient être les moins bruyants là-dessus. Quelle mémoire courte ! Il n’y a pas si longtemps, les Chambres fédérales avaient préféré le Socialiste neuchâtelois Francis Mattey à la candidate officielle Christiane Brunner (pour laquelle l’auteur de ces lignes avait bien sûr voté). Ce fut un drame chez les députés socialistes. Le Neuchâtelois avait demandé un délai pour décider s’il acceptait ou non son élection. Il raconte aujourd’hui qu’il a cru se faire lyncher par des camarades du Groupe en furie, particulièrement les femmes. La pression a été tellement violente qu’il a renoncé à son élection pourtant voulue par les Chambres. Cela a abouti finalement au choix de Ruth Dreifuss. Il n’y avait pas de clause d’exclusion dans les statuts du parti mais en pratique ce fut la même chose. Alors, franchement, que les Socialistes parlent de cette clause avec moins de véhémence. Ce sont les politiciens libéraux, plus constamment respectueux de la liberté des personnes et du Parlement qui sont les plus légitimés à la critiquer. Cela étant, il serait bon que l’UDC l’enlève de ses statuts. Un dernier point. On reproche à juste titre à l’UDC de jouer plus à l’opposition qu’à la conciliation au sein du Parlement. Mais ce reproche a souvent été adressé aux Socialistes. Donc, là encore, ceux qui crient le plus fort n’en ont pas forcément la plus grande légitimité. Ce qui est pourtant vrai, c’est que l’on attend de l’UDC, avec ses deux sièges au Conseil fédéral, une inflexion dans le discours et l’attitude. Même si 2016 verra des affrontements devant le peuple au gré d’Initiatives déjà lancées par l’UDC. Peut être que Guy Parmelin devra les combattre publiquement au nom de la collégialité gouvernementale. C’est là-dessus que l’on évaluera si une formule magique au plein sens politique du terme est de retour.

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