29/10/2015

Blocher-Widmer-Schlumpf: paranthèse fermée?

Blocher –Widmer-Schlumpf : parenthèse fermée

 

La Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a réussi sa sortie. Digne, porteuse de sa fonction mais modeste, juste émue mais retenue comme toujours, ne manifestant aucune nostalgie à l’idée de quitter la scène publique, s’éloignant déjà vers sa sphère privée discrète, avec le sentiment du devoir accompli et de l’ambition assouvie : bref, le meilleur du style suisse qui frappe encore tellement les observateurs étrangers. Oui, devant cette non scène des adieux, chapeau bas, Madame.

En revanche, on n’a pas fini de discuter au sujet de son action durant ses huit ans de mandat. Sans aucun doute, bien des aspects méritent l’éloge. D’autres moins. Si la pression était devenue trop forte pour maintenir le secret bancaire contre vents et marées, fallait-il céder si vite aux Américains sans recevoir de garantie de réciprocité, d’égalité de traitement ? Certainement non.

Toutefois, le moment n’est plus ou pas encore au bilan. Il est dans la préparation de la succession. Ici, il faut remettre les événements dans leur contexte et voir les choses clairement. En 2003, il était logique que le Parlement donnât un deuxième siège à l’UDC après sa victoire électorale spectaculaire. On adaptait la répartition à l’esprit de la formule magique établie en 1959. Et le PDC perdit logiquement son deuxième siège. Il était compréhensible que le Parlement, même inquiet, acceptât l’élection de la figure de proue, Christoph Blocher , pour occuper ce deuxième siège. On espérait le voir soluble dans la collégialité gouvernementale.  Le complot PDC-socialiste visant à empêcher sa réélection en 2007 a réussi. Le Parlement a élu Eveline Widmer –Schlumpf. On connait la suite, qui n’avait pas vraiment été prévue par les comploteurs. L’élue  aux nerfs d’acier, exclue de l’UDC tout comme sa section grisonne, a suscité la création du petit Parti bourgeois démocratique (PBD). Et elle a tenu bon. Mais comment ne pas reconnaitre une anomalie politique due aux circonstances ? Le Parlement devra élire un deuxième UDC le9 décembre. C’est évident. Toutefois, le Groupe UDC serait bien inspiré de présenter, par exemple, deux candidats, offrant un choix aux Chambres. De toute façon, il faudra que le ou les candidats s’engagent clairement à respecter la collégialité, à limiter au maximum les propos publics dissidents et partisans. Ueli Maurer ne s’en est pas mal tiré à cet égard. On pense aux relations avec l’Union européenne, aux décisions sur l’immigration, notamment. Après tout, les Socialistes sont habitués à cette tension entre leur parti et leurs conseillers fédéraux. C’est inhérent à la formule magique.

Reste à observerqui seront lescandidats. Quelle que soit l’estime dont bénéficie le Vaudois Guy Parmelin, on voit mal un autre qu’un Suisse allemand occuper ce siège, les Romands en ayant déjà deux. Si un latin devait émerger, ce serait bien le tour d’un Tessinois. Mais croyons plutôt à une succession logique : les uns et les autres désirant fermer la parenthèse Blocher-Widmer-Schlumpf : ennemis dans leur vie politique, accouplés dans les annales de la petite histoire suisse.  

17:41 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

19/10/2015

Respecter l'équilibre politique

Respecter l’équilibre politique

Christian Levrat ,le Président du PS, a une dialectique spécieuse. Pour justifier un refus de laisser un deuxième siège au Conseil fédéral à l’UDC, il argue du fait qu’au Conseil des Etats cette dernière n’est pas si forte que cela, qu’il faut tenir compte des deux Chambres et que, par conséquent, deux PLR plus deux UDC au Gouvernement, ce serait trop. Que voilà une argumentation d’occasion. Durant toutes les législatures qui ont suivi, en 1959, l’instauration de la formule magique, il aurait donc fallu refuser un deuxième siège aux Socialistes du fait qu’ils n’avaient que très peu de sièges au Conseil des Etats. Allons, il faut trouver autre chose monsieur Levrat. Avoir des réticences par rapport à la politique de fond, soit. Mais pas de contorsion arithmétique. Eveline Widmer Schlumpf a été élue comme UDC contre Christoph Blocher il y a huit ans. Depuis elle s’appuie sur le petit PBD créé alors. Cela ne peut durer ainsi. L’UDC, premier parti en suffrages électoraux a droit à deux sièges au Conseil fédéral si on veut respecter l’idée d’une formule magique reflétant les forces électorales respectives des partis. Ou à aucun siège si l’on estime que cette formation n’a pas sa place au Gouvernement au vu de ses positions. Mais on s’est souvent posé la question à propos des Socialistes, et même au sein de ce parti. Franchement, le peuple comprendrait mal un refus du deuxième siège UDC. Eveline Widmer Schlumpf a eu sa justification, son rôle et son temps. Il faut tourner cette page.

Cette même idée d’équilibre reflétant les diverses sensibilités au sein des électeurs devrait conduire à ce que l’un des deux sièges au Conseil des Etats, dans le Canton de Genève et dans le Canton de Vaud revienne à la droite. Dans les deux cas c’est l’élu écologiste actuel qui devrait être écarté. Toutefois, bien sûr, il y faut un rassemblement de la Droite sans, pour autant, la moindre confusion sur les convictions, les positions et le langage. Mais ici, ce sont les électeurs qui décideront. On verra bien.

Naturellement, ce respect d’une logique arithmétique conforme au système suisse ne doit pas faire oublier les problèmes de fond. Oui, un durcissement politique sur la question européenne pourrait être une conséquence regrettable de ces résultats. Au Parlement, une majorité claire devra défendre les négociations bilatérales avec l’UE et trouver le moyen de sauvegarder la libre circulation. Oui, la question énergétique est essentielle. Il faudra trouver des majorités balisant les transitions nécessaires pour s’affranchir progressivement du nucléaire sans provoquer une impasse face aux besoins. Et tant d’autres sujets encore. Mais, en Suisse, on doit rechercher des équilibres, des compromis avec les forces existantes, telles qu’elles sont ; à condition que des règles de collégialité soient fidèlement observées dans les exécutifs et que les grands partis privilégient finalement la discussion plutôt que la confrontation permanente.

Respecter une logique d’arithmétique électorale mais réinsuffler un esprit correspondant au fonctionnement de nos instituions : voilà comment devrait s’amorcer la nouvelle législature fédérale.

11:23 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

08/10/2015

Vw-Fifa: libéral malgré eux

Vw-Fifa :libéral malgré eux

 

Le coup de Volkswagen, on se pince pour y croire. Comment peut-on être aussi bête ? Penser que la tricherie au test antipollution pour l’homologation des voitures diesel ne serait jamais découverte ? Il y a deux fautes graves, l’une en regard de la légalité, l’autre est d’ordre moral. Faire croire que des voitures sont écologiques alors qu’elles ne le sont pas, alors que le lutte contre la pollution est devenue une priorité mondiale, oui cela est une faute morale et une expression d’irresponsabilité aux fins de gagner le plus possible et le plus vite possible des marchés commerciaux. N’allons pas pour autant faire des Américains des anges vertueux. Jusqu’à maintenant ils restent parmi les plus gros pollueurs de la planète. Et rien ne leur fait plus plaisir que d’affaiblir leurs concurrents, qu’il s’agisse de banques, de technologies de pointe ou de l’automobile. Mais cela n’enlève rien à la faute qui sidère et scandalise.

Et la Fifa, cette énorme association du football mondial dont le siège est en Suisse et que préside un Suisse ! Oh, là on est moins stupéfait. On sait que l’argent y règne en maître, que les fédérations nationales monnaient leurs appuis au gré des cadeaux qu’elles reçoivent. Rien n’étonne mais tout attriste. Cette énorme Organisation privée mondiale devrait être la garante du rêve sportif, d’une incitation à l’énergie, à la réussite mais aussi au fair-play pour les jeunes. C’était l’engagement d’un Adolf Ogi, par exemple, sous le drapeau de l’ONU. Or, que le Président suisse Sepp Blatter soit directement coupable d’un délit ou non, le mal est fait : tout le monde est convaincu que la FIFA est gangrénée jusqu’à l’os par l’argent et la corruption. Oui, c’est triste.

Alors, bien sûr, ceux qui ont toujours pensé que la liberté économique conduisait immanquablement à cela ricanent et s’exclament qu’ils l’avaient bien dit, qu’il ne pourrait pas en être autrement. Ce pourquoi, à leurs yeux qui louchent à gauche, il faut partout multiplier et alourdir les contrôles de toutes sortes, en tous lieux.

Un Libéral, lui, enrage de constater de telles dérives. Elles sont comme une blessure personnelle, une attaque dans le dos, perturbant son goût de la liberté responsable et  sa confiance dans le libéralisme économique : lequel a été  baptisé à l’origine dans une éthique religieuse. Faudrait-il donc renier sa foi libérale ? Nullement. Dans une vue globale constatons que cette liberté d’entreprendre, de créer de s’organiser est le grand facteur d’innovation, de développement, de prospérité. C’est d’ailleurs un sujet clé des élections fédérales. La Suisse a besoin de liberté, de moins de lois et de tracasseries administratives, particulièrement pour ses petites et moyennes entreprises. Avec toute la considération que l’on doit aux fonctionnaires zélés et compétents, ce n’est pas eux qui créent la richesse générale dont la population a besoin et  qui permet aussi la solidarité envers les plus faibles. Oui, nos sociétés ont fondamentalement besoin de la liberté et du libéralisme économique. Leur encadrement nécessaire ne doit pas conduire au découragement et à l’étouffement.

Finalement, la voie est clairement la suivante : garantir la liberté responsable et sanctionner la dérive irresponsable. Débusquer cette dernière peut prendre du temps. Bien des choses peuvent échapper à l’investigation. Dans la balance à tenir, mieux vaut cela que trop d’atteinte nocive à la liberté . En revanche, lorsque l’abuseur est démasqué, alors oui la sanction s’impose. Et un Libéral y tiendra plus encore qu’un Socialiste car c’est de sa propre philosophie de vie dont il s’agit.   

18:30 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | | |