29/09/2015

Elections: l'Europe absente

Elections : l’Europe absente

 

C’est assez étonnant. Durant la prochaine législature Le Conseil fédéral et le Parlement devront prendre des positions publiques difficiles sur les relations de la Suisse avec l’Union européenne :puis les défendre devant les citoyens. Or, tandis qu’il reste à peine plus de deux semaines avant les élections fédérales, tant les candidats que les partis sont d’une discrétion sur le sujet qui laisse pantois. La peur de s’exposer est palpable. L’Europe inquiète et se présenter comme pro-européen ne semble guère payant du point de vue électoral. Absence d’analyse, de pédagogie : la parole critique de l’UDC n’est que timidement contredite.

Pourtant, il y a des choses à dire. On parle beaucoup des crises de l’Union européenne. Le cas de la Grèce revient dans les propos. Il n’empêche que l’UE n’est pas passive dans cette affaire. Ses Etats membres ont été complètement bousculés par l’afflux effarant des migrants. Du point de vue politique, en amont, l’Europe a sa responsabilité quant aux événements qui ont conduit à cet afflux massif ; même si elle est un peu moins frappante que celle des Etats Unis. Que d’erreurs d’appréciation et de conflits que l’on a laissés pourrir. Toutefois retenons comme un point positif qu’une majorité forte des Etats membres de l’UE soit décidée à répartir des quotas, à établir des camps d’hébergement, à renforcer l’aide aux Etats voisins de premier accueil dans les régions ravagées par la guerre. Relevons aussi, que dans cette crise grave, la Suisse est partie prenante à la stratégie qu’il faut mettre en place. D’ailleurs pour ne pas voir les corrélations de toujours entre le Suisse et ses voisins européens, il n’y a que ceux qui ignorent notre histoire et se barricadent derrière des clichés simplificateurs.

Nous sommes traumatisés par le succès de l’Initiative contre l’immigration de masse ; succès auquel ses auteurs ne croyaient pas. S’il est un regret que l’on peut nourrir, il tient à la minceur de l’engagement contre cette Initiative, tant des élus que des partis. On s’est réveillé avec une gueule de bois sans avoir eu l’ivresse d’un débat intense qui aurait dû s’instaurer.

Mais aujourd’hui ? Certains ont lancé une Initiative visant à un nouveau vote populaire sur la libre circulation des personnes avec l’UE ; vote qui pourrait annuler à cet égard celui de février 2014. Il y a un danger avec cette démarche précipitée.  Le peuple, ---même des citoyens qui avaient voté non ---, pourrait ne pas apprécier un manque de respect d’une décision prise par le souverain. Un sondage indique une réaction allant dans ce sens. Il faut que le Conseil fédéral aille jusqu’au bout de ses efforts de négociation avec Bruxelles dans le délai imparti. Si aucune marge de manœuvre ne se dégage, si l’impasse se confirme il sera alors temps, peut être en procédure d’urgence, de proposer un nouveau vote populaire. Enfin, telle est une façon de voir les choses. Cela mériterait discussions entre les candidats et les partis. En tout cas, on aimerait que les candidats, --non UDC bien sûr--, et les partis les portant osent mieux dire haut et fort que même si l’UE traverse des crises elle est indispensable ; que la Suisse, pour sa prospérité économique et financière source d’emplois, est concernée directement par ce qui se passe au sein de l’UE. Et puis, dans le registre d’une réflexion et d’une sensibilité plus historiques osons mieux affirmer que les problèmes de l’Europe sont largement les nôtres, que son destin est largement le nôtre. Soit, la question d’une adhésion n’est plus à l’ordre du jour ni évocable dans un calendrier prévisible. En revanche la question d’un lien institutionnel approprié avec l’UE, couvrant les accords bilatéraux et en permettant de nouveaux, relève, elle, d’une nécessité et d’une priorité politique. Même en attendant encore pour voir quelle piste serait ouverte dans les mois qui viennent entre l’application de l’Initiative contre l’immigration de masse et la relation avec l’UE, affirmons haut et fort que nous voulons cette relation et que nous nous   battrons afin qu’elle ne soit pas altérée ; afin qu’elle soit, au contraire renforcée. Ce combat, il va devoir être mené fortement au cours de la prochaine législature. Alors, de grâce, les sourdines à la cave, les porte-voix en évidence.  

 

 

18:32 | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Et j'imagine que dans la foulée, vous validerez avec enthousiasme les traités transatlantiques...
Allez prendre conseil auprès de John Dupraz. Il crie stop !

Écrit par : Pierre Jenni | 29/09/2015

Bonsoir Monsieur,

Ce silence assourdissant autour du thème de l'Europe, des enjeux et des échéances qui nous attendent dans nos relations avec l'UE en cette période préélectorale me consterne. Les solutions ne vont tout de même pas surgir d'un coup de baguette magique, par conséquent mieux vaudrait être proactif plutôt que réactif.

" La peur de s’exposer est palpable. L’Europe inquiète et se présenter comme pro-européen ne semble guère payant du point de vue électoral. "

Oui, c'est exactement cela. Se présenter comme pro-européen c'est être candidat au suicide politique. Donc tout le monde aux abris, barricadons-nous à double tours ou plutôt faisons comme les autruches et mettons-nous la tête dans le sable.

C'est inquiétant ...

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 29/09/2015

Si les textes soumis au peuple au travers des référendum ou initiatives populaires étaient pointées par des experts juridiques, la Suisse aurait plus de temps à consacrer au développement du pays et de son économie !

Écrit par : Corto | 30/09/2015

Dans toute l'Europe, les populations nous envient, nous, l'Islande et la Norvège, pour avoir choisi la voie solitaire. L'Europe c'est la fin de la démocratie, aujourd'hui ça apparaît clairement à tout le monde, surtout après le référendum grec. Donc c'est un peu normal qu'être ouvertement pro-européen soit un suicide politique !

Par contre, si nous ne sommes pas dans l'UE, nous sommes tout de même partie intégrante de notre continent. Donc c'est vrai qu'il est important de garder de bonnes relations avec nos voisins. Je suis donc d'accord que la résolution des problèmes posés par l'initiative de l'année passée est une priorité. Mais comme le dit Corto, si les chambres fédérales ne laissaient pas passer n'importe quel texte d'initiative sans modification on n'en serait pas là. En laissant passer les textes tels quels même quand ils vont à l'encontre de nos obligations liées aux traités, on carresse sans doute l'électorat de l'UDC dans le sens du poil, mais on déroge aussi au droit. Ca c'est très problématique.

Je ne suis pas d'accord qu'une nouvelle initiative pour rétablir le principe de la libre circulation soit un déni de démocratie. Revoter sur le même texte, ça aurait été un déni de démocratie. Mais voter sur une nouvelle initiative, ça ne pose aucun problème de droit. Les résultats de votation ne sont pas figés dans le marbre. On peut toujours remettre en cause des décisions quand on voit qu'elles posent des problèmes insolubles. Je préfère en tout cas cette solution à une application boîteuse de l'initiative contre l'immigration de masse. Même si on s'expose à un rejet de cette nouvelle initiative, qui signerait la mort des billatérales dans leur ensemble.

Écrit par : Kad | 30/09/2015

Vivant en Europe, nés en Europe, Européens, nous le sommes tous.

Au point où nous en sommes "Européens de Bruxelles et Européens de Bruxelles" avec ses diktats, son austérité: austérité en mesure de réduire certains peuples à sa merci, non.

Européens pour le fond, oui, pour la forme non.

Pourquoi pas un leadership concernant la Suisse, un pays où, LAMAL mise à part, une ou deux autres petites choses en passant... un pays où il fait bon vivre, un pays où "vivre" n'a pas perdu son sens?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 30/09/2015

Kad, la libre circulation et ses déboires helvétiques sont relégués aux oubliettes, la vague migratoire mise ne place, surtout, depuis le début 2015, sans doute par Poutine et ses vassaux font voler en éclats les querelles de couloir des apprentis sorciers et des consensus large spectre de cet ennuyeux spectacle politique helvétique.

Du coup cette gôche ouverte aux autres et fermée aux siens n'écoute plus sa base, base complètement dépassée par la politique extérieure, alors que tous les ingrédients étaient déjà annoncés depuis des années.

Le monde se mue très rapidement et la Suisse fera de même, certainement avec quelques inversions, mais la Suisse agira de façon surprenante et se fermera, avec ou sans initiative ou référendum, l'urgence dépasse les modes de scrutins, c'est comme un reflex de survie !

Nous allons traverser une grosse tempête, tous aux écoutilles et bordez les voiles !

La gôche empêtrée dans ses paternes répétitives va encore pousser quelques hurlements, mais plus ils crient et moins ils sont écoutés !

Écrit par : Corto | 30/09/2015

Deuxième constat, l'UDC souvent qualifiée d'extrême droite ne l'est pas vraiment, pour preuve, il me semble peu probable que la population suisse le soit non-plus et elle n'aurait pas choisi une telle voie !

C'est simplement une réaction, ou plutôt une forme d'indigestion de cette gôche largement soutenue par trop de médias.

Il s'agit d'un écoeurement généralisé tant dans les mouvances populistes que tant les espoirs socialistes.

Écrit par : Corto | 30/09/2015

Les commentaires sont fermés.