16/09/2015

Migrants: réagir à plusieurs niveaux

Migrants : réagir à plusieurs niveaux

 

L’afflux fou de migrants bouscule toute l’Europe. Politiciens et citoyens ne savent plus trop sous quel angle aborder un séisme humain et politique qui échappe à tout contrôle. Comment réagir ? Que faire ? Essayons une réflexion à plusieurs niveaux.

Il y a tout d’abord l’émotion, la compassion et la solidarité. Ces cohortes de migrants se pressant sur les routes, cherchant un refuge et un avenir en Europe occidentale ne sauraient nous laisser indifférents. Certes la Hongrie applique à la lettre la barrière de Schengen à la frontière serbe et roumaine. Mais Schengen comme tel a vécu. Il faudra réinventer les règles. Surtout, l’affaire demande la solidarité des Etats parties prenantes aux accords de Schengen, donc y compris la Suisse. Il est légitime et urgent de prévoir des quotas de migrants par pays selon des critères indiquant les possibilités de chacun. La position hongroise n’est humainement pas tenable.

Cela étant, on ne peut pas laisser ces migrants aller et s’installer où ils veulent sans autres formalités. Il faut bien les enregistrer et examiner leur requête et leur justification pour s’implanter dans les différents pays d’accueil. Il serait naïf de croire que tous ont fui le danger de mort ou de persécution et qu’aucun n’est venu afin de trouver un avenir matériel envié. Tous ne fuient pas la guerre. Il faudra bien, difficilement certes vu le nombre, opérer des distinctions.

Mais, précisément, vu l’ampleur de cette migration, cela ne sera possible que si, répartis dans les différents états et régions, de véritables villages d’enregistrement sont installés ; des lieux où les conditions d’hébergement et d’accompagnement dignes soient assurés. Des aides au retour devront être prévues ; retours éventuellement forcés qui soulèveront évidemment des tensions pénibles. Tout cela prendra du temps.  

Il y a aussi, bien sûr, une aide renforcée à donner aux pays limitrophes des régions en guerre et en chaos, tel le pauvre Liban par exemple.

Enfin, comment ne pas considérer le gâchis politique. En Libye, il fallait bien sûr empêcher un dictateur de massacrer les habitants d’une ville ; mais fallait-il le renverser en soutenant des forces sans structures ?  Il en résulte un chaos ouvrant la voie à une migration débridée vers l’Europe, submergeant la pauvre Italie. En Irak, les Américains ont donné leur grand coup de balais mais où était leur râteau pour ramasser et rassembler les morceaux ? Et quels morceaux, d’ailleurs ? En Syrie, faute d’avoir pu soutenir une force d’opposition crédible en temps voulu et avec l’intensité voulue ( mais cette force existait-elle vraiment ?) les Occidentaux ne savent plus s’ils doivent renouer avec Assad contre l’Etat islamique ou pas. En fait, que cela déplaise ou non, c’est la position russe qui aura eu le plus de continuité et de cohérence. Mais le résultat est une discordance qui éloigne la solution et attise cette crise incontrôlée de la migration massive.  Le Commandant Charles de Gaulle, entre les deux guerres, était allé, disait-il, avec des idées simples vers l’Orient compliqué. Au moins, il avait d’emblée perçu la complication ; laquelle semble n’avoir jamais été vraiment analysée à Washington ni dans les capitales européennes. Comme il en est à propos d’événements plus anciens, les historiens, demain, jugeront sévèrement l’action diplomatique, politique et militaire des occidentaux.

Et puis, tout en prenant toutes la distance voulue par rapport aux nationalistes et aux Islamophobes, ayons la lucidité de voir les choses telles qu’elles sont. Sans parler des inévitables Islamistes infiltrés dans le flux, il est clair que beaucoup de nouveaux arrivants musulmans compliqueront encore un peu plus les termes de l’adhésion au contrat social dans nos pays. La laïcité, la liberté des femmes, le contenu de l’enseignement, notamment sur l’histoire du pays de résidence : toutes valeurs et exigences qui devront être clairement réaffirmées. Or, les autorités politiques européennes sont d’une fermeté très relative sur ces questions.

Bref, les défis sont là, pas d’emblée conciliables. Du cœur, mais de la lucidité, de l’ouverture mais de la fermeté : notre vieille Europe saura-t-elle trouver la voie ?

17:44 | Lien permanent | Commentaires (11) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

merci Monsieur Eggly pour cet excellent article
très bonne soirée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 16/09/2015

La vieille Europe qui partirait au combat contre DAECH ne serait-elle pas immédiatement étiquetée vieille "Europe des "Croisés" au combat contre l'Islam" avec pour effet de faire rejoindre DAECH par de nombreux musulmans?

On nous dit que la France n'a pas les moyens, en soldats, pour des combats au sol en Syrie!

Sans perdre de vue le malheur des migrants en un temps automnal proche, bientôt hivernal (petits enfants)!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 16/09/2015

«.. notre vieille Europe saura-t-elle trouver la voie ? »

Espérons-le.

Écrit par : Kasperle | 16/09/2015

Monsieur Eggly,

Frappée moi-même par la très juste mise en garde concernant des soldats chrétiens entrant en guerre contre DAECH, soldats "croisés", j'ai omis de citer ma source: Cdans l'air.

Je ne sais si vous souhaiterez publier ma précision.

Si oui, j'ajoute que l'on voit se profiler le migrant "légitime", c'est-à-dire réfugié syrien, d'une part, et l'autre "migrant" pour un peu bientôt sorte de bon à rien préférant venir s'enrichir chez nous plutôt que de travailler chez lui.

A peine exagéré mais fruit d'une réflexion suite à sept ans de travail d'accueil dans un centre de contact CH pour personnes en recherche d'emploi en temps de crise de chômage aiguë soit années 1993-1996.

A formation égale concernant les pays les plus touchés par le chômage, à commencer par la France... haine de l'étranger auquel on a accordé un emploi alors qu'à soi-même, rien.

Mais aux yeux des migrants "non réfugiés" la mort d'un parent âgé ou d'un enfant en bas âge parce que par temps de grand froid il n'y aura pas eu de place pour eux en l'Hôtellerie de Schengen demeurera, n'en doutons pas, longtemps gravée dans la mémoire des uns comme des autres.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/09/2015

«.. notre vieille Europe saura-t-elle trouver la voie ? »
Première étape: restaurer la liberté de parole face aux problèmes posés: se passer donc du suffixe "phobie" et se détourner des affrontements politiques et journalistiques "à la française" et éviter, à la télévision surtout, de confondre cirque et débat, que ce soit de la part des meneurs de débat ou des invités.

Écrit par : Mère-Grand | 17/09/2015

Coté Suisse, c'est fait :

Jusqu’au 25 septembre, l’armée va collaborer avec le corps des gardes-frontière à la frontière franco-suisse à Bâle et avec l’Inspectorat des douanes. Les quelques 5000 soldats, dont de nombreux Romands, seront engagés dans une région située entre Bâle, Soleure, Sursee (LU) et Wohlen (AG).

En collaboration avec des civils, l’armée va par exemple surveiller le port de Muttenz (BL), la centrale électrique de Birsfelden (BL) et la centrale nucléaire de Leibstadt. Des patrouilles seront en outre effectuées en gare de Bâle.

Crise économique fictive en Europe

L’exercice simule une crise économique dans une Europe fictive. Il comprend notamment un flux de migration plus important à la suite de tensions ethniques. Dans cette hypothèse, le Conseil fédéral a fait appel à l’armée afin d’épauler les services d’urgence civils.

Genève et le Tessin feront également partie intégrante dans ces opérations militaires, mais l'urgence semble se concentrer pour l'instant vers le nord du pays.

Écrit par : Corto | 17/09/2015

Tout le monde y va de son couplet. Je n'ai encore pas vu ou entendu un seul politique interroger les organismes censés s'occuper de ces questions, soit l'OSAR au niveau fédéral et l'Hospice général au niveau cantonal. Ce sont les grands absents, plus muets que l'armée.
Alors avant de venir avec vos recettes et tirer sur les cordes de la culpabilité, ayez au moins la décence de faire votre travail politique en nous soumettant le programme officiel de ces instances et dénoncez les éventuelles dérives.
Les initiatives individuelles sont certes louables, mais marginales et symboliques face à l'ampleur de la question.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/09/2015

Une exposition au QG de l’ONU à Genève présente l’éducation dans les hopitaux israéliens.

La mission d’Israël aux Nations Unies et le Congrès juif mondial montrent le projet unique de l’Etat juif en faveur de tous les enfants du pays.

Genève

Sous le titre «Education sans frontières», une exposition spéciale qui sera inaugurée lundi 21 septembre au Palais des Nations à Genève, présente une initiative israélienne unique, en particulier au sein des pays du Moyen-Orient, qui assure l’éducation continue pour tous les enfants hospitalisés israéliens, y compris les Arabes et les minorités, et les réfugiés syriens .

Écrit par : Corto | 19/09/2015

De toute façon ça va faire mal. Si ce n'est pas l'Europe des croisés ce sera le croisement des européens et la perte de leurs identités..

Écrit par : norbert maendly | 19/09/2015

Que personne ne s'en face, le président Hollande ou Pays-Bas, selon, vient d'augmenter sa garde élyséenne de 80 soldats d'élites ainsi que d'armes de défense aériennes !!!!

Écrit par : Corto | 24/09/2015

Le gouvernement allemand s’est dit aujourd’hui « extrêmement préoccupé » par les affrontements survenus la veille entre plusieurs centaines de réfugiés dans un centre d’accueil, alors qu’un syndicat de policiers propose de séparer chrétiens et musulmans dans les foyers.

« Nous observons avec une extrême préoccupation le fait qu’il y ait eu des violences » dans le centre, a déclaré un porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Les affrontements ont éclaté hier dans un camp de tentes à Calden, dans la banlieue de Cassel (centre), où sont hébergés environ 1.500 migrants d’une vingtaine de nationalités.

Ils ont duré plusieurs heures et ont opposé à coups de bâton et de gaz irritant des demandeurs d’asile pakistanais d’une part et albanais d’autre part, semble-t-il à la suite d’une altercation entre deux hommes au moment où les repas étaient servis le midi à la cantine, selon la police locale. Une dizaine de demandeurs d’asile et trois policiers ont été légèrement blessés, a ajouté la police.

Écrit par : Corto | 29/09/2015

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