02/05/2015

A propos du racisme

A propos du racisme

 

La question du racisme et de l’action contre le racisme n’a jamais été autant discutée qu’aujourd’hui. Pour ce qui est de l’Europe on s’en réfère souvent au terrible souvenir du nazisme et de la Schoah. Il est évident que cette monstruosité historique ne devra jamais être oubliée. Aujourd’hui , surtout en regard du fanatisme d’Islamistes radicaux , on parle de racisme antimusulman. Et puis, stimulées par la crainte d’une immigration massive, la méfiance et la réticence envers les Africains courent dans nos populations. Evoquons aussi les Roms, les Kosovars. Bref, le racisme ordinaire lié aux cohabitations en partie subies de la vie ordinaire.

Alors, faut-il, à l’instar de certains qui sont bardés de bonnes intentions, intensifier à fond la lutte contre le racisme sous toutes ses formes ? Elargir la notion, alourdir les sanctions ? Voilà qui mérite de beaucoup y réfléchir. Et si, au-delà de ce qui est indispensable, un excès de zèle allait à fin contraire, rognant trop la liberté d’expression, invitant à l’abus de la dénonciation, engendrant des crispations inavouées ?

Prenons quelques exemples. Un succès phénoménal du cinéma français a été le film Rabbi Jacob. Un délire de plaisir devant un film qui n’était pas, dans sa légèreté, sans instiller une conclusion morale. Le réalisateur, Gérard Oury, était d’ailleurs juif. Pourtant, oserait-on aujourd’hui sortir un tel film sans craindre d’être taxé d’antisémite ? Voire aussi d’esprit colonial vis à vis de l’Afrique ? Dans un registre plus grave, vous pouvez bien avoir un grand respect,  une attirance intellectuelle et spirituelle pour le judaïsme : si vous critiquez la politique de l’Etat d’Israël vous aurez tôt fait d’être qualifié d’antisémite. Venons-en à l’Islam. Le défi de la cohabitation culturelle ouvre la porte à un danger : celui d’entamer l’acquis de la laïcité de l’Etat et des établissements publics (dont l’école), de pratiquer l’autocensure afin de ne pas blesser, choquer… Autrement dit, tout un acquis intellectuel, culturel, démocratique lentement développé dans nos sociétés occidentales pourrait être peu à peu rétréci. Une peur rampante d’être accusé de discrimination de racisme. Paralyserait les esprits.  Il s’agit surtout ici de la relation avec l’Islam et les Musulmans résidant dans ces vieux pays européens pétris par une si longue histoire. L’histoire, précisément. L’enseigner de manière chronologique, insister sur l’emprunte décisive du christianisme, sur les lumières : enseignement discriminatoire ? Attaque contre la diversité culturelle dans nos écoles ? Racisme sous-jacent ? On entend de plus en plus ces inquiétantes aberrations.

Oui, nous en sommes à ce point. Nos sociétés ont comme peur d’elles-mêmes. On veut apaiser ce qui pourrait nous menacer ; par gain de paix, esprit d’ouverture aussi, sans doute. Mais en offrant une sorte de ventre mou, on n’apaisera rien du tout. Faute de limites clairement posées, les atteintes, même non agressives, au socle qui a fondé nos sociétés augmenteront progressivement. On pourrait parler d’un <Munich culturel et mental> par allusion aux funestes accords de Munich en 1938. Allusion excessive et déplacée ? On aimerait le croire.

Oui, nous sommes en danger de dilution, de non résistance dès lors que nous ne serions plus reliés à notre histoire, aux valeurs qui en découlent, à une identité définissant et déterminant notre manière de vivre ensemble. Il importe de reprendre et de regarder en face les différents mots qui dansent devant nous dans le désordre. Le racisme, c’est la discrimination avérée et injustifiée, l’incitation à la haine ; rien de moins mais rien de plus. En deca de cette ligne rouge, notre liberté et notre devoir tiennent à la connaissance et à l’affirmation de ce qui a construit nos sociétés, nos Etats et aux valeurs à défendre qui en découlent. Cela doit s’imposer à quiconque veut partager notre existence collective. Certes, une telle fermeté, qui n’est pas rigidité, ni refus d’ouverture, heurtera certains et provoquera des tensions. Mais à la fin, --c’est en tout cas notre conviction--, elles seront moins graves dans la durée que ce qui pourrait résulter de notre faiblesse, de notre inconsistance, de nos abandons. On ne respecte que ce qui a de la  substance.

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Commentaires

Une peur rampante, en appréciant votre article, Monsieur Jacques-Simon Eggly, ainsi que ce "danger de dilution" en lequel nous sommes (pas à venir pour plus tard, nous sommes "en plein dedans"!) qui nous invite à nous interroger d'abord sur nous-même.
Noter les différences, se trouver mieux ou moins bien que... Apprécier ne pas apprécier (avoir le droit, le devoir d'apprécier, de ne pas apprécier ce qui est légitime, ce qui ne l'est pas). Oser penser par soi-même quitte à savoir se taire lorsqu'il est préférable de ne pas heurter (ou par l'autre voire "délégués" se faire "heurter" soi-même...)l'autre non prêt, pas encore: pas "apte"! ou, tout au contraire nous qui "prêts", "aptes" ne le sommes pas?!
Le problème ne se situe-t-il pas entre ce que nous choisissons, d'une part, et ce que l'on nous impose, d'autre part?!

Ce qui a construit nos sociétés, votre article, toujours, n'est-ce pas le sentiment que s'il y a une justice hélas bien défaillante humaine il y en a une autre à travers les gouttes de laquelle on ne passe pas ce qui, autrefois (à part les grands monstres criminels que nous savons) concernant nous-mêmes conne nos dirigeants parfois, malgré tout, mettait un frein à nos comme leurs ambitions en nous retournant vers l'autre, du côté de l'autre en situation fragile?!

On peut sourire mais mon credo est qu'il faudrait un grand débat sur la croyance, sur "Dieu"!

On dit tout et n'importe quoi en blogosphère.
Je voudrais un instant partager avec vous, tous, une émotion positive de mon enfance.

Une religieuse, immensément moderne bien que du temps de la Révolution française... bon, certes, une religieuse mais en même temps un immense précurseur social (traitée (mal) par ses supérieurs hiérarchiques comme ils en ont le secret mas ce qu'elle a fait, "suite à une vision", deux, trois minutes, guère plus, elle l'a fait.

Je crois qu'il faudrait arrêter de tout fiche en l'air, en l'air de quoi? en l'air, vous l'avez écrit, à vous le dernier mot: "de nos valeurs"!
Ainsi sur Google, sans rien imposer, il va de soi, écrire simplement

Jeanne-Antide Thouret

(mais j'attire l'attention sur la spiritualité: ce rêve, cette vision. Thouret se présente au Carmel mais en attendant la Supérieure, à la chapelle, en cette vision elle voit tous ceux qui furent ses aimés, ses privilégiés, ses enfants qui lui tendent les bras en lui demandant de ne pas "nous" abandonner! Arrêtons de cracher sur ce dont nous sommes imprégnés, le christianisme. L'une de ses religieuses, de notre époque, étudia fort Teilhard de Chardin... autres scientifiques, auteurs, artistes et savants.

A quoi je souhaite rapporter ici la parole d'un personne en recherche d'emploi: "Au moins chez les diaconesses de Saint-Loup, leur hôpital, nous n'étions pas des numéros donc, en aucun cas, en société totalitaire où la personnalité, son authenticité, est niée, blâmée, "corrigée"! par les pires tortures finalement déracinée, arrachée comme il se fit et fait toujours en tant d'"Auschwitz"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03/05/2015

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