22/04/2015

Le cimetière marin: que faire?

Le cimetière marin : que faire ?

 

Avec l’âge il faut essayer de gagner en honnêteté intellectuelle. Les naufrages tragiques et les noyades affreuses en méditerranée nous frappent, nous choquent mais ne nous empêchent pas de dormir. La succession sans relâche des informations sur les drames du monde éveille parfois nos consciences, par à coups, mais anesthésie malheureusement nos sensibilités dans la durée. Il y a d’abord notre vie, ici et maintenant. Ce n’est pas cynique de dire cela, c’est réaliste et, oui, un peu honnête. Ah , pour ceux notamment qui sont nourris de culture chrétienne il y a cette image du Christ souffrant qui s’agite dans les têtes. J’étais migrant et vous m’avez accueilli, aurait-il dit en substance. C'est-à-dire que chaque porte ouverte au réfugié le serait au Christ. Quel rappel et quel appel ! Mais on pense aussitôt au passage des frères karamazoff de Dostoïevski. Le grand inquisiteur qui dit à Jésus revenu sur la terre : tu nous assommés avec un message d’Amour total et tu nous a laissés nous débrouiller pour organiser la vraie vie des hommes, avec tout ce que cela comporte de difficultés, de complications, d’affrontements, d’équilibres à trouver.

Bien sûr qu’il faut des messages forts rappelant des valeurs essentielles. Bien sûr que c’est l’oubli, l’indifférence qui ont permis tant d’atrocités. Le procès de l’ancien comptable d’Auschwitz illustre la triste conclusion d’une Hanna Arendt : la banalité du mal. Mais la réponse ne peut sérieusement pas être d’accueillir toute la misère du monde en acceptant sans autre tous les migrants qui veulent gagner l’Europe. On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Imaginez que des flux ininterrompus se déversent vers l’italie puis vers les autres pays européens, venus d’une Libye en plein chaos institutionnel et politique. Allons faisons d’abord un peu d’auto critique. Il fallait sans doute empêcher Kadhafi de massacrer son peuple. Mais fallait-il le casser totalement en n’ayant rien pour le remplacer ? Il avait promis que sa chute entrainerait une migration incontrôlable, que lui endiguait. Ce n’était pas faux. De même, on voit le résultat de l’élimination d’un Saddam Hussein dont on sait qu’il n’avait pas d’armes de destruction massive. C’est triste de se demander si la présence de ces personnages odieux n’était pas moins nocive que leur élimination brusque sans vraie et fiable solution de rechange. On en vient à se dire qu’un professionnel réaliste sans états d’âme comme Henry Kissinger a eu une influence plus bénéfique sur les équilibres mondiaux qu’un Bernard Henry Lévy appelant à la croisade contre les Diables. Eh oui, ce n’est pas simple la politique à l’échelle du monde.

Toutefois, la migration est là. On ne peut l’ignorer, ni par souci d’humanité ni par réflexion sur notre sécurité à moyen et à long terme. Il y a ces passeurs odieux qu’il faudrait éliminer militairement. Il y a cette Libye qu’il faut remettre sur pied et remettre en mesure de collaborer au reflux des migrants utilisant son territoire. Il ne s’agit pas de rejouer le scénario de la barque pleine comme lors du refus de Juifs fuyant le nazisme. Mais qui ne voit que de très nombreux migrants viennent non pas pour fuir les persécutions mais pour trouver un avenir meilleur que nous ne pouvons pas, globalement, leur offrir ! Qui ne voit les déséquilibres et les situations explosives de ghettos dans nombre de villes européennes ! Qui ne voit le risque que ces pressions, et la non maitrise du problème  n’exacerbent les réactions nationalistes et xénophobes ! Oui il faut aider l’Italie. Oui il faut une collaboration et une coordination des pays européens, dont la Suisse. Oui, il ne faut pas oublier le cœur. Mais comprenons que l’affaire est très compliquée, pleine d’éléments qui se contrarient et qu’il n’existe pas de solution simple. Comprenons qu’il ne s’agit pas seulement de trouver des parades et des ouvertures à court terme mais qu’il s’agit d’évaluer les conséquences à long terme pour nos sociétés, pour leur équilibre.

Alors, merci à ceux et celles qui secouent notre indifférence. Mais que ceux-là admettent la difficulté de trouver er de mettre en œuvre les moins mauvaises solutions.    

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14/04/2015

Vers l'écologie sans les écologistes?

Les commentateurs n’ont pas manqué de relever les résultats de l’élection cantonale à Zurich. Non seulement parce que tout ce qui se passe à Zurich concerne toute la Suisse ; mais à cause du nouveau recul électoral du Parti des Verts. Les Verts libéraux ne font guère mieux. Est-ce à dire que les récentes préoccupations d’ordre économique, financier et social ont pris le pas de manière irréversible sur les préoccupations écologiques ? Les craintes sur le nucléaire, le réchauffement climatique et ses conséquences ne feraient-elles plus recette ? Les choses ne sont pas si simples. Mais on peut se poser d’emblée une question originelle. Les Verts n’auraient-ils pas dû rester un mouvement fort, accroché à un signal d’alarme, exerçant un effort continu sur les autorités et tous les partis, qu’ils fussent de gauche ou de droite ? Au lieu de cela, les Verts sont devenus un Parti de gauche, que  sa teinte écologique certes forte n’apparente pas moins à la Gauche socialiste. Franchement, qu’est-ce qui différencie clairement, par exemple, la Conseillère nationale écologiste Adèle Thorrens, qui ne manque pas de charisme, d’une Géraldine Savary Conseillère aux Etats socialiste qui n’en manque pas non plus ? La première déclinait l’autre jour à la radio ses positions à propos de la sécurité sociale, de l’asile et autres dossiers qui auraient pu aussi bien être exprimées par la seconde. Or, les temps économiques moins faciles qu’aborde la Suisse sont  de nature à rendre plus convaincants les partis de droite et du centre. Sans doute existe-t-il les Verts libéraux. Eux sont moins étatistes et plus attentifs aux mécanismes du marché. Ils n’en ont  pas moins des abcès de fixation , telle leur idée d’impôt écologique, qui a aussi hérissé nombre d’électeurs. Et finalement, ils sont un peu assis entre deux ou plusieurs chaises ; même s’ils rêvent d’un rassemblement allant des Verts au PDC dont ils seraient le pivot. On peut toujours rêver.

En fait , la politique est compliquée. Les problèmes écologiques qui grandissent sont graves à terme et exigent des options, des directions. Mais des virages sur l’aile à 180 degrés ne seraient pas possibles sans mettre en danger l’approvisionnement énergétique, la compétitivité économique, l’emploi et donc la prospérité laborieusement acquise, même si tous n’en cueillent pas les meilleurs fruits. Il y a donc des équilibres à définir et à trouver. Mais pour cela il faut des pressions. Les avocats compétents de l’écologie constituent et doivent constituer un groupe de pression indispensable. Quant aux Partis traditionnels ( notamment le PLR et le PDC) ils ont besoin de fortes discussions internes incluant la dimension écologique. Sur leurs listes électorales aussi, il est ou serait salutaire que figurent des personnalités bien en phase avec les enjeux économiques et financiers, mais motivés pour proposer des pistes écologiques dynamisant les entreprises et l’innovation en général.  On a besoin, encore une fois, de discussions ouvertes incluant les différents points de vue. Rien ne serait plus regrettable que de baisser le nez sur le guidon et de ne pas vouloir qu’une maturation démocratique propose des équilibres, cela dans une vision à moyen et à long terme.

Alors, la question se pose. Des citoyens pénétrés de sensibilité et de réflexion écologique, il en faut et il en faudrait de plus en plus. Mais Les Verts et même les Verts libéraux, en tant que partis qui se plongent à s’y perdre dans toute la mare politique, apportent-ils vraiment une plus value spécifique au grand débat qui s’impose à tous ? C’est une question.

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