14/04/2015

Vers l'écologie sans les écologistes?

Les commentateurs n’ont pas manqué de relever les résultats de l’élection cantonale à Zurich. Non seulement parce que tout ce qui se passe à Zurich concerne toute la Suisse ; mais à cause du nouveau recul électoral du Parti des Verts. Les Verts libéraux ne font guère mieux. Est-ce à dire que les récentes préoccupations d’ordre économique, financier et social ont pris le pas de manière irréversible sur les préoccupations écologiques ? Les craintes sur le nucléaire, le réchauffement climatique et ses conséquences ne feraient-elles plus recette ? Les choses ne sont pas si simples. Mais on peut se poser d’emblée une question originelle. Les Verts n’auraient-ils pas dû rester un mouvement fort, accroché à un signal d’alarme, exerçant un effort continu sur les autorités et tous les partis, qu’ils fussent de gauche ou de droite ? Au lieu de cela, les Verts sont devenus un Parti de gauche, que  sa teinte écologique certes forte n’apparente pas moins à la Gauche socialiste. Franchement, qu’est-ce qui différencie clairement, par exemple, la Conseillère nationale écologiste Adèle Thorrens, qui ne manque pas de charisme, d’une Géraldine Savary Conseillère aux Etats socialiste qui n’en manque pas non plus ? La première déclinait l’autre jour à la radio ses positions à propos de la sécurité sociale, de l’asile et autres dossiers qui auraient pu aussi bien être exprimées par la seconde. Or, les temps économiques moins faciles qu’aborde la Suisse sont  de nature à rendre plus convaincants les partis de droite et du centre. Sans doute existe-t-il les Verts libéraux. Eux sont moins étatistes et plus attentifs aux mécanismes du marché. Ils n’en ont  pas moins des abcès de fixation , telle leur idée d’impôt écologique, qui a aussi hérissé nombre d’électeurs. Et finalement, ils sont un peu assis entre deux ou plusieurs chaises ; même s’ils rêvent d’un rassemblement allant des Verts au PDC dont ils seraient le pivot. On peut toujours rêver.

En fait , la politique est compliquée. Les problèmes écologiques qui grandissent sont graves à terme et exigent des options, des directions. Mais des virages sur l’aile à 180 degrés ne seraient pas possibles sans mettre en danger l’approvisionnement énergétique, la compétitivité économique, l’emploi et donc la prospérité laborieusement acquise, même si tous n’en cueillent pas les meilleurs fruits. Il y a donc des équilibres à définir et à trouver. Mais pour cela il faut des pressions. Les avocats compétents de l’écologie constituent et doivent constituer un groupe de pression indispensable. Quant aux Partis traditionnels ( notamment le PLR et le PDC) ils ont besoin de fortes discussions internes incluant la dimension écologique. Sur leurs listes électorales aussi, il est ou serait salutaire que figurent des personnalités bien en phase avec les enjeux économiques et financiers, mais motivés pour proposer des pistes écologiques dynamisant les entreprises et l’innovation en général.  On a besoin, encore une fois, de discussions ouvertes incluant les différents points de vue. Rien ne serait plus regrettable que de baisser le nez sur le guidon et de ne pas vouloir qu’une maturation démocratique propose des équilibres, cela dans une vision à moyen et à long terme.

Alors, la question se pose. Des citoyens pénétrés de sensibilité et de réflexion écologique, il en faut et il en faudrait de plus en plus. Mais Les Verts et même les Verts libéraux, en tant que partis qui se plongent à s’y perdre dans toute la mare politique, apportent-ils vraiment une plus value spécifique au grand débat qui s’impose à tous ? C’est une question.

20:02 | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Nicolas Hulot avait tellement pressenti les problèmes écologiques qu'il avait prévu deux Premiers ministres l'un correspondant au Premier ministre tel Valls, aujourd'hui, le second concerné uniquement par l'écologie. Or
nous n'avons pas oublié la lassitude de Nicolas Sarkozy s'exprimant à propos d'écologie et de Jean-Louis Borloo.

Écrit par : MB | 14/04/2015

La réponse est assez simple. Sans eux, les partis gouvernementaux traditionnels n'auraient pas repris à leur compte les préoccupations environnementales qui rendent de facto obsolète la survie des Verts.
Il en est de même avec les Pirates qui ne sauraient survivre avec les seules notions de respect de la sphère privée et de liberté du net.
Au bout du compte, on se demande ce qui serait le mieux pour le plus grand nombre. Une alternance entre deux partis puisque le centre ne fait que la girouette, ou une floraison de satellites qui seront bien obligés de se prêter au jeu des alliances souvent contre nature ?
Le salut viendra d'en bas. Avec le web 3.0 et l'émergence des réseaux communautaires. Le pouvoir ne sera plus détenu par les idéologies partisanes de notre démocratie de délégation parlementaire, mais par les gens, tout simplement, qui ne s'y retrouvent plus dans les discours de droite ou de gauche.

Écrit par : Pierre Jenni | 15/04/2015

Les commentaires sont fermés.