24/03/2015

Extrême droite: combattre sans diaboliser

La France a voté et votera à nouveau dimanche prochain. Ces élections départementales ont une importance de proximité mais ne présentent pas un enjeu crucial. Pourtant nous avons assisté à une véritable psychose autour des prédictions sur une vague déferlante du Front national : une vague bleu marine. Le FN a marqué des points mais la déferlante n’a pas eu lieu. La Droite et le Centre reprennent du poil de la bête, la Gauche recule mais ne sombre pas corps et bien. Mais voici que la courte campagne pour le deuxième tour reprend le mot d’ordre : faire barrage à cette extrême droite qui foulerait aux pieds les valeurs républicaines. Contre elle, appel solennel du  Premier ministre. Tout ça pour ça ! 

En Suisse, il n’y a pas de grand parti diabolisé de la sorte en tant qu’extrême droite. Pourtant l’UDC déroule un programme qui séduit beaucoup Marine Le Pen. Mais un Christoph Blocher conjugue son nationalisme avec son goût professionnel pour la globalisation des affaires. En revanche les campagnes politiques ont eu leur lot de dérapages. Souvenons  nous des moutons noirs. Et le MCG à Genève, qui compte des électeurs et des élus très estimables, en compte aussi quelques uns dont on se demande ce qu’ils auraient été dans les années trente : dont leur chef de file Eric Stauffer qui a une notion très personnelle quant à la dignité de sa fonction. Quant à l’UDC elle pousse aux limites du système suisse sa double position de parti gouvernemental et de parti d’opposition, dressant plus souvent qu’à son tour le peuple contre les autorités. Toutefois, l’incroyable démocratie helvétique absorbe en quelque sorte ces tensions sans jamais en faire des secousses au parfum révolutionnaire. Cela ne signifie pas que ce harcèlement mené par l’UDC ne soit pas à la longue un danger pour le fonctionnement de notre système politique.

Il faut cependant équilibrer l’analyse. En France, aux Pays bas, au Danemark, ailleurs et en Suisse les électeurs qui votent pour des partis aux programmes extrêmes traduisent leurs inquiétudes et leurs réflexes défensifs. La question de l’immigration mal contrôlée, en partie subie provoque ces réactions et des amalgames simplificateurs. Que serait la Suisse sans l’apport des étrangers ? Mais elle ne saurait sans risque ouvrir ses portes à toutes les personnes en quête d’un sort meilleur. Un point d’équilibre politique difficile à définir et à tenir. Ignorer les soucis des citoyens serait une faute grave. Courir trop après les propositions excessives : une faute tout aussi grave.

Et puis soyons clair. On parle toujours de l’extrême droite. Mais les mêmes qui dénoncent des collusions même tacites s’offusquent beaucoup moins des programmes d’extrême gauche. Que l’on sache les communistes, les marxistes dits révolutionnaires, les chantres du Front de gauche n’ont pas grand-chose à envier à l’extrême droite. Leur attachement réel, profond à la démocratie, qu’ils qualifient souvent de formelle,  mérite autant de scepticisme. N’oublions jamais, pour citer une référence historique épouvantable, que Staline et Hitler furent alliés avant d’être des ennemis mortels. Et que tous deux méprisaient également toutes les valeurs qui nous sont chères. Alors, là aussi un peu d’équilibre.

 

Certes, il y a des digues à préserver et des dérapages à dénoncer comme tels. Des propos racistes évidents, des résurgences antisémites visibles sont à contrer par le verbe et, s’il le faut, par la justice. Mais n’allons ni trop vite ni trop loin dans ces réactions car cela finirait par énerver une grande partie de l’opinion. Là encore, trouver la bonne mesure. En effet, l’essentiel tient à ceci. Il faut accepter la confrontation, voire le dialogue sur certains points avec tous les acteurs de la démocratie. Il faut éviter toute diabolisation de principe. M ais il faut tenir sur sa ligne, et ne jamais se laisser contaminer par la propagande extrémiste martelée. Fermeté sur le fond, comportement solide mais sans agressivité inutile: Voilà qui est digne de la démocratie. Information et pédagogie sans se lasser :  les citoyens y ont droit face aux problèmes difficiles et avec leurs inquiétudes légitimes. Oui, il y a une éthique et une méthode au service de convictions fortes. Ce sont les meilleurs antidotes aux drogues populistes. Manuel Vals joue les toréadors face au taureau Marine Le Pen ( miracle de l’égalité des sexes). Préférons la confrontation démocratique sans complaisance mais sans excommunication. En Suisse on sait encore mieux faire.  

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Commentaires

Une question: les Français les plus mal lotis, à commencer par le chômage, singulièrement le chômage des jeunes,doivent-ils leur détresse aux bons soins de Marine Le Pen et de ses collègues?

Réponse impartiale attendue.

Écrit par : MB | 23/03/2015

Poser la question c'est y répondre. Le FN n'a jamais gouverné la France, n'a signé aucun accord européen, a toujours lutté contre l'immigration de masse. Il est donc le bouc émissaire idéal pour tous ceux qui ne veulent pas se déjuger.

Écrit par : norbert maendly | 24/03/2015

tout un programme !

Combattre le diable dans le diviniser ?

Nos sociétés n'en sont pas à leur coup d'essais dans cette "pieuse" tradition séculaire, les outils modernes de communications eux-mêmes semblent impuissant face au diable incarné en prêcheurs de cette morale bigarrée.

Mais la droite libérale n'est-elle pas la première à avoir abandonné la cause et laissé le balancier meurtrier faire son inlassable travail ?

Écrit par : Corto | 24/03/2015

Jacques-Simon, c'est aussi votre but de faire des blogueurs d'aussi piètres commentateurs que dans la presse locale ?

Écrit par : Corto | 25/03/2015

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