24/02/2015

Une police qui nous plaise et nous rassure

 

Après les événements tragiques de Paris on a vu des policiers être applaudis par la foule. Ce n’était pas le moindre des développements positifs ayant suivi le drame. Sans désirer bien sûr un tel choc ayant suscité une réaction théâtrale, on aimerait vivre tous aux côtés d’une police qui nous plaise et nous rassure. On la veut proche, impeccable, efficace, disciplinée. Ainsi à Genève et pour les habitants de Genève. La loi soumise au verdict du peuple répond  à cette demande. Certes, il arrive que des policiers tracassent de braves citoyens pour des peccadilles : stationnement prolongé, vitesse à peine excessive et autres…Ce sont des cas où un abord correct, respectueux devrait être toujours de mise. Tout abus d’autorité, toute approche brusque et autoritaire de la personne devraient être absentes de ces cas là. En revanche, nous voulons sentir la protection des policiers contre les délinquants, les criminels qui s’en prennent aux patrimoines et aux personnes. Nous voulons les remercier et les honorer. Nous voulons défendre les forces de l’ordre, --nos forces pour notre ordre démocratique et nos libertés--, contre les attaques et les dénigrements qui partent trop souvent des effluves politiciennes.  Envers les délinquants et les criminels nous souhaitons une police efficace et une justice sévère, sans aucune complaisance.

 

Cette police doit nécessairement être sous la responsabilité et le contrôle de l’autorité politique. Les policiers devraient comprendre, ressentir l’impératif d’une organisation rationnelle, d’une discipline  logiquement apparentée à la discipline militaire. Les syndicats de la police genevoise ont trop pris de mauvaises  habitudes revendicatrices, ont trop oublié la caractéristique de leur charge qui implique avant tout l’esprit de service. On leur demande une haute tenue de comportement et d’image. La fameuse grève de l’uniforme a été très mal perçue dans la population.  Aux yeux de certains défenseurs toujours fidèles de la police, tel l’auteur de ces lignes, cette manifestation avait presque quelque chose de honteux. On ne voudrait plus jamais voir cela. Eh oui, mesdames et messieurs les policiers, parce que l’on a une très haute idée de votre mission au service de la population on vous désire exemplaires. 

 

Alors, bien sûr, il faut examiner les éléments de la loi avant de voter ; particulièrement les nouveautés. Elles sont clairement très bienvenues. Mais au-delà de ces points concrets, nous attendons de cette loi un esprit nouveau, un corps apaisé connaissant ses droits mais conscient avant tout de son devoir. Oui nous voulons une police respectée, qui nous plaise et nous rassure.

 

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17/02/2015

Nous sommes tous un peu juifs

Nous sommes tous un peu juifs

 

Après l’attentat au Danemark et la profanation de sépultures juives en France, le premier ministre israélien a répété son appel aux Juifs d’Europe. Il leur dit combien les faits montrent qu’ils ne sont plus en sécurité. Il les invite à s’installer en Israël, leur vraie patrie. Cet appel est explicable mais il est nocif. On aime cent fois mieux le dernier discours à Lyon de Robert Badinter. Avec lui on doit penser qu’acculer les Juifs à la peur, les inciter à émigrer ce serait comme une victoire posthume de Hitler et des siens. Une victoire des terroristes islamiques radicaux qui font ressurgir, sous un autre vocabulaire idéologique, cette haine du Juif de sinistre mémoire et qui a marqué un sommet de la honte et de l’horreur pour l’Europe entière.

Les Juifs de France, d’Allemagne, du Danemark, de Suisse, de Genève et d’ailleurs sont totalement les concitoyens de ceux qui partagent leurs droits et leurs devoirs dans leurs pays respectifs. Pour qui a eu la chance de travailler en politique avec des personnalités de confession juive cette évidence ne devrait même pas susciter un rappel. On pourrait observer que ces personnalités puisent souvent dans leur enracinement spirituel et culturel un surcroît d’engagement civique. A propos d’arrière fond spirituel, culturel et des raisons de fraternité, nous nous réjouissons de lire ce livre tout juste reçu : <les enfants d’Abraham— un Chrétien, un Juif et un Musulman dialoguent.>. Eh oui, il n’est personne en Europe, Chrétien, Musulman ou agnostique qui ne doive son origine personnelle à l’histoire des Hébreux. L’antisémitisme n’est pas seulement un dévoiement de l’esprit et du cœur ; il est un contre sens fondamental. Sans nier les différences qui nourrissent la diversité on peut vraiment affirmer que nous sommes tous un peu juifs et qu’il est salutaire de le ressentir ainsi.

Autrement dit, nos Etats doivent tout entreprendre afin de lutter contre le terrorisme anti juif et tout faire pour que les Juifs de chez nous et d’ailleurs aient confiance en leur patrie. Ayant écrit cela avec conviction, qu’il nous soit permis d’aborder la question du lien avec Israël. L’acteur Roger Hanin, qui vient de s’éteindre, disait qu’il se sentait d’Algérie où il était né et où il est enterré, de France, et d’Israël parce que Juif. Ce lien avec Israël est parfaitement compréhensible. Cet Etat fut imaginé durant une période d’anti sémitisme aigu. Il s’est créé, douloureusement et contre les Arabes de la région, mais dans une suite et une réaction logiques après la deuxième guerre mondiale et l’extermination de près de six millions d’êtres humains. Il est donc naturel que tout Juif ait Israël dans son cœur, son esprit et la pérennité de son existence dans sa volonté. Toutefois, il y a une contradiction et une ambiguïté. Etre attaché à Israël ne devrait pas forcément signifier être d’accord avec la politique des autorités israéliennes. D’ailleurs on voit heureusement des personnalités de ce pays critiquer vivement et lucidement cette politique. L’implantation de plus d’un demi million de Colons dans les territoires occupés est inacceptable et politiquement désastreux. Cela rend très difficiles les efforts en faveur d’une paix juste et la création de deux Etats contigus : hébreux et palestinien. On ne peut nier que cette plaie non cicatrisée au Proche orient a des répercutions politiques nocives à l’échelle du monde.  Cela n’atténue en rien l’horreur du terrorisme et l’ignominie de l’anti sémitisme. Mais les personnalités juives respectées de chez nous ont tort de dire que la politique d’Israël ne les concerne pas. Elle les concerne précisément en raison de leur attachement viscéral à Israël. Et ce lien hautement assumé devrait les légitimer particulièrement à critiquer ce qui doit l’être. Ce serait dans l’intérêt de ce pays de référence qui leur est intime, dans l’intérêt de leur liberté d’expression et de leur coresponsabilité citoyenne partout où ils résident. Au Proche orient ce sont les droits de l’homme, des peuples et la paix qui sont en jeu. Cela nous concerne et nous implique tous.  

Mais,  cela étant dit en complément d’analyse, l’essentiel est surtout de proclamer ici : l’antisémitisme est une aberration aux relents criminels et nous sommes tous un peu juifs, ce qui est une de nos chances historiques de civilisation.

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04/02/2015

Le mal au coeur de l'homme

Le mal au cœur de l’homme

 

Ceci devient une bonne habitude : Sur la scène du Grand théâtre l’avocat Marc Bonnant retrouvait l’intellectuel médiatisé Bernard-Henri  Lévy pour un échange d’appréciations différentes au sujet du mythe d’Iphigénie. Le personnage a fait l’objet de nombreuses tragédies, la plus connue étant celle d’Euripide. Le texte support, cette fois, était celui de Goethe. Le propos n’est pas, ici, de rendre compte de cette soirée captivante mais seulement de s’arrêter sur un aspect qui incite à la réflexion. Goethe évoque lui aussi la malédiction poursuivant la famille de Tantale, dont étaient issus Agamemnon, sa fille Iphigénie et son fils Oreste. Tout devrait donc finir en bain de sang. Or, Goethe offre une fin heureuse. La malédiction est levée, l’humanité et l’amour triomphent. Une fin qui énerve et choque Bernard-Henri Lévy. Euripide, lui au moins, ne fait lever la malédiction que par un jugement des Dieux et il en restera toujours comme une trace d’où pourrait ressurgir le drame. Chez Lévy pèsent évidemment le poids de son identité juive et de la mémoire de la Schoah.  Comment ne pas penser, après Auschwitz, qu’une malédiction poursuit les hommes et que le mal n’est jamais éradiqué. A toutes les époques, en différents lieux il jette ses griffes mortelles. Il faut regarder celle réalité en face afin d’être lucide ; mais aussi, bien sûr, de l’affronter sans cesse en gagnant des batailles partielles et temporaires Le pire est sans doute que les sociétés, au cours de l’histoire, ont très souvent voulu cimenter leur cohésion en sacrifiant des boucs émissaires. Là-dessus, les mythes et les récits religieux en disent long. Dieu n’a pas définitivement empêché cela en refusant au dernier moment le sacrifice d’Isaac par son père Abraham. Les Juifs sont bien là pour en témoigner, notamment septante ans après la libération du camp d’Auschwitz. Le terrible aussi advient lorsque les pires atrocités, comme actuellement, sont commises au nom de Dieu. Alors, faut-il admettre un Dieu qui aurait admis le mal et l’aurait laissé s’ébattre au milieu des hommes ? Non, bien sûr. C’est l’espèce humaine qui, en développant ses atouts de survie individuelle et collective a développé aussi, dans tous ses raffinements, les actions de domination, d’exclusion et d’élimination. Mais c’est l’homme qui a aussi ouvertes les portes à la raison, au sentiment d’humanité et surtout à l’amour. Ce choc entre le mal et l’amour, dans son horizontalité humaine et une verticalité tissant un rapport entre l’homme et le divin a trouvé sa fulgurance la plus éclatante dans la personne et l’histoire de Jésus.  La mal qui ravage l’humanité est pris en compte mais on s’en sauve par l’espérance donnée qui transcende cette pauvre humanité. Hélas que de crimes ont aussi été commis au nom de cette histoire d’amour suprême. C’est peut être Marc Bonnant qui a effleuré en conclusion cette espérance envers et contre tout. Il est pourtant un agnostique déclaré. Mais il voit dans le cœur de l’homme une possibilité d’aspirer au bien. Peu importe que cette aspiration s’inspire d’une foi religieuse ou seulement d’un besoin d’améliorer la condition humaine. L’important tient à cette espérance et à cet engagement qui ne glissent jamais dans le déni du mal mais qui ne nous laissent pas sombrer dans la désespérance. Alors, finalement et n’en déplaise à Bernard-Henri Lévy, si Goethe offre une fin heureuse à une tragédie évoquant la malédiction, tant mieux dès lors que l’on n’y trouve pas matière à l’angélisme mais un moment de soulagement et de sourire. Sur les peintures et les sculptures qui la représentent on voit souvent Marie sourire. Dieu que cela fait du bien.

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