04/02/2015

Le mal au coeur de l'homme

Le mal au cœur de l’homme

 

Ceci devient une bonne habitude : Sur la scène du Grand théâtre l’avocat Marc Bonnant retrouvait l’intellectuel médiatisé Bernard-Henri  Lévy pour un échange d’appréciations différentes au sujet du mythe d’Iphigénie. Le personnage a fait l’objet de nombreuses tragédies, la plus connue étant celle d’Euripide. Le texte support, cette fois, était celui de Goethe. Le propos n’est pas, ici, de rendre compte de cette soirée captivante mais seulement de s’arrêter sur un aspect qui incite à la réflexion. Goethe évoque lui aussi la malédiction poursuivant la famille de Tantale, dont étaient issus Agamemnon, sa fille Iphigénie et son fils Oreste. Tout devrait donc finir en bain de sang. Or, Goethe offre une fin heureuse. La malédiction est levée, l’humanité et l’amour triomphent. Une fin qui énerve et choque Bernard-Henri Lévy. Euripide, lui au moins, ne fait lever la malédiction que par un jugement des Dieux et il en restera toujours comme une trace d’où pourrait ressurgir le drame. Chez Lévy pèsent évidemment le poids de son identité juive et de la mémoire de la Schoah.  Comment ne pas penser, après Auschwitz, qu’une malédiction poursuit les hommes et que le mal n’est jamais éradiqué. A toutes les époques, en différents lieux il jette ses griffes mortelles. Il faut regarder celle réalité en face afin d’être lucide ; mais aussi, bien sûr, de l’affronter sans cesse en gagnant des batailles partielles et temporaires Le pire est sans doute que les sociétés, au cours de l’histoire, ont très souvent voulu cimenter leur cohésion en sacrifiant des boucs émissaires. Là-dessus, les mythes et les récits religieux en disent long. Dieu n’a pas définitivement empêché cela en refusant au dernier moment le sacrifice d’Isaac par son père Abraham. Les Juifs sont bien là pour en témoigner, notamment septante ans après la libération du camp d’Auschwitz. Le terrible aussi advient lorsque les pires atrocités, comme actuellement, sont commises au nom de Dieu. Alors, faut-il admettre un Dieu qui aurait admis le mal et l’aurait laissé s’ébattre au milieu des hommes ? Non, bien sûr. C’est l’espèce humaine qui, en développant ses atouts de survie individuelle et collective a développé aussi, dans tous ses raffinements, les actions de domination, d’exclusion et d’élimination. Mais c’est l’homme qui a aussi ouvertes les portes à la raison, au sentiment d’humanité et surtout à l’amour. Ce choc entre le mal et l’amour, dans son horizontalité humaine et une verticalité tissant un rapport entre l’homme et le divin a trouvé sa fulgurance la plus éclatante dans la personne et l’histoire de Jésus.  La mal qui ravage l’humanité est pris en compte mais on s’en sauve par l’espérance donnée qui transcende cette pauvre humanité. Hélas que de crimes ont aussi été commis au nom de cette histoire d’amour suprême. C’est peut être Marc Bonnant qui a effleuré en conclusion cette espérance envers et contre tout. Il est pourtant un agnostique déclaré. Mais il voit dans le cœur de l’homme une possibilité d’aspirer au bien. Peu importe que cette aspiration s’inspire d’une foi religieuse ou seulement d’un besoin d’améliorer la condition humaine. L’important tient à cette espérance et à cet engagement qui ne glissent jamais dans le déni du mal mais qui ne nous laissent pas sombrer dans la désespérance. Alors, finalement et n’en déplaise à Bernard-Henri Lévy, si Goethe offre une fin heureuse à une tragédie évoquant la malédiction, tant mieux dès lors que l’on n’y trouve pas matière à l’angélisme mais un moment de soulagement et de sourire. Sur les peintures et les sculptures qui la représentent on voit souvent Marie sourire. Dieu que cela fait du bien.

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Commentaires

A la télévision, s'agissant des jeunes en partance pour se faire adouber djihadistes on nous montre deux pancartes. La première est un appel, comme une invitation, une issue. Par "appel" quasi l'annonce d'une vocation (c'est en entendant un "appel" qu'un jeune homme entrait au séminaire).
Première pancarte: pour le Petit Poucet, lumière trompeuse en provenance de la demeure d'un ogre qui est ce que nous apprend la seconde pancarte c'est: "faux"! Le Petit Poucet, lui, par le moyen du silence de la nuit et de l'observation dispose toutefois d'une nuit pour trouver un moyen de salut: il remarquera les sept coiffures des sept enfanta de l'ogre. En revanche, le jeune futur djihadiste dès son arrivée est dressé de manière vicieuse (comme chiens traités de façon à faire d'eux des bêtes sanguinaires, féroces, immensément dangereuses).

Si ces jeunes partent se faire djihadistes. pourquoi?

Quel est (tout en tenant compte du terrain génétique propre à chacun d'eux) leur vécu, en quel monde passé, présent... Avec quels contemporains idéaux?! Ne goût démesuré pour le luxe: "le "meilleur pas assez bon pour toi"! en temps de Marché mondial?!

Faut-il, des décideurs-dirigeants à leurs sujets (choses, machins, truca chouettes tant on a l'impression qu'à part se faire élire on n'en méprise pas moins le citoyen "modeste" simple "moyen-objet" alors qu'en France le citoyen-"républicain" est le mot slogan-alibi du moment... Faut-il du dirigeant au simple citoyen éviter de se remettre en question?

Se remettre en question en tout premier lieu soi-même (sans ombre de flagellation, s'entend)... au nom de quoi, faudrait-il s'en imaginer ou croire dispensé?!

Le petit Poucet, pourquoi? N'a-t-il pas, évangéliquement parlant, été promis que pour "entrer dans le Royaume" il faudra être... ou être redevenu comme l'"un de ces petits"?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 05/02/2015

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