28/01/2015

Suisse: pas de richesse solitaire

Suisse : pas de richesse solitaire

 

La décision compréhensible et même logique de la Banque nationale a fait vaciller les certitudes d’une Economie helvétique pourtant assez confiante dans sa force et ses atouts. Sans être le moins du monde compétent en la matière, ne doit-on pas rappeler que la décision de la BNS de fixer un seuil plancher de change par rapport à l’Euro ne pouvait être opportune et bienfaisante que durant une période limitée. En somme, aucun artifice ne pouvait nous prémunir durablement contre les péripéties agitant la zone Euro. A cet égard, deux événements ont marqué les esprits. Il y a eu la décision de la Banque européenne de racheter des dettes souveraines. L’idée est de pousser encore l’Euro à la baisse et de stimuler la croissance. Et puis il y a la victoire électorale, en Grèce, du parti qui combat depuis six ans le corset de l’austérité imposé au pays. Le nouveau Gouvernement veut renégocier les conditions du remboursement de la dette grecque, auprès de l’UE particulièrement ; dette qui est énorme. Comment ne pas comprendre les réticences de l’Allemagne. Voilà un pays qui a accompli des efforts de modération budgétaire et d’adaptation structurelle de son économie tout à fait considérables. Cet effort a été soutenu par une large entente politique. Aussi la cure pénible de désintoxication de la Grèce ne peut-elle que lui paraitre aussi légitime qu’indispensable. Et si l’UE cède trop, ne sera-ce pas un mauvais signe en direction de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie et de la France ?  En revanche, trop de rigidité sans appel d’air stimulant la croissance, donc un certain retour à l’emploi, ne risquerait-elle pas de pousser à des explosions sociales et politiques ? Autrement dit l’Allemagne aussi a intérêt à ce que la Grèce, --c’est à dire le peuple grec durement touché,-tienne le coup. Il y a beaucoup de paramètres à doser. C’est compliqué et les donneurs de leçon trop péremptoires ne sont pas très utiles. Toutefois, une chose est certaine : les coups de pouce monétaires ne sont jamais des remèdes durables. Celui de la Banque européenne ne sera efficace que si les efforts budgétaires et structurels des Etats se prolongent et même s’accentuent. Ce sont les investissements productifs qui doivent être encouragés et non pas les excroissances artificielles (par exemple le nombre de fonctionnaires dans certains secteurs mal organisés et les contraintes en tous genres pesant sur les entreprises). Souvent, des commentateurs disent que la création de l’Euro, mêlant des Etats aux économies si différentes de niveau, a été une erreur. D’un strict point de vue économique, peut être. Mais, ce lien d’essence politique n’est-il pas un élément de solidarité et de coopération poussant à la fin vers une consolidation économique de l’Europe en général ? Avec la mondialisation, face aux grands ensembles émergeants en Asie, en Amérique, le temps pour les pays européens du chacun pour soi, avec des dévaluations de monnaies nationales en guise de drogue pour les exportations, n’est-il pas révolu ?  

Autrement dit, l’Allemagne de demain ne sera pas riche si ses partenaires européens s’appauvrissent inexorablement. Et cela vaut pour la Suisse. Enormément dépendante de ses exportations mais aussi de ses importations de et vers l’UE, elle doit tout faire afin d’aiguiser sa compétitivité propre; mais elle doit également prier pour une bonne santé de cette Union européenne à laquelle un cordon ombilical vital la rattache. Au fond, l’économie à la fois si rationnelle et  irrationnelle, si régie par ses lois d’airain et pourtant travaillée par des pulsions qui la dépassent, n’échappe pas à la condition humaine. On est responsable de soi mais aussi des voisins ; autonome mais imbriqué. Ceux qui disent que tous et chacun, avant de se lancer dans leur vie et celle des autres, devraient commencer par des cours de philosophie n’ont probablement pas tort.    

 

 

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21/01/2015

Un service national obligatoire?

Un Service national obligatoire ?

Et si les vieilles obligations du temps passé étaient les meilleures recettes pour les temps nouveaux ? Dans la plupart des pays démocratiques, sauf en Suisse, on a supprimé le Service militaire  obligatoire. En Suisse, il existe mais cohabite avec un Service civil de remplacement. Toutefois, nombre de jeunes citoyens échappent à cette obligation militaire, pour diverses raisons plus ou moins bonnes, de diverses manières. En France, c’est Jacques Chirac qui a mi fin à la conscription automatique des jeunes Français. Il y avait une logique. Il fallait une armée de professionnels aguerris, aptes à intervenir sur divers terrains d’opération : Afrique, Afghanistan, Syrie etc… Même dans la conception de défense du territoire, les exigences techniques, les limites financières, la nécessité de compétences et de résistance à un niveau élevé plaidaient en faveur de ce grand changement. Et si cela avait été une grande erreur ?

Il faudrait en conclure que le Service militaire, avec toutes ses pesanteurs et ses travers nombreux, n’en était pas moins un facteur d’identification nationale. Ce n’est donc pas étonnant qu’en France, par exemple, la question ressurgisse. Le Gouvernement semble vouloir élargir le champs du Service civil. L’opposition (qu’en pense Jacques Chirac ?) évoque un Service national. L’idée, d’ailleurs, avait aussi  intéressé Ségolène Royal lors de sa campagne présidentielle de 2007. Il y a des retournements amusants. Mais oui, il faut l’envisager. On l’a dit, dans les banlieues, auprès des jeunes français issus de l’immigration et travaillés par des extrémistes qui se réclament de leur culture et de leur religion, il y a nécessité impérieuse d’une éducation citoyenne ; dans leur parcours scolaire particulièrement. Mais ensuite, un Service national , mêlant cours théoriques et engagements pratiques profitables à la communauté, ne serait-il pas une chance pour ces jeunes ? On pourrait y tenir compte, dans la constitution des groupes, d’une mixité sociale. On pourrait y imposer des conditions d’hébergement convenables mais spartiates. On pourrait commencer les journées avec l’hymne national et drapeau flottant au vent. Et puis ce qu’il faudrait d’exposés sur les valeurs de la République ( droits individuels, laïcité, liberté d’expression, devoirs citoyens…) Rien de trop lourd mais juste assez pour que cela marque.

En Suisse, le débat mérite d’être posé. Dans les années soixante, le professeur Jacques Freymond, directeur des HEI et par ailleurs Colonel, préconisait déjà un tel Service national obligatoire, incluant ce qu’on appelle le Service civil de remplacement pour objecteurs de conscience et ne supprimant pas l’obligation de principe du service militaire. Un tel Service national pourrait collaborer avec des institutions économiques et sociales. L’obligation de mettre ainsi quelques mois à  disposition de l’Etat ne devrait-elle pas s’appliquer également aux jeunes filles de vingt ans ?

Concentrés que nous sommes sur les questions de stratégie et de moyens militaires, on a oublié le rôle intégrateur  de l’engagement citoyen.  Et, depuis mai 68, on a oublié que l’individu n’a de sens que dans une liberté responsable. Mais ce binôme ne va pas de soi, surtout si l’on n’y est pas habitué dès l’enfance. Il y faut de la connaissance et de l’éducation. Il ne s’agit pas d’un retour à la Nation fermée sur elle-même. On n’est pas chez Pétain avec le slogan travail, patrie, famille. On est en démocratie pleine et entière. Mais la Nation, le Pays ont de quoi redevenir des repères, des piliers de nos démocraties : lesquelles sont appelées à collaborer les unes avec les autres en défendant des valeurs communes acquises au travers de l’histoire, et en menant une guerre conjointe pour casser le terrorisme.   

Alors oui, En France, ailleurs, en Suisse aussi pourquoi ne pas créer une Service national obligatoire ?

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17/01/2015

Formation citoyenne dans les banlieues

Formation citoyenne dans les banlieues

 

Depuis le jour où l’horreur terroriste s’est répandue à Paris, l’émotion est demeurée vive. Toutefois la période des controverses s’est ouverte, surtout depuis la sortie du Charlie Hebdo post tragédie que l’on s’est arraché. Il a provoqué des réactions violentes dans plusieurs pays musulmans et des critiques diverses dans les pays occidentaux. Jusqu’où peut aller la satire, la caricature ? Peut-on rire de tout ? Le contexte politique, psychologique, émotif impose-t-il des limites ?

Il convient d’avoir une position claire à cet égard. En principe, la liberté d’expression doit être la plus large possible. Les tribunaux se doivent, dans notre démocratie, d’être très prudents sur les condamnations. Il faut vraiment qu’un groupe spécifique, Juifs, Musulmans,  soit insulté, cible d’une parole haineuse pour que l’Etat ait devoir d’intervention. Même devoir si une personne est attaquée spécifiquement à ce titre. Pour dire les choses autrement, répétons que Charlie Hebdo était dans son droit démocratique en publiant ses caricatures. L’excès, voire le mauvais goût, le non respect d’une référence  religieuse ne sauraient être interdits. Cela appartient au cadre  de nos valeurs fondamentales ; il en va de la liberté individuelle, du principe de laïcité aussi. Il s’agit d’être intransigeant sur ce point face aux réactions, aussi violentes soient-elles-

Cela étant, la liberté inclut la responsabilité. Cela étant, il est permis sinon nécessaire de plaider, non pour une autocensure par crainte mais quelquefois pour une retenue par sensibilité. Dans la Tribune de Genève de samedi, le caricaturiste Hermann explique très bien cela.  Les, humoristes, par les mots, les écrits ou les dessins ont droit à leur liberté la plus large ;  mais ils ne peuvent afficher fièrement une totale irresponsabilité. Ils ont à y réfléchir.

Ces lignes n’enlèvent rien au fait que ces actes horribles doivent être condamnés pour ce qu’ils sont. Et c’est ici que se propage un malaise. Beaucoup de Musulmans interrogés ont déclaré que les terroristes avaient sali l’Islam. Tant mieux qu’ils disent cela.  Mais on aurait aimé les entendre plus dire  que ces actes étaient les pires menaces contre les valeurs de la démocratie dans laquelle ils vivaient et dont ils profitaient. L’autre jour, on pouvait écouter un bon débat sur France culture. Il y était question du refus de nombreux jeunes des banlieues de respecter la minute de silence à laquelle leurs écoles les appelaient. Une enseignante a même éclaté en sanglots à l’antenne en évoquant la rudesse de son métier.  De ce débat ressortait des éléments alarmants. Enorme difficulté de nombre de ces jeunes à simplement discuter avec des mots, à les définir, à prendre acte de notions telles que démocratie, nation, liberté individuelle et d’expression, renoncement à la violence : tout cela sur fond de désespérance et de repli soit disant identitaire. La connexion de ces jeunes avec un extérieur se concentre souvent, hélas, sur des réseaux internet où ils trouvent des messages de propagandistes islamiques.

Où peuvent s’affirmer la prévention, la thérapie, l’éducation ? Dans les familles d’abord qu’il faut soutenir ; dans les écoles, les filières d’apprentissage. Pour ce qui est des écoles, les accents doivent à l’évidence être mis sur une maitrise du langage : des notions de vocabulaire de base aidant à définir précisément les mots et ce qu’ils impliquent ; et sur une véritable éducation citoyenne. Que veut dire un pays démocratique, quelles libertés il porte, comment affirmer ses convictions, dénoncer ce qui vous choque en le faisant dans les règles du jeu démocratique qui est ouvert à tous. Bref, s’il s’agit de la France, comprendre que l’on peut être Musulman, Juif, Chrétien ou toute autre chose mais d’abord et surtout Français ou résident en France : donc coresponsable du fonctionnement d’un Etat laïque qui impose des règles de vie en commun. Cela vaut bien sûr en Suisse, même si le malaise y est pour l’instant moins lourd.

En ce qui concerne les banlieues françaises, est-ce trop tard ? Les pires troubles sont-ils à craindre ? Et nos pays sont-ils pour longtemps en guerre contre les foyers terroristes extérieurs et contre les groupes à l’intérieur, lesquels se nourrissent des replis identitaires de jeunes abandonnés à eux-mêmes et aux poisons reçus par internet. Un paradoxe de notre époque : une formidable ouverture technologique, d’envergure mondiale, qui favorise des enfermements mentaux et de terribles rétrécissements de l’esprit.   Trop tard ? L’avenir le dira. Mais le devoir est là, au cœur de nos démocraties : transmission des bases du langage permettant la discussion et surtout forte éducation citoyenne. On renoue avec la référence de la Cité grecque dont nous sommes les héritiers, mais avec une exigence vitale de non discrimination, d’intégration. Et dans ce défi, il y a finalement l’affrontement entre les pulsions de vie et de mort ; entre la capacité de vivre ensemble et les perspectives de guerres civiles.     

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07/01/2015

Nos valeurs face à l'horreur

Nos valeurs face à l’horreur

Nous sommes tous horrifiés par l’attaque meurtrière et monstrueuse contre les rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo. L’indignation, la dénonciation, la compassion et la solidarité sont les premiers mots qui viennent à la bouche. Cela étant, relevons qu’il s’agit d’un choc frontal entre , d’une part, une pointe acérée de notre monde démocratique et, d’autre part, l’extrémisme fanatique qui secoue le monde musulman. C’est un choc tragique aux frontières de deux civilisation ; aux frontières et, Dieu merci, non pas au cœur. Charlie Hebdo, qu’on l’apprécie ou non, s’en prend à tout ce qui lui parait critiquable et risible à tout ce qui passe devant son cham de vision. Il le fait avec une verve polémique tant par l’écriture qu’au travers des caricatures. Mahomet n’y est pas plus étrillé que Jésus ou le Pape. En fait, dans son genre qui n’est pas celui qu’apprécie le plus un vieux Libéral genevois,  Charlie Hebdo a sa place dans notre cohérence démocratique,  en ce sens qu’il use largement de cette valeur fondamentale qu’est la liberté d’expression. Et si cette dernière peut être limitée par le Droit dans certains cas ( diffamation, calomnie…) elle ne saurait l’être de manière générale.  Une auto censure par peur et devant la pression serait déjà un échec de notre démocratie.

A l’inverse, Les Musulmans fanatiques illustrés en Irak et en Syrie par le soit disant Etat islamique n’ont qu’une idéologie politico-religieuse absolument totalitaire. Dans les illustrations de nos valeurs démocratiques, ils ne voient que décadence, blasphème et pourriture. Le monde occidental est un Satan à détruire. Mais les Etats musulmans dits modérés ou vus comme complices des Occidentaux sont aussi des renégats à pousser en enfer. Souvenons nous du massacre des enfants au Pakistan. Même horreur. Il n’y a donc pas de compréhension, de compromis possible entre ces deux positions. Nous sommes en guerre contre les Islamistes fanatiques. Ce qui s’est passé à Paris peut advenir demain à Genève.  Nous sommes en guerre au côté des Musulmans qui se trouvent être également leurs cibles.

Naturellement, comme nous y invitent les grands dignitaires religieux, gardons nous de tout amalgame, de toute généralisation. La majorité des Musulmans de France et d’Europe sont aussi étrangers que nous à cette horreur. Toutefois, ils le seront aux yeux de tous à condition de se rallier pleinement aux valeurs fondamentales des pays démocratiques dans lesquels ils vivent : la la laïcité émanant de l’Etat et des administrations publiques, écoles publiques comprises,  droits égaux entre hommes et femmes et acceptation du grand principe de la liberté d’expression même choquante, sous réserve de protection individuelle.

Nous devons, en Europe, être beaucoup plus clairs et plus fermes sur nos valeurs et nos principes, sans mollesse complaisante aux allures d’engrenage vers une dilution de nos assises. Il faut dire non à l’instrumentalisation populiste de ces faits contre les étrangers ; mais il importe d’affirmer que tout résident dans nos pays démocratiques doit accepter nos règles de vie en commun, quitte à supporter quelque distance avec certaines habitudes culturelles amenées avec lui.  

Quant à la résistance absolue contre les fous de Dieu elle doit être commune, intransigeante, avec des réactions et des sanctions à la hauteur de la menace et de nos valeurs. Il n’est plus question de réinsertion. Unis derrière nos autorités aux responsabilités, nous sommes en guerre au nom du droit de vivre  libres : libres aussi de nous référer à un Dieu d’amour et non de haine obscurantiste.    

 

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