12/12/2014

Présent insaisissable avenir inconnu

Présent insaisissable avenir inconnu

Peut être est-il confortable de ne pas trop réfléchir au sens des choses, de ne pas vivre le présent en nous liant à une interrogation sur l’avenir. Mais les animaux qui n’anticipent pas ne sont pas épargnés par l’émotion et l’angoisse. Chez les hommes, il y a des philosophies qui prônent le détachement, mais elles se posent dans les marges de l’histoire humaine en marche. Et puis, finalement, c’est le poids mais également l’intérêt de la condition humaine que de s’interroger sur le présent et sur l’avenir qui se prépare.

Voilà ce que l’on se disait en écoutant, l’autre soir à la Société de lecture, une conférence du penseur et économiste  Thierry Malleret, invité par un Groupe de réflexion dont Yves Oltramare a eu l’idée. Beaucoup d’éléments ont évidemment passé dans cet exposé. La puissance de la Chine mais aussi les risques pour elle-même et donc pour le monde. Le poids croissant d’autres pays émergents, Brésil, Inde… La puissance persistante des Etats-Unis mais confrontée à un monde multipolaire empêchant tout ordre imposé. Un facteur démographique qui fait de plus en plus surgir l’importance de l’Asie, de l’Afrique. Des crises et des conflits qui éclatent un peu partout, rapides, contagieuses, quand bien même les causes profondes viennent souvent d’événements historiques lointains. Une Europe qui vieillit, qui cherche laborieusement à articuler sa structure. Des flux migratoires qui font peur. Des réactions populistes dont on ne sait pas jusqu’où elles pourraient aller. Nos systèmes démocratiques à l’épreuve devant  cette immédiateté, cette transparence laissant peu de place au temps de la pensée, cette accélération de tout qui provoque des réactions plutôt que des actions nourries de réflexions qui permettraient des stratégies coordonnées, cohérentes et continues. Bref, les acteurs nominalement responsables, politiciens, chefs d’entreprises, banquiers… ont-ils encore prise sur le cours des choses ou bien de ne sont-ils que des figurants prenant des postures et s’agitant au bord d’un flux de l’histoire qui leur échappe ?

Oui, après avoir écouté ces propos, on sortait bien songeur à l’air frais. Et la question d’un auditeur résonnait dans les têtes : bon et alors qu’est-ce que l’on fait ?

A chacun sa réponse. Exprimons en une ici, en cette période où se commémore l’Escalade. Lorsque tout devient insaisissable, c’est le moment de s’accrocher d’abord à des valeurs fortes et simples, à ce qui fonde nos identités. La culture de la vie en commun, une liberté individuelle trempée dans un sens de la responsabilité, l’apport à la recherche de solutions collectives aux divers échelons : proximité, national, continental, mondial. Osons dire que c’est un peu cela l’esprit dit de Genève. Et puis il faut associer deux jumeaux en soi : celui qui sait que tant de choses lui resteront inconnues et celui qui pourtant s’engage résolument au nom de ses valeurs, dans le sens de ce qu’il croit être le mieux pour le présent et pour préserver l ’avenir. A vrai dire, tout au long de l’histoire des hommes il y a eu de ces engagés qui ne savaient pas vraiment comment les événements allaient tourner et qui se sentaient si minuscules. A la fin cette cohorte d’hommes et de femmes s’exposant sans peur et sans reproche devant le présent ont contribué, sans que cela soit mesurable, à la marche de l’histoire. C’est vrai, beaucoup nous échappe. C’est vrai, modeler l’avenir est de plus en plus aléatoire. Mais tant qu’il y aura des hommes et des femmes voulant observer, réfléchir, se regrouper afin de donner du sens à leur vie et à la vie, le pire ne sera pas certain et des lueurs d’espoir éclaireront le  chemin broussailleux que nous offre l’avenir.  

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01/12/2014

Votations:réfléchir plus librement

La Suisse a ce privilège unique de connaitre une démocratie semi directe. Ainsi ce droit d’initiative depuis 1891. Il a été instauré alors comme instrument donné à des minorités trop peu représentées au Parlement. Il en est fait aujourd’hui un usage compulsif et abusif. Toutefois, le Conseil fédéral et le Parlement ont le devoir de respecter un vote populaire et de le traduire autant que possible dans la loi d’application et dans l’action politique. Ainsi pour la suite, difficile à maitriser, du 9 février. De manière réciproque, lorsque des auteurs d’initiatives perdent, ils ont le devoir de respecter le vote de la majorité et non pas d’affirmer aussitôt qu’ils reviendront à la charge rapidement d’une façon ou d’une autre. Le peuple a confirmé l’indépendance de la Banque nationale. Il a admis l’utilité des forfaits fiscaux et la compétence des cantons en la matière. Frappant a été le refus par le peuple genevois et de l’Initiative cantonale sur ce sujet et même du Contre projet du Conseil d’Etat et du Grand Conseil. Prenez en acte mesdames et messieurs les auteurs de ces initiatives. Respectez le peuple et la démocratie. Ce vote n’a pas été celui d’un cercle de privilégiés mais celui d’une très forte majorité de bon sens.

Reste Ecopop. Eh bien là aussi, il faut prendre acte et respecter le vote ; ce que certains membres du Comité d’Initiative ont du mal à faire. La réaction d’un Philippe Roch, au contraire, a reflété son respect de la démocratie. Mais ici, et en regard également du 9 février dernier, il y a évidemment des réflexions qui s’imposent. Tant mieux si la marge et la crédibilité du Conseil fédéral vis à vis de l’Union européenne en sortent renforcées. Mais la législation d’application devra bien s’en tenir au principe voulu des contingents, quitte à ce que ceux dévolus aux Européens rassurent ces derniers. Négociations difficiles. Cela étant, il est incontestable que l’augmentation de la population résidante en Suisse pose et posera des problèmes, nécessitera des mesures : sur l’aménagement du territoire, des villes, des infrastructures de transport permettant la mobilité sans charger trop le climat. A tout cela il convient de réfléchir plus librement, sans pression, mais de vraiment y réfléchir. Quant à l’immigration de masse que l’on ose ( même si ce n’est pas politiquement correct…) qualifier de non désirée, il s’agit de l’affronter en concertation européenne. Ni la Suisse ni les pays voisins ne peuvent accueillir sans danger des vagues croissantes issues de la misère du monde. En revanche, l’érection de remparts défensifs, les renvois inévitables ne peuvent qu’être une réponse partielle ; surtout dans une perspective à long terme. Si l’on observe l’Afrique, par exemple, le soulagement ne viendra que d’un meilleur équilibre économique et politique entre les deux côtés de la Méditerranée. Il n’y a pas de choix. Il faut aider les pays déstabilisés, aider les pays limitrophes submergés par des réfugiés, encourager les investissements sur place, les divers éléments clés de développement : dont la formation et la consolidation des Etats, des administrations. Une réussite progressive de l’Afrique, pour prendre cet exemple, est un facteur de sécurité et de stabilité pour nous. En menant une telle politique, à la fois de protection et d’ouverture, on ira à la rencontre des préoccupations légitimes portées par l’Initiative du 9 février et aussi par celle d’ECOPOP, aussi regrettable qu’ait été le succès de la première et aussi excessive qu’ait été la seconde. En définitive, on aimerait voir le Conseil fédéral, le Parlement, les Partis pivots être davantage dans la proposition, l’action que dans la réaction aux coups de sang populaires.

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