01/12/2014

Votations:réfléchir plus librement

La Suisse a ce privilège unique de connaitre une démocratie semi directe. Ainsi ce droit d’initiative depuis 1891. Il a été instauré alors comme instrument donné à des minorités trop peu représentées au Parlement. Il en est fait aujourd’hui un usage compulsif et abusif. Toutefois, le Conseil fédéral et le Parlement ont le devoir de respecter un vote populaire et de le traduire autant que possible dans la loi d’application et dans l’action politique. Ainsi pour la suite, difficile à maitriser, du 9 février. De manière réciproque, lorsque des auteurs d’initiatives perdent, ils ont le devoir de respecter le vote de la majorité et non pas d’affirmer aussitôt qu’ils reviendront à la charge rapidement d’une façon ou d’une autre. Le peuple a confirmé l’indépendance de la Banque nationale. Il a admis l’utilité des forfaits fiscaux et la compétence des cantons en la matière. Frappant a été le refus par le peuple genevois et de l’Initiative cantonale sur ce sujet et même du Contre projet du Conseil d’Etat et du Grand Conseil. Prenez en acte mesdames et messieurs les auteurs de ces initiatives. Respectez le peuple et la démocratie. Ce vote n’a pas été celui d’un cercle de privilégiés mais celui d’une très forte majorité de bon sens.

Reste Ecopop. Eh bien là aussi, il faut prendre acte et respecter le vote ; ce que certains membres du Comité d’Initiative ont du mal à faire. La réaction d’un Philippe Roch, au contraire, a reflété son respect de la démocratie. Mais ici, et en regard également du 9 février dernier, il y a évidemment des réflexions qui s’imposent. Tant mieux si la marge et la crédibilité du Conseil fédéral vis à vis de l’Union européenne en sortent renforcées. Mais la législation d’application devra bien s’en tenir au principe voulu des contingents, quitte à ce que ceux dévolus aux Européens rassurent ces derniers. Négociations difficiles. Cela étant, il est incontestable que l’augmentation de la population résidante en Suisse pose et posera des problèmes, nécessitera des mesures : sur l’aménagement du territoire, des villes, des infrastructures de transport permettant la mobilité sans charger trop le climat. A tout cela il convient de réfléchir plus librement, sans pression, mais de vraiment y réfléchir. Quant à l’immigration de masse que l’on ose ( même si ce n’est pas politiquement correct…) qualifier de non désirée, il s’agit de l’affronter en concertation européenne. Ni la Suisse ni les pays voisins ne peuvent accueillir sans danger des vagues croissantes issues de la misère du monde. En revanche, l’érection de remparts défensifs, les renvois inévitables ne peuvent qu’être une réponse partielle ; surtout dans une perspective à long terme. Si l’on observe l’Afrique, par exemple, le soulagement ne viendra que d’un meilleur équilibre économique et politique entre les deux côtés de la Méditerranée. Il n’y a pas de choix. Il faut aider les pays déstabilisés, aider les pays limitrophes submergés par des réfugiés, encourager les investissements sur place, les divers éléments clés de développement : dont la formation et la consolidation des Etats, des administrations. Une réussite progressive de l’Afrique, pour prendre cet exemple, est un facteur de sécurité et de stabilité pour nous. En menant une telle politique, à la fois de protection et d’ouverture, on ira à la rencontre des préoccupations légitimes portées par l’Initiative du 9 février et aussi par celle d’ECOPOP, aussi regrettable qu’ait été le succès de la première et aussi excessive qu’ait été la seconde. En définitive, on aimerait voir le Conseil fédéral, le Parlement, les Partis pivots être davantage dans la proposition, l’action que dans la réaction aux coups de sang populaires.

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