30/10/2014

Ecopop: la tentation dangereuse

Ecopop :la tentation dangereuse

 

Il ne faut jamais mépriser ou dénigrer les motivations profondes et sincères de ceux dont on combat les propositions. Cela s’applique particulièrement à Philippe Roch, ancien Secrétaire d’Etat à l’environnement, lequel est la personnalité la plus marquante qui soutient l’initiative Ecopop. En fait l’homme a évolué. En quittant la vie publique il a endossé un rôle de prophète qui aimerait n’être pas de malheur. Il pointe du doigt tous les paramètres de notre vie sur cette planète, voit tous les clignotants virer au rouge et prédit une course vers le mur si nous ne changeons pas énormément nos repères, nos buts et nos comportements. Il s’agit bien sûr de sauvegarder notre environnement naturel et nos possibilités de vivre ensemble. Parmi les dangers il y a, selon lui,  cette augmentation continuelle de la démographie, due évidemment à une immigration que réclame sans relâche notre course non maitrisée à la croissance économique. Voilà, en condensé réducteur, la raison de son soutien étonnant à cette Initiative Ecopop sur laquelle le peuple et les cantons vont prochainement voter.

Les effets négatifs de cette Initiative, si elle passait, seraient redoutables. Le Conseil fédéral, les partis politiques et les milieux économiques se mobilisent, saisis d’effroi. On doit déjà  surmonter les conséquences de l’Initiative acceptée le 9 février ! Laissons ici les arguments économiques qui seront largement développés et abordons l’affaire sous un autre angle. Il ne serait pas possible ni raisonnable de limiter arbitrairement le nombre d’habitants d’un pays et de régler sur un pourcentage minimum son augmentation annuelle. On ne va pas, à la chinoise, limiter le nombre de naissances. Quant à l’immigration régulière, elle répond au flux vital de nos pourrait brider trop sans s’isoler ni s’étrangler plus ou moins. En réalité, le grand danger ne vient pas d’une augmentation normale de la population, sur place et par l’immigration choisie. On doit pouvoir accompagner cette évolution par des mesures diminuant les effets négatifs sur l’environnement : production plus rationnelle d’énergie, incitation à une consommation moins dispendieuse, inflexion des comportements, aménagement intelligent des infrastructures. Non, le danger vient d’une immigration incontrôlée. L’arrivée massive, durant ce siècle, de personnes venant d’autres continents sera-t-elle une fatalité et une telle situation sera-t-elle  maitrisable ? On a lu et entendu récemment que selon des prévisions statistiques, l’Afrique aurait plus de deux milliards d’habitants dans quelques décennies, avant la fin du siècle. En contraste, les Européens disons de souche n’augmenteraient pas tellement. Ajoutons à cela les guerres, les déstabilisations d’Etats dont nous entendons parler tous les jours, la misère de tant de gens.  Alors oui, il y a un risque d’immigration débridée vers l’Europe avec toutes les conséquences imaginables. La Suisse, comme ses voisins, pourrait être entrainée dans une déstabilisation affolante. . Mais, mon cher Philippe Roch, ce n’est pas l’Initiative Ecopop qui nous protégera. Elle ne pourrait que casser notre ressort vital à relativement brève échéance. Et les solutions blochériennes radicales de rempart contre l’immigration ne résoudront pas le problème ; même si une réglementation légale stricte de l’immigration extra européenne est pourtant indispensable, n’en déplaise aux angéliques. Michel Roccard disait déjà que nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. En revanche, tout montre que nous sommes impliqués jusqu’au coup dans les déséquilibres et les équilibres du monde : économiques, sociaux, politiques. Pour en revenir à l’Afrique, par exemple, le défi est que les pays africains réussissent à développer une économie, des structures, des Etats qui ouvrent des perspectives à leurs populations à leur jeunesse. Chimère ? On sait que certains de ces pays ont une forte croissance économique et que des ressources naturelles considérables s’y trouvent. Nos vieux pays développés et les pays émergeants ont un devoir et un impératif pour leur propre avenir : aider beaucoup plus au développement, inciter aux investissements dans ces pays, aider à les reconstruire, soutenir les Etats voisins des zones en tensions et en guerres dans leur accueil des réfugiés, bref accomplir tout ce qui est en leur pouvoir afin de diminuer les déséquilibres dans le monde et ainsi faire baisser une pression migratoire qui s’annonce redoutable. C’est à cette échelle internationale que se posera la question démographique, ses équilibres ou ses déséquilibres. C’est aussi à cette échelle que se posera toute la question de l’environnement. Alors, cher Philippe Roch, une fois cette Initiative écartée et vue comme un signal d’alarme, nous pourrons écouter à nouveau des propos lucides et prophétiques dont nous avons assurément besoin.  

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14/10/2014

Suisse-Europe: reprendre la main

Suisse-Europe : reprendre la main

 

Plusieurs réactions intéressantes viennent d’être observées à propos des relations de la Suisse avec l’Union européenne. Il ya d’abord celle de Christoph Blocher. Le tribun nationaliste n’exclut plus une solution qui permettrait de ne pas soumettre à de stricts contingents les immigrants venant de l’Union européenne.  Après tout l’Initiative du 9 février dernier ne parlait-elle pas de limites à l’immigration de masse, sans nommer expressément l’Union européenne ni même demander la fin d’accords bilatéraux avec cette dernière. En fait, Christoph Blocher a constaté que les sondages font ressortir une majorité de citoyens en faveur d’un Accord avec l’UE et que de nombreux milieux économiques commencent à donner de la voix. Ainsi, la victoire de l’UDC le 9 février pourrait ne pas être porteuse lors des élections fédérales de l’année prochaine. Il ya aussi le PLR qui invite à une interprétation de l’Initiative, devenue article constitutionnel. Pour lui, on devrait pouvoir respecter le vote du peuple en élargissant au maximum les contingents de personnes en provenance des pays de l’Union européenne et en rétrécissant d’autant les contingents venant de pays hors Union. C’est un peu la réalité actuelle mais en extension dans les deux sens. Le problème est que l’UE ne veut pas transiger sur le principe même de la libre circulation. Voici le Conseil fédéral nanti d’un mandat de  négociation. L’idée est qu’il essaye et puis on verra bien… Deux autres partis gouvernementaux, le PDC et le PS ne croient guère à tout cela. Il en va de même au PBD et chez les Verts. De ce côté on s’appuie sur les sondages et l’on pense qu’il faudra revenir prochainement devant le peuple en l’invitant à approuver à nouveau l’Accord sur la libre circulation avec l’UE et à exprimer son désir que se poursuive la voie des négociations bilatérales. Il se pourrait donc que la question européenne revienne au centre des débats dans la campagne électorale de l’année prochaine. Ce serait une bonne chose.

En effet, depuis des années, c’est l’UDC qui dicte l’agenda et le fond de ce débat. Subissant les Initiatives en cascade, le Gouvernement, le Parlement, les autres partis, les médias, bref un peu tout le monde sont en réaction, en défensive. Un groupe de personnalités venant de plusieurs horizons s’expriment maintenant haut et fort. Elles ont produit un véritable manifeste politique et intellectuel. Il y est affirmé la nécessité d’une vision, d’une stratégie, d’une communication claires sur nos relations avec l’Union européenne. Le mot magique de pragmatisme ne suffit plus à conduire et à faire approuver notre politique. La démonstration en a été faite le 9 février. Cette sorte de profil bas, loin de faciliter les démarches, de laisser mûrir l’opinion a laissé le champ libre aux Blochériens.  Ils interprètent l’histoire suisse en la déformant. Ils font croire à un avenir radieux dans le choix d’une voie solitaire avec des négociations au coup par coup. Tout indique que ce serait l’impasse diplomatique avec des conséquences dommageables pour la Suisse. Qu’importe : ils donnent l’impression d’avoir des convictions patriotiques et d’offrir une politique nationale. C’est assez tendance dans plusieurs pays européens. A d’autres occasions, des réflexions sur ce point mériteront d’être développées. Toujours est-il que l’heure a sonné d’un réveil intellectuel, civique et politique rassemblant des esprits lucides et décidés. Il faut définir une position, un mouvement au sujet de nos relations d’ensemble, institutionnelles avec l’Union européenne ; dans une vision de la place de la Suisse, à tous égards, au cœur de ce continent. Il faut définir et expliquer la nature et les degrés des liens à organiser avec le pôle européen. Oui, il faut reprendre la main dans ce domaine essentiel. Le Conseil fédéral, le Parlement, les partis y seront d’autant plus enclins que se manifestera un engagement citoyen au sein de la société civile.

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