22/09/2014

Pas de régions sans Etats

Pas de Régions sans Etats

 

Beaucoup se sont réjouis que les Ecossais aient, en majorité, rejeté l’option de l’indépendance. René Longet, lui, le regrette. Cet ancien député socialiste et ancien Président du Parti socialiste genevois nous fait le coup d’un nostalgique des idées si belles et si fortes de Denis de Rougemont. On sait que ce dernier voyait le mal que les affrontements entre Etats ceinturés de leurs frontières avaient fait à l’Europe. Il prônait la réémergence et le développement des régions naturelles, par-dessus les frontières,  régions ayant  vécu depuis des siècles leurs complémentarités multiples. C’est dans ce registre que pourraient  le mieux s’affirmer des identités de proximité, des harmonisations économiques évidentes, des relations de vie neutralisant les instincts de guerre des Etats bardés de fer.

Fort bien, mais cet excellent René Longet confond les enjeux. Certes, l’Europe doit être celle des Régions naturelles et il importerait que ni les Etats, ni les organes européens supranationaux n’empêchent ce dynamisme. Toutefois, ce développement doit se faire en articulation et non en opposition avec la connexion des Etats de l’Europe, grands ou petits. Car l’histoire de l’Europe est aussi celle des Etats, qu’on le veuille ou non. Car c’est d’eux qu’est venu le projet d’une certaine unité européenne excluant la malédiction séculaire des guerres intra européennes. Enfin, ce sont eux qui, en organisant mieux leur conjonction, pourraient amener l’Europe à s’affirmer politiquement dans un jeu mené  par les anciennes et les nouvelles super-puissances : USA, Russie, Chine et progressivement d’autre Etats pesant de plus en plus lourd. Dès lors, il faudrait craindre, qu’à rebours de l’histoire,  des régions, précisément, veuillent devenir des Etats. Il y a encore davantage à craindre. Si l’Ecosse, la Catalogne, le pays basque, demain la Corse ou la Bretagne s’y mettaient, si, hypothèse nullement improbable, la Belgique flamande  rejetait la partie Wallonne, quelle régression ! Poussé jusqu’au bout le mouvement finirait par indiquer qu’il ne pourrait plus y avoir d’Etat sans uniformité géographique, linguistique, et pourquoi pas culturelle et religieuse. Ce serait nier l’Europe elle-même dans sa diversité.

Bref, cher ancien collègue René Longet,  n’utilisons pas Denis de Rougemont pour faire du dogmatisme régional qui remettrait en question et les assemblages  ayant constitué plusieurs Etats européens et la construction européenne elle-même. Un avenir positif ne s’appuiera que sur un équilibre intelligent des pouvoirs entre les localités, les régions, y compris transfrontalières, les Etats et des instances proprement européennes. La Suisse, Certes à sa manière,  est  aussi impliquée dans ce grand défi.

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Commentaires

Appréciable, avant tout de laisser les Ecossais décider selon leur vécu et ressenti sans se mêler de ce qui n'est pas notre affaire si tant est que l'on entend respecter le sentiment et la volonté d'autrui concerné en tout premier lieu.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/09/2014

Je suis plutôt d'accord... Les petits Etats ethniques créés au lendemain de la Première Guerre mondiale par les Américains sont aussi la source du problème.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/09/2014

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