12/08/2014

Michel Halpérin: le meilleur de Genève

Michel Halpérin : le meilleur de Genève

 

Il y a dans le Judaïsme une discipline morale de fidélité à ce qui vous dépasse et vous guide. Il y a en même temps, je le pense, une exigence intellectuelle tendant à une réflexion personnelle jamais en sommeil. Il y a, je le pense aussi, un appel à l’engagement, à la responsabilité, au mouvement individuel dans les cadres reçus de solidarité. Tout ce bagage génétique, cet héritage de conscience les Grands-parents de Michel Halpérin les ont amenés à Genève lorsqu’ils ont fui les persécutions à l’encontre des Juifs qui se généralisaient en Russie. Tant le père que l’oncle de Michel ont été des figures éminentes, des repères intellectuels et moraux au sein de la Communauté juive de Genève. Pour Michel, le chemin était donc tracé. Entre la tradition si forte dont il était porteur et le meilleur de l’histoire genevoise, il ne pouvait y avoir qu’un mariage indissoluble.  Etre l’un des plus brillants avocats de la place, un bâtonnier respecté ne suffisait pas. Il y a joint l’engagement politique, avec une élégance impressionnante, un talent captivant mais une ligne très ferme dans la défense de la liberté, et des libertés petites ou grandes. Cela l’a conduit à dénoncer l’accumulation des entorses à ces liberté, notamment de la part d’un Etat mécaniquement interventionniste. Michel Halpérin trouva donc naturellement sa place au sein du Parti libéral genevois dont il devint l’une des grandes figures humanistes.  Il le présida dans un moment critique et le remit sur pied. Député écouté, il fut un Président indiscuté et admiré du grand-Conseil.  D’autres engagements se greffèrent sur ses activités principales tout au long de sa carrière : telle la présidence du Conseil des HUG.

Lorsqu’un homme de cette envergure disparait, la question se pose : quelle trace laissera-t-il ? La réponse n’est pas simple. Un Olivier Reverdin disait que l’on est là pour agir au plus de ses capacités avant de passer le témoin. Toujours cette idée de fidélité et de continuité ; où les valeurs juives et protestantes  incarnées par ces deux personnalités, marchant sans peur et sans reproche au cœur de la Cité,  se rejoignent si parfaitement. Ces êtres qui marquent leur entourage mettent à leur tour en mouvement ceux et celles qui se sont laissés imprégnés. Ici, il y a d’abord les proches. J’ai eu la chance de voir agir et grandir Lionel, le fils de Michel,  au sein de l’Assemblée constituante dans laquelle il a joué un rôle déterminant. Lui aussi avocat, lui aussi député au Grand Conseil, il est, comme les membres de sa famille, de son clan au meilleur sens du terme, dans la foulée du disparu. Il y a une communion des vivants et des morts lorsqu’ils ont marché et marchent dans le même sens. Et précisément la vie de Michel Halpérin eu un sens. Dans le mystère des transmissions de témoin sa trace ne disparaitra pas ; elle habitera ceux et celles qui continueront  à vouloir ces hauteurs de vue et d’action. Oui, dans son chemin de vie Michel Halpérin a présenté le meilleur de Genève.

Jacques-Simon Eggly

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