31/07/2014

Suisse européenne et singulière

Suisse européenne et singulière

 

Le 1er Juin, Genève a fêté le débarquement au Port noir, en 1814, d’un contingent de troupes fribourgeoises et soleuroises venant lancer en quelque sorte le mouvement qui allait faire de Genève le vingt deuxième canton de la Confédération. Evénement essentiel mais inscrit dans une logique historique de longue date. Tant la situation géographique  de la Suisse que les articulations politiques expliquent finalement la cohérence de ce curieux pays. Ainsi, Genève comme le Uri de Guillaume Tell ont affirmé leur personnalité dans le cadre très large du St-Empire romain germanique. Oui, dans les deux cas, il y a eu un regard politique germanique et européen.

Pourquoi cette évocation d’un passé lointain ? Cela afin de rappeler que la Suisse ne s’est jamais construite en vase clos. Le contexte européen a été déterminant dès l’origine. Mais quand une histoire vous est donnée, il s’agit de la recevoir, de la comprendre et d’en tirer une volonté politique commune. Car il s’agit bien de culture politique et de volonté.

On peut être inquiet en observant que plusieurs cantons alémaniques n’estiment plus prioritaire un apprentissage du français  tôt à l’école. La conscience que cet effort est nécessaire aux liens du cœur et de l’esprit entre Confédérés semble s’affaiblir. Effort tout aussi nécessaire pour les Romands, lesquels ne sauraient se détourner de ce socle germanique du pays. Mais alors que dire de ces propositions dans des cantons alémaniques visant à ce que le dialecte et non plus le hoch deutsch soit utilisé durant  les premières années scolaires ? Le bon allemand étant ressenti comme une langue étrangère. Or, n’est-elle pas la langue écrite et de culture commune à tout le monde germanique ? Goethe, Schiller appartiennent autant aux Suisses allemands qu’aux Allemands. Et comme par hasard c’est dans les mêmes cantons que se fait jour  la distance envers le français et l’allemand. On nous dit que l’anglais, après tout, permet de se comprendre…Il ne s’agirait plus, à terme, de la même compréhension ni surtout de la même attention confédérale.

Cette affaire n’est pas anecdotique. Un pays fédéraliste a la double exigence  de soigner ce qui le singularise et de faire fructifier les divers apports qui l’irriguent. Sans le monde allemand et la France,. sans parler de l’Italie, la Suisse n’existerait pas. Elle ne saurait l’oublier dans la diversité de sa vie intérieure.

En revanche, faut-il, le 1er Août, invoquer Nicolas de Flüe et se rassembler dans un camp retranché mental devant les désordres du monde et les soubresauts de l’Union européenne ? Ici encore se trouve une double exigence. Oui, la Neutralité helvétique a encore un sens. Elle indique une vocation particulière pour la paix, le droit humanitaire ; le refus de tout alignement sur des alliances militaires à tentation impérialiste.

Mais elle demande aussi que soit bien visible la solidarité, la participation aux efforts de résorption des crises. Deux exemples : la disponibilité et l’engagement diplomatique de notre ministre des Affaires étrangères devant la guerre civile en Ukraine et les terribles affrontements à Gaza.  Et Comment ne pas sentir que la Suisse partage le problème de l’immigration avec toute l’Europe, cela face aux violences et aux dénuements si répandus sur tous les continents.

En résumé, le 1er août devrait être une occasion de réfléchir : à notre histoire singulière mais raccordée aux autres ; à nos responsabilités  internes et vis-à-vis de l’extérieur. Il y faut une connaissance, une conscience et une volonté.

Mais bien sûr aussi, c’est l’occasion de se réjouir, d’être à la fête, de rassembler les générations dans chaque commune autour d’un feu éclairant une saine émotion collective, humaine et  patriotique.  

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