23/06/2014

J'ai mal à ma police

J’ai mal à ma police

 

Jamais je n’aurais cru que j’écrirai un jour ces lignes. Le Je, peu habituel, traduit ici une émotion, l’indignation d’un homme politique libéral attaché aux institutions, convaincu que la démocratie, la sécurité  et les libertés ont besoin d’organes de justice et de police qui les protègent et assurent un ordre permettant la vie en commun. Bref : un homme politique de droite prompt à défendre les policiers, lesquels assument à ses yeux des fonctions essentielles et nobles  au service de la population. Il y a évidemment un corollaire. On veut  des agents exemplaires dans leur manière d’agir et d’être.

Hélas, trois fois hélas. L’autre jour à la fête de la musique face à face avec deux policiers débraillés, en bermudas, juste reconnaissables par leur bandeau  sur leur poitrine.  Le vieux citoyen genevois que je suis n’a pu s’empêcher de leur dire que c’était honteux. Quelle image ! Ce lundi la Tribune en montre un, manifestant avec une cagoule pour couvrir son visage ; comme les casseurs masqués voulant éviter d’être identifiés. Devant une telle photo on ne peut que réagir par deux adjectifs : honteux et lâche. Mais on veut croire que beaucoup d’autres déplorent cette dérive.  

Comment a-t-on pu, dans cette Cité, laisser les syndicats de police prendre une telle autonomie corporatiste  perdant de vue l’essence même de la fonction : qui devrait être un engagement, un service autant qu’un métier.  

Beaucoup de Citoyens ont le sentiment que le statut de policier genevois est enviable, si on l’évalue en termes comparatifs. Cela n’enlève rien au fait que la tâche est parfois lourde : heures supplémentaires, risques, charges administratives inutiles… Il y a de quoi discuter et nul doute que le Conseiller d’Etat Pierre Maudet, ministre responsable en est parfaitement conscient. Et il faut rendre hommage à tous ces hommes et ces femmes qui font ce dur et noble métier avec une belle âme chevillée au corps.  Mais rien n’excuse la dérive. On se met à rêver d’une troupe qui, sans être lié à l’armée, n’en serait pas moins astreinte à une discipline militaire. Cela à Genève comme ailleurs.

Oui, messieurs, vous abîmez votre image et entamez votre légitimité. Comment des Citoyens genevois auxquels vous ferez une remontrance, infligerez une sanction pourront-ils l’accepter facilement dès lors qu’ils ne respecteront plus des fonctionnaires violant eux-mêmes la loi et leur règlement ? Il faut arrêter ce spectacle affligeant. A défaut, on ne comprendrait pas que des sanctions, des retenues de salaires ou autres mesures ne soient pas prises par l’autorité politique.

Oui, messieurs les policiers nous, citoyens genevois, patriotes de toujours et soutiens d’un ordre démocratique, nous supportons mal que vous nous offriez l’image de votre désordre interne et de votre perte de repères. Ressaisissez vous.  

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15/06/2014

Confédérés: n'oubliez ni le français ni l'allemand!

La semaine dernière au Conseil des Etats a été marquée par l’expression d’une inquiétude confédérale. Plusieurs Conseillers aux Etats ont demandé au Conseiller fédéral Alain Berset s’il n’était pas temps que la Berne fédérale rappelle divers Cantons alémaniques à leur devoir de cohésion nationale afin qu’ils renoncent à deux tentations : premièrement celle de retarder de plusieurs années scolaires le début de l’apprentissage du français en donnant la priorité à l’anglais qui ouvre la porte sur le monde et, deuxièmement,  celle de pratiquer le dialecte dans les écoles maternelles, voire de l’envisager aussi pour des degrés primaires ; cela en mettant de côté le hoch deutsch vu comme une langue étrangère. Comme par hasard ces deux tendances pointent  leur nez dans les mêmes Cantons. Le fait heureux est que, pour le français, ce ne furent pas seulement des Conseillers aux Etats romands qui ont réagi mais aussi des députés suisses allemands, dont un Zurichois. Il n’empêche que l’inquiétude est là et que le Conseil fédéral la partage. Toutefois, ce dernier préférerait que le signal du stop soit brandi dans ces Cantons plutôt que d’imposer une exigence fédérale ; même si la Confédération aurait la compétence pour cela. Il a raison car une intervention fédérale dans ce domaine de l’Instruction publique heurterait le sentiment fédéraliste. C’est un des derniers domaines où les compétences cantonales sont prioritaires, où l’on table aussi sur une collaboration horizontale entre les Cantons.

Mais si le mouvement devait persister voire, pire, s’accentuer, le holà fédéral s’imposerait car il en va bel et bien, dans la durée, de la cohésion confédérale. Il faut lancer un appel à nos Confédérés alémaniques. Certes le français est une langue difficile à apprendre mais elle est celle que parle une partie essentielle de la Suisse. Dans l’histoire de ce pays, combien de fois des personnalités romandes ont-elles joué un rôle déterminant ? A travers une compréhension suffisante du français nos Confédérés peuvent ressentir ce lien, cette histoire, cette identité commune qui nous unissent. Avec un effort tardif pour cette rencontre linguistique, ils se sentiront de plus en plus éloignés de ces Welches si peu dans leur familiarité quotidienne. La réciproque est vraie. Il appartient aux écoles des Cantons romands de commencer l’apprentissage de l’allemand le plus tôt possible, avec les mêmes arguments.

Oui mais voici le hic. L’allemand serait une langue étrangère pour les Alémaniques. Faudrait-il que les Romands parlent le dialecte ? Lequel ? L’identité familière réside précisément dans le fait que chaque Canton alémanique a son propre dialecte, même si la compréhension mutuelle est assurée. Certes, tant mieux si des Romands plongent dans le bain du dialecte au fil de leurs relations, notamment professionnelles, avec des Confédérés d’outre Sarine. Mais leur demander un effort général à cet égard n’aurait pas de sens.

Surtout, les personnes d’influence dans les Cantons alémaniques devraient insister sur une réalité. L’allemand n’est pas une langue étrangère pour eux même si elle est à distance de leur vie quotidienne, de leur proximité la plus familière. Elle exige un effort mais elle leur appartient cependant. C’est l’arrière fond culturel germanique qu’ils ont en partage avec les Allemands. Goethe, Schiller, lui qui a honoré Guillaume Tell, sont des sources vives auxquelles ils ont autant le droit et le devoir de puiser que tous les peuples germaniques. En se coupant presque agressivement du hoch deutsch, ils couperaient leurs propres racines, s’isoleraient d’un si riche patrimoine européen qu’ils ont en partage et compliqueraient leurs relations avec les Romands. Quelle funeste pente ! Etre Suisse c’est, à la fois, intérioriser une singularité commune et s’adosser aux différents éléments qui nous entourent et nous irriguent : germanique, français et italien (n’oublions jamais non plus la Suisse italienne); et les utiliser dans notre cohésion confédérale faite de cette diversité rassemblée en conscience nationale.

21:15 Publié dans Suisse Allemagne | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

05/06/2014

Jura: la deuxième mort de Roland Béguelin

Jura : la deuxième mort de Roland Béguelin

Il était l’âme du Rassemblement jurassien. Il était l’éditorialiste flamboyant du <Jura libre>. Il fut le Premier Président du Parlement jurassien.  Roland Béguelin, le Saint Just de Delémont, n’était pas pleinement heureux en fêtant la  création du Canton du Jura. En effet, une procédure de plébiscite en cascade permit aux trois districts du Sud d’exprimer leur volonté de demeurer bernois. Une procédure scélérate clama Roland Béguelin, un reniement d’une histoire ancestrale qui postulait l’unité des six districts francophones, à réunir dans le nouveau canton. Mais les oppositions de religion, de tempérament, d’intérêts économiques aussi l’emportèrent sur la communauté de langue française. Le Jura fut coupé en deux. Ah si, à l’époque on avait pu mettre sur pied un statut d’autonomie au sein du Canton de Berne, comme l’avait imaginé Max Petitpierre,  quitte à ouvrir pour le futur une perspective d’indépendance complète ! Aurait-on évité la division ?

Cette lutte jurassienne entre séparatistes et anti séparatistes fut âpre. Depuis ces années septante, il y eut maintes tentatives pour faire évoluer la situation. Finalement, l’année dernière et avec l’accord des autorités bernoises, une consultation de tous les Jurassiens eut lieu. La question : voulez vous effacer le Canton du Jura actuel, réduit aux anciens districts du Nord,  afin de créer un nouveau Canton  comprenant le Nord et le Sud ? Eh bien, au Nord, on a voté oui, mais sans les trépidations héroïques rythmées à l’époque par feu Roland Béguelin. Mais au Sud, on a récidivé dans le non et la volonté de demeurer bernois ; sauf en ville de Moutier, de peu.

Désabusé, voulant tourner la page, le Gouvernement jurassien vient de faire savoir que la réunification n’était plus son objectif et que la collaboration serait le chemin à suivre. Dire que le Projet de Constitution jurassienne avait contenu, d’abord, un article exigeant l’engagement du Gouvernement dans un combat en vue de la réunification. Les Chambres fédérales ne l’acceptèrent pas car il était contraire à la paix confédérale. L’article voulu par Roland Béguelin n’eut donc aucune valeur juridique.

Les temps ont changé. La passion n’est plus au rendez vous. Tout reste en l’état. Pour Roland Béguelin, l’idéologue romantique de la francophonie, c’est comme une deuxième mort. Mais non, ne concluons pas ainsi. Il restera à jamais le héros consacré dans l’histoire jurassienne.  On n’oubliera simplement pas que cette création du Canton du Jura a finalement été une démonstration de vitalité pour nos Institutions confédérales, lesquelles ont su résorber une crise grave.

18:52 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |