15/06/2014

Confédérés: n'oubliez ni le français ni l'allemand!

La semaine dernière au Conseil des Etats a été marquée par l’expression d’une inquiétude confédérale. Plusieurs Conseillers aux Etats ont demandé au Conseiller fédéral Alain Berset s’il n’était pas temps que la Berne fédérale rappelle divers Cantons alémaniques à leur devoir de cohésion nationale afin qu’ils renoncent à deux tentations : premièrement celle de retarder de plusieurs années scolaires le début de l’apprentissage du français en donnant la priorité à l’anglais qui ouvre la porte sur le monde et, deuxièmement,  celle de pratiquer le dialecte dans les écoles maternelles, voire de l’envisager aussi pour des degrés primaires ; cela en mettant de côté le hoch deutsch vu comme une langue étrangère. Comme par hasard ces deux tendances pointent  leur nez dans les mêmes Cantons. Le fait heureux est que, pour le français, ce ne furent pas seulement des Conseillers aux Etats romands qui ont réagi mais aussi des députés suisses allemands, dont un Zurichois. Il n’empêche que l’inquiétude est là et que le Conseil fédéral la partage. Toutefois, ce dernier préférerait que le signal du stop soit brandi dans ces Cantons plutôt que d’imposer une exigence fédérale ; même si la Confédération aurait la compétence pour cela. Il a raison car une intervention fédérale dans ce domaine de l’Instruction publique heurterait le sentiment fédéraliste. C’est un des derniers domaines où les compétences cantonales sont prioritaires, où l’on table aussi sur une collaboration horizontale entre les Cantons.

Mais si le mouvement devait persister voire, pire, s’accentuer, le holà fédéral s’imposerait car il en va bel et bien, dans la durée, de la cohésion confédérale. Il faut lancer un appel à nos Confédérés alémaniques. Certes le français est une langue difficile à apprendre mais elle est celle que parle une partie essentielle de la Suisse. Dans l’histoire de ce pays, combien de fois des personnalités romandes ont-elles joué un rôle déterminant ? A travers une compréhension suffisante du français nos Confédérés peuvent ressentir ce lien, cette histoire, cette identité commune qui nous unissent. Avec un effort tardif pour cette rencontre linguistique, ils se sentiront de plus en plus éloignés de ces Welches si peu dans leur familiarité quotidienne. La réciproque est vraie. Il appartient aux écoles des Cantons romands de commencer l’apprentissage de l’allemand le plus tôt possible, avec les mêmes arguments.

Oui mais voici le hic. L’allemand serait une langue étrangère pour les Alémaniques. Faudrait-il que les Romands parlent le dialecte ? Lequel ? L’identité familière réside précisément dans le fait que chaque Canton alémanique a son propre dialecte, même si la compréhension mutuelle est assurée. Certes, tant mieux si des Romands plongent dans le bain du dialecte au fil de leurs relations, notamment professionnelles, avec des Confédérés d’outre Sarine. Mais leur demander un effort général à cet égard n’aurait pas de sens.

Surtout, les personnes d’influence dans les Cantons alémaniques devraient insister sur une réalité. L’allemand n’est pas une langue étrangère pour eux même si elle est à distance de leur vie quotidienne, de leur proximité la plus familière. Elle exige un effort mais elle leur appartient cependant. C’est l’arrière fond culturel germanique qu’ils ont en partage avec les Allemands. Goethe, Schiller, lui qui a honoré Guillaume Tell, sont des sources vives auxquelles ils ont autant le droit et le devoir de puiser que tous les peuples germaniques. En se coupant presque agressivement du hoch deutsch, ils couperaient leurs propres racines, s’isoleraient d’un si riche patrimoine européen qu’ils ont en partage et compliqueraient leurs relations avec les Romands. Quelle funeste pente ! Etre Suisse c’est, à la fois, intérioriser une singularité commune et s’adosser aux différents éléments qui nous entourent et nous irriguent : germanique, français et italien (n’oublions jamais non plus la Suisse italienne); et les utiliser dans notre cohésion confédérale faite de cette diversité rassemblée en conscience nationale.

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Commentaires

On pourrait croire que certains Alémaniques ont tellement peur d'être pris pour des Allemands - ce qui, compte tenu de leur accent ne risque vraiment pas d'être le cas - préfèrent tout miser sur l'anglais, langue que l'on considère comme facile mais qui est, en réalité, joyeusement massacrée par nombre de locuteurs qui croient la maîtriser. On en vient même à proposer que les Suisses de chaque culture se parlent en anglais, ce qui règlerait le problème de l'apprentissage du français par les Alémaniques et de l'allemand par les Romands...Quelle misère intellectuelle ! Cela dit, on ne parle jamais, ou presque, des Tessinois qui devraient suivre quelle voie : apprendre l'anglais et le français, l'allemand et le français, l'allemand et l'anglais ? Et au fond pourquoi ne plus apprendre du tout l'italien à l'école, langue du bel canto qui évidemment ne sert à rien...

La cohésion nationale, qui a déjà de nombreuses occasions de se lézarder, ne pourra que souffrir de cette attitude qui consiste à traiter les minorités par dessous la jambe. Au nom de l'économie qui ne parle qu'anglais, des Alémaniques veulent simplement abandonner l'étude des langues de leurs voisins immédiats. C'est plus qu'une erreur, c'est une faute.

Qu'il paraît loin le temps où (presque) chaque Alémanique venait passer une année en Romandie pour apprendre le français, parfois y trouver l'âme sœur, parfois y rester...

Écrit par : Michel Sommer | 18/06/2014

"le temps où (presque) chaque Alémanique venait passer une année en Romandie pour apprendre le français"

Si chaque Suisse-Romand pouvait passer une année dans une école ou l'on parle allemand (encore faudrait-il choisir entre Allemagne et Suisse) une partie du problème de la surcharge de disciplines de notre Diplôme de Maturité serait probablement résolu.
Encore que cela risquerait de rallonger le cursus de certains élèves, cursus qui est déjà trop long, car trop chargé en disciplines. Un article de la TdG d'aujourd'hui milite pour l'immigration de diplômés étrangers dont notre économie a besoin. Pourquoi ne pas alléger notre diplôme d'entrée aux études universitaires et le raccourcir d'une année en même temps, en acceptant une certaine spécialisation dès le début du gymnase ou du moins dès la seconde année?
De plus en plus, après l'introduction des masters nous allons vers une obligation pour nombre d'universitaires de suivre des études de "post-graduates" et nous élèves se trouvent finalement défavorisés par une universalité de connaissances qui a longtemps été une marque de qualité spécifique à notre pays.

Écrit par : Mère-Grand | 22/06/2014

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