26/05/2014

Europe: mal aimée incontournable

S’il est un parti suisse qui se réjouit de la percée des Droites nationalistes en France, au Royaume Uni, au Danemark et en Autriche c’est bien l’UDC , avec son vieux Chef de file Christoph Blocher en tête. Mais qu’ils ne rêvent pas. Cette poussée  ne changera pas les données fondamentales du Parlement européen. Et la Suisse, demain comme hier, devra bien s’arranger avec l’UE, sa Commission, les Gouvernements des pays membres afin d’établir des relations de partenariat évitant l’isolement. Il n’y a pas eu d’ouragan général balayant la construction européenne.

C’est évidemment le résultat français qui a frappé nos esprits, alors que les résultats allemand et italien sont fort convenables. On peut d’ailleurs sourire du fait que Marine Le Pen a exulté dimanche soir dans une salle de Nanterre située rue des Suisses… Cela ne s’invente pas. 

Lire la suite

16:24 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

19/05/2014

Responsables politiques malmenés

S’en prendre, même un peu, à l’expression de notre démocratie directe est presque commettre un sacrilège. Lorsque le Président allemand, en visite officielle, a émis des doutes sur l’étendue de cette démocratie directe helvétique en regard des interactions internationales, le Président de la Confédération s’est vu obligé de répondre que, pour nous Suisses, elle était comme le sang qui nous irrigue. Bien répondu. Et pourtant, une interrogation plus raisonnée qu’émotionnelle est-elle illégitime ?

 

Franchement, l’Initiative contre l’immigration massive, qui mettait à mal un traité liant la Suisse, devait-elle être jugée recevable sans autre hésitation ? Evidemment, baigné dans la politique à température chaude, le Parlement n’ose quasiment jamais déclarer une initiative irrecevable, bien que ce soit de sa compétence. Et comme l’on considère que des juges ne sauraient être au- dessus du peuple suisse, le Tribunal fédéral n’a pas le droit d’écarter une initiative violant par exemple le droit international ou contredisant un Traité. Or, quel que soit le respect à ressentir envers le peuple, donner à l’Initiative et au Référendum une puissance apte à tout balayer sur leur passage pourrait bien revenir à introduire un ver destructeur à terme dans un fruit rare et précieux. Nous sommes de ceux qui aiment la démocratie directe dont les péripéties sont souvent excitantes ; mais aussi de ceux qui pensent qu’elle doit s’insérer dans un cadre juridique et politique lui conférant une assise et permettant à l’Etat d’assurer une continuité.

 

Tout cela pour dire qu’une Cour constitutionnelle aux réflexes prudents mais aux notions claires serait sans doute bienvenue. Elle n’est pas pour demain. En attendant… Le Parlement devrait prendre la mesure de sa responsabilité. L’initiative sur les minarets n’aurait pas dû être déclarée recevable. L’initiative contre l’immigration de masse non plus, en tout cas pas avant que la question de la libre circulation avec l’UE n’ait été éclaircie. Certes, on a beaucoup vanté la sagesse du peuple suisse. Le refus du salaire minimum légal et la confiance dans les Conventions collectives en donneraient une preuve. Mais en plusieurs occasions et nettement plus souvent qu’auparavant le caractère émotionnel du vote s’affirme.

 

Dimanche, le Conseil fédéral a été battu deux fois. L’échec du Gripen vient sans doute d’une série de couacs qui ont marqué les esprits. Il n’y a pas péril immédiat en la demeure mais cet échec n’en est pas moins préoccupant si l’on envisage la continuité d’une défense moderne et crédible. Pourquoi diable avoir créé ce fonds spécial pour l’aviation en l’ancrant dans une loi ? Le peuple doit se prononcer sur les principes de la politique de sécurité. Mais quelle idée de l’appeler aux urnes pour le choix d’un avion ! En revanche, l’acceptation de l’Initiative interdisant tout contact professionnel avec des jeunes à quiconque aura violé la loi dans ce domaine n’est pas une surprise. Ici c’est au Législateur et aux Juges de d’entamer leur propre examen critique. Notre Code pénal n’est pas du tout assez sévère envers les criminels dangereux et l’on a beaucoup trop sacrifié à l’idéologie de la réinsertion, en relativisant trop l’acte criminel et en ne prenant  pas assez en compte la justice qu’attendent les victimes et leurs proches.  C’est le manque de sensibilité en amont qui provoque ce raidissement en aval. On pourrait dire la même chose à propos d’un autre domaine sensible : précisément celui de l’immigration.

 

Dimanche, on a remarqué le vote des Genevois. Sur les TPG, il n’est pas raisonnable. Qui paiera pour le manque à gagner ou bien quelle stratégie de développement des prestations devra être revue ? Plus grave est le refus de cofinancer des parkings en France voisine. C’est pourtant dans l’idée qu’on trouverait de tels parkings dégorgeant les accès routiers vers Genève que l’on avait voté pour le CEVA. Bref, ici on ne saurait mettre en cause la légitimité des votes. En revanche, Genève illustre le fossé qui se creuse entre le peuple et ses élus. Pour le Gouvernement, le Parlement, les Partis habitués à des consensus majoritaires, le défi est grand.

 

En résumé, oser tracer des limites explicables aux droits populaires ; remettre en cause un héritage législatif et judiciaire trop laxiste envers les criminels ; enfin, expliquer sans relâche les nécessités de cohérence dans l’action  politique : tels sont les efforts indispensables.  Oui, il y a de quoi faire pour redresser la barque, assurer solidité, crédibilité et pérennité à notre  démocratie directe.     

 

20:05 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

11/05/2014

On ne vote pas seulement sur le Gripen

Dimanche prochain on saura si le Gripen a décollé pour emporter le oui du peuple suisse. Rien n’est moins certain. Ceux qui hésitent encore devraient réfléchir : il ne s’agit pas que du choix d’un avion par rapport à d’autres qui eussent été possibles. Au demeurant, est-ce bien normal que les citoyens se prononcent sur un type d’avion de combat ? Jusqu’ici, les crédits pour les avions militaires, comme les autres crédits militaires étaient de la compétence du Parlement. Ils faisaient partie d’un programme de défense nationale dont le principe, approuvé par le peuple, est inscrit dans la Constitution. Et les citoyens ont à plusieurs reprises sèchement remis à leur place ceux qui remettaient en question cette défense nationale. Une fois, c’est vrai, les adversaires de l’armée ont, par Initiative, voulu interdire l’achat des FA18. Seul moyen à leur disposition puisque le Référendum facultatif n’existait pas en la matière. Drôle d’idée du Conseil fédéral et du Parlement d’avoir voulu consolider la légitimité et la solidité du support financier et politique pour l’aviation de combat en créant un fonds spécial basé sur une loi. D’où, soudain, une possibilité de Référendum facultatif qui fut saisi par les adversaires chroniques de l’armée, désireux d’enfoncer un coin dans l’édifice à défaut de pouvoir jeter le tout. Or, ces « anti-armée » ont vu avec plaisir des gens les rejoindre contre le Gripen avec des motifs évidemment différents. C’est ce que Lénine appelait des alliés conjoncturels objectifs à utiliser. En fait il les qualifiait d’une formule que l’on ne retiendra pas ici. En effet, il y a ceux qui doutent de l’utilité d’une aviation de combat ; ceux qui pensent que l’on pourrait attendre avant de lancer le mécanisme de renouvellement de la flotte actuelle ; ceux, enfin, qui ne sont pas convaincus par le choix du Gripen et qui auraient voulu un autre type d’avion. Ces derniers, ayant cueilli au passage quelques avis sceptique,  s’érigent en experts improvisés. Cette coalition pourrait coller au sol mouvant de notre démocratie directe ce Gripen suédois de la dernière génération.

Pour nous, l’équation est pourtant simple. Il nous faut une politique de sécurité, de Neutralité armée. Elle postule une armée de milice, avec un noyau de professionnels. Il y faut une formation des hommes , mais aussi des armes modernes de prévention et de combat qui soient crédibles. L’aviation en est un élément essentiel. La protection de notre ciel lors d’événements sur notre sol est de notre responsabilité (conférences diplomatiques et autres…)  Tous les états majors qui nous observent attendent de la Suisse qu’elle ait une aviation d’interception et de combat à la hauteur. A défaut, c’est toute la crédibilité de notre défense, de notre volonté d’indépendance qui serait entamée. Il faut donc, à un moment donné, commencer le processus de renouvellement de la flotte. C’est un processus lent. D’ici à ce que les Gripen soient opérationnels chez nous, les avions qu’ils devront remplacer seront vraiment en bout de vie, avec des pièces de rechange se raréfiant. Et croit-on que si le crédit est refusé, on trouvera rapidement un consensus pour un autre type d’avions ? Croit-on qu’un Référendum ne sera pas à nouveau lancé par ceux qui se réjouissent de toute cette incertitude affaiblissant notre défense ; ce qui est leur but.

Vraiment, il serait plus que raisonnable de laisser de côté irritations, hésitations et autres sentiments : Ce serait faire preuve de sens politique, de responsabilité que de donner le feu vert au Gripen.    

16:50 | Lien permanent | Commentaires (11) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

04/05/2014

Salaires en danger

Salaires en danger

 

L’Initiative pour un salaire minimum  illustre l’adage selon lequel le mieux peut être l’ennemi du bien. C’est d’ailleurs pourquoi des politiciens de gauche et des syndicalistes marquent un certain embarras lorsqu’ils la défendent. Evidemment, lorsque l’on entend parler de bas salaires au -dessous de 4000 frs par mois et qu’on les met en regard du coût de la vie en Suisse on ne peut qu’admettre les difficultés de personnes  face au quotidien. Toutefois, les analyses nuancent le tableau général des bas salaires. Il y a beaucoup de couples concernés. Avec deux fois un salaire minimum de 4000 frs sur 13 mois ils arriveraient à quelque 10.000 frs par mois ; ce qui change les données.

 Soit, ce n’est pas une réponse pour bien d’autres. Mais là encore, nuance.  Les passants peuvent voir les affiches habiles mais réalistes montrant des jeunes qui disent en substance : «  Voulez-vous me priver de mon premier salaire, parallèlement à ma formation et dans une perspective d’intégration au marché du travail ? ». Car, en effet, ce sont nombre de premiers petits emplois pour ces jeunes qui disparaîtront.

Mais revenons aux emplois durables peu rémunérés. Il est illusoire de croire que l’on pourrait, d’un coup d’un seul, remonter les minimaux actuels sans relever logiquement ceux qui sont au-dessus. Comment une personne ayant, par exemple, suivi une formation spécialisée de plusieurs années, peut-être en ayant travaillé à côté, et qui ne gagne guère plus que 4000 frs par mois, pourrait-elle trouver normal que sa voisine sans aucune formation gagne presque autant pour un emploi de base ? Autrement dit, le salaire minimum obligatoire et général, c’est un coup de pouce fort pour élever une partie de l’échelle des salaires vers le haut, toutes branches confondues.

C’est là que le bât blesse. Nombre de branches, nombre d’entreprises, voire d’indépendants ne sont pas en mesure d’encaisser cette évolution dirigiste, contrainte et forcée. La conséquence prévisible sera une diminution de l’embauche, voire des licenciements. Au pire, quelquefois, des fermetures par exemple de petites PME. Ce n’est pas peindre le diable sur la muraille. Des témoignages de petits patrons sont clairs à ce sujet.

Enfin, qu’ont les syndicats à gagner dans ce coup porté à la réussite enviée du partenariat social en Suisse ? Avec la souplesse, l’adéquation aux possibilités de rémunération branche par branche, les négociations et les conventions collectives de travail sont un élément de la paix sociale et d’une prospérité qui se greffe sur un équilibre entre une compétitivité préservée, non entravée par des coûts excessifs et une redistribution salariale adéquate. Le résultat peut être mesuré par la comparaison avec l’Etranger. Envions-nous la France et sa presque non culture du partenariat social ? Avec son Etat intrusif à tout va ?

Il y a des arguments en faveur de l’Initiative qui ne laissent pas indifférents. Il n’est pas mauvais non plus de rappeler aux nantis que des gens, des voisins doivent se débrouiller avec peu face à des charges incontournables. On peut être agité de sentiments divers à cet égard. Mais à la fin, la question se pose ainsi : un salaire minimum tel que proposé par l’Initiative, aurait-il un effet dominant positif ou négatif ? Il y a assez d’éléments d’appréciation qui démontrent la dominante de l’effet négatif. Une majorité du peuple devrait le comprendre et rejeter cette fausse générosité.  

20:12 | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |