26/05/2014

Europe: mal aimée incontournable

S’il est un parti suisse qui se réjouit de la percée des Droites nationalistes en France, au Royaume Uni, au Danemark et en Autriche c’est bien l’UDC , avec son vieux Chef de file Christoph Blocher en tête. Mais qu’ils ne rêvent pas. Cette poussée  ne changera pas les données fondamentales du Parlement européen. Et la Suisse, demain comme hier, devra bien s’arranger avec l’UE, sa Commission, les Gouvernements des pays membres afin d’établir des relations de partenariat évitant l’isolement. Il n’y a pas eu d’ouragan général balayant la construction européenne.

C’est évidemment le résultat français qui a frappé nos esprits, alors que les résultats allemand et italien sont fort convenables. On peut d’ailleurs sourire du fait que Marine Le Pen a exulté dimanche soir dans une salle de Nanterre située rue des Suisses… Cela ne s’invente pas. 


Mais un sondage réalisé ce même soir en France montrait que si une majorité des consultés ne croyait pas que l’Union européenne fût capable de résoudre leurs problèmes, une majorité de même envergure ne voulait nullement une disparition de l’UE. Car enfin, face aux USA, à la Chine, aux nouveaux dragons économiques quelle autre solution pour les pays européens que de rassembler leurs forces en atteignant une masse critique qui permette de jouer leurs cartes sur le grand échiquier de la mondialisation ? Et quelle autre solution pour la Suisse que de mener au moins une marche parallèle, articulée suffisamment sur celle de l’UE ? en dépit des turbulences,  divergences,  erreurs,  blocages,  gaspillages et  lourdeurs au sein de l’UE, c’est à travers des corrections, des adaptations du mouvement que se dessine l’avenir ; en aucun cas dans une explosion.

Cela étant, les pays de l’UE et les instances de Bruxelles ne sauraient se boucher les yeux et les oreilles en disant de circuler car il n’y aurait rien à voir. . Il faut que les habitants des pays de l’UE retrouvent le sentiment que cette dernière leur ouvre des perspectives d’emploi et de niveau de vie. Il faut qu’une conjonction entre rigueur et impulsion porte des fruits visibles. Il est nécessaire de revoir le fonctionnement des instituions communautaires. Quelles compétences aux Etats et lesquelles aux instances supranationales, dans le respect d’un strict principe de subsidiarité ? Et il s’agit de bien montrer que l’Union européenne, par le rassemblement de ses membres, donne plus de force, de compétitivité à chacun dans un monde globalisé mais qu’elle ne saurait se substituer aux actions des Etats souverains, particulièrement dans leurs liens indissolubles avec leurs citoyens. La construction européenne n’est plus le rêve des pères fondateurs traumatisés par la guerre, que l’on a trop tendance à oublier. Mais il y a place pour un véritable sentiment européen, une meilleure prise conscience d’un héritage commun, grec et judéo-chrétien formant un socle de civilisation et de valeurs offert à tous, fussent-ils des immigrés venus d’autres rivages. Oui, et à l’adresse des Suisses également, il y a  place pour cette intériorisation raisonnée d’une identité européenne commune.  

Cela étant, c’est au sein de chaque nation, de chaque Pays que se perpétueront le patriotisme et la solidarité rapprochée. Non, Madame Le Pen, sentir l’Europe n’est pas oublier la France. C’est au contraire, en l’obligeant à jouer des coudes avec les autres, à trouver avec les autres des solutions aux problèmes tel que l’immigration,  l’empêcher de devenir une petite chose isolée dans son bac à sable.

 

Alors, si le choc de dimanche incite les responsables à un pilotage plus clair et plus fin ce pourrait être une inflexion utile du mouvement de cette Europe trop mal aimée et pourtant incontournable.  

16:24 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

L'héritage grec et judéo-chrétien, habitants venus d'ailleurs compris, nous est-il commun?

Par tous partagé et "pratiqué" en commun?

Avant l'UE ignorions-nous habiter en un continent un: l'Europe?

Lorsque nos dirigeants d'alors décidèrent de nous mettre en guerre les uns contre les autres qui se ficha aussi bien des vivants, de l'Europe que de l'héritage judéo-chrétien

à commencer par le "Tu ne tueras pas"?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 05/06/2014

Les commentaires sont fermés.