11/05/2014

On ne vote pas seulement sur le Gripen

Dimanche prochain on saura si le Gripen a décollé pour emporter le oui du peuple suisse. Rien n’est moins certain. Ceux qui hésitent encore devraient réfléchir : il ne s’agit pas que du choix d’un avion par rapport à d’autres qui eussent été possibles. Au demeurant, est-ce bien normal que les citoyens se prononcent sur un type d’avion de combat ? Jusqu’ici, les crédits pour les avions militaires, comme les autres crédits militaires étaient de la compétence du Parlement. Ils faisaient partie d’un programme de défense nationale dont le principe, approuvé par le peuple, est inscrit dans la Constitution. Et les citoyens ont à plusieurs reprises sèchement remis à leur place ceux qui remettaient en question cette défense nationale. Une fois, c’est vrai, les adversaires de l’armée ont, par Initiative, voulu interdire l’achat des FA18. Seul moyen à leur disposition puisque le Référendum facultatif n’existait pas en la matière. Drôle d’idée du Conseil fédéral et du Parlement d’avoir voulu consolider la légitimité et la solidité du support financier et politique pour l’aviation de combat en créant un fonds spécial basé sur une loi. D’où, soudain, une possibilité de Référendum facultatif qui fut saisi par les adversaires chroniques de l’armée, désireux d’enfoncer un coin dans l’édifice à défaut de pouvoir jeter le tout. Or, ces « anti-armée » ont vu avec plaisir des gens les rejoindre contre le Gripen avec des motifs évidemment différents. C’est ce que Lénine appelait des alliés conjoncturels objectifs à utiliser. En fait il les qualifiait d’une formule que l’on ne retiendra pas ici. En effet, il y a ceux qui doutent de l’utilité d’une aviation de combat ; ceux qui pensent que l’on pourrait attendre avant de lancer le mécanisme de renouvellement de la flotte actuelle ; ceux, enfin, qui ne sont pas convaincus par le choix du Gripen et qui auraient voulu un autre type d’avion. Ces derniers, ayant cueilli au passage quelques avis sceptique,  s’érigent en experts improvisés. Cette coalition pourrait coller au sol mouvant de notre démocratie directe ce Gripen suédois de la dernière génération.

Pour nous, l’équation est pourtant simple. Il nous faut une politique de sécurité, de Neutralité armée. Elle postule une armée de milice, avec un noyau de professionnels. Il y faut une formation des hommes , mais aussi des armes modernes de prévention et de combat qui soient crédibles. L’aviation en est un élément essentiel. La protection de notre ciel lors d’événements sur notre sol est de notre responsabilité (conférences diplomatiques et autres…)  Tous les états majors qui nous observent attendent de la Suisse qu’elle ait une aviation d’interception et de combat à la hauteur. A défaut, c’est toute la crédibilité de notre défense, de notre volonté d’indépendance qui serait entamée. Il faut donc, à un moment donné, commencer le processus de renouvellement de la flotte. C’est un processus lent. D’ici à ce que les Gripen soient opérationnels chez nous, les avions qu’ils devront remplacer seront vraiment en bout de vie, avec des pièces de rechange se raréfiant. Et croit-on que si le crédit est refusé, on trouvera rapidement un consensus pour un autre type d’avions ? Croit-on qu’un Référendum ne sera pas à nouveau lancé par ceux qui se réjouissent de toute cette incertitude affaiblissant notre défense ; ce qui est leur but.

Vraiment, il serait plus que raisonnable de laisser de côté irritations, hésitations et autres sentiments : Ce serait faire preuve de sens politique, de responsabilité que de donner le feu vert au Gripen.    

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Commentaires

Eggly! j'apprécie votre question sur le vote concernant un avion de combat: à par les hauts placés de l'armée qui est en mesure de se prononcer? Même à mes voix, jadis, j'eusse ordonné de bien vouloir se contenter de faire leurs vocalises... ce qui n'est, foi mon bûcher! pas peu dire... croyez-moi.

Écrit par : Jeanne d'Arc | 11/05/2014

Il faudrait quand-même remettre l'église au milieu du village, comme on dit.

D'où vient cette "aversion" pour le Gripen ?

Il y a les antimilitaristes classiques, c'est certain. Mais ils n'ont jamais mis en danger la défense nationale. Toutes les votations sur ce sujet ont échoué en leur faveur.

Et puis, il y a ceux qui voulaient que l'on achète français pour faire ami-ami avec ce voisin obséquieux qui nous jalouse et qui nous cherche des poux à cause de l'évasion fiscale. On leur répondra que ce n'est pas au peuple Suisse de payer pour les magouilles de nos affairistes et banquiers.

Enfin, il y a tous ceux qui ne peuvent pas blairer notre ministre de la défense. Pour l'emm... pour le faire échouer, ils font campagne contre le Gripen.

C'est un peu tard pour venir pleurnicher. Au fait, au PLR vous espérer cet échec pour acheter vos Rolls dans quelques années et parce que vous savez très bien que ces avions ne serviront à rien du tout... dans la mesure où vous espérez faire entrer la Suisse dans l'UE.

Écrit par : petard | 11/05/2014

Vous voulez que les Suisses soient raisonnables. Soit. Mais alors il faudrait aussi qu'ils le soient dans d'autres domaines où l'on se rend compte que c'est l'émotionnel qui prend régulièrement le dessus.

Je regrette en outre que vous considériez ceux qui sont contre l'achat du Gripen comme dénués de sens politique.

Écrit par : Michel Sommer | 11/05/2014

petard

Par mon bûcher! ce blog ne remet-il pas l'Eglise au milieu du village qui donne la parole à Jeanne d'Arc?!?

En revanche, vous avez raison de relever que l'on s'oriente vers pressions multiples, par tous les moyens! en vue de l'entrée de la Suisse en l'UE avant d'avoir vécu cet événement pas irréalisable, utopique: un refondation de l'UE dans l'amitié, la coopération entre les nations non la démente compétition d'aujourd'hui eavec FINANCE toute puissante l'emportant sur tout le reste ainsi qu'au détriment des moins é l'aise financièrement qui, hélas! en les situations les plus graves peuvent dire soit avec Jésus que tout est "consommé"! soit avec celle que l'on voulut appeler la Pucelle que tout est "consummé"!fichu.

Je suis bien d'autrefois, évidemment, mais je note en passant que les jeunes interviewés insistent pour l'entrée dans l'UE parce que, intellectuels, ils tremblent pour Erasmus+ ainsi qu'Horizons sans la moindre scrupule concernant ceux qui n'ont pas les moyens financiers qu'il faudrait pour entrer dans l'UE. Charité du Christ!

Écrit par : Jeanne d'Arc | 12/05/2014

Votre commentaire relève de l'anathème, il n'y a qu'à relever la référence faite à la phrase de Lénine, et non pas de l'argumentaire. Cette référence intime que tout ceux qui ne soutiennent pas l'acquisition de nouveau matériel militaire sont des traitres.

Or, ce que nous avons ici c'est un lobby aux arguments éculés mais néanmoins encore puissant puisqu'il est estime pouvoir s'affranchir des réalités de base auxquelles il a lui même acquiescé.

Une aviation militaire n'est pas une fin en soi, elle est un moyen permettant de répondre à un besoin, ce besoin prenant la forme d'une menace armée. Or une menace militaire à l'intégrité territoriale de la Suisse est inexistante à ce stade, un constat qui ne vient pas de ma personne mais bel et bien de nos autorités, à la fois parlementaires et exécutives. A ce sujet, il n'est pas anodin, vu votre passé parlementaire, de constater que vous faites totalement abstraction des différents rapports de sécurité et rapport de politique extérieure soumis par le Conseil fédéral au Parlement. Qui constate que la menace armée à l'intégrité de la Suisse est inexistante.

Si vous et vos confrères estimez que la situation a changé et que l'armée doit être de ce fait renforcées, dans ce cas là, il faut procéder dans l'ordre, identfier la menace, définir les scénarios possibles, faire avaliser le tout par le parlement et acquérir le matériel dont l'armée à besoin. Mais dans ce cas là, il faudra bel et bien démontrer l'existence de la menace et également en quoi un nouvel avion de chasse devrait avoir la priorité sur d'autres systèmes d'armes, que ce soit l'artillerie, chars.... Il faudra également démontrer, si la menace est réelle et même si cet argument vous dérange, pourquoi il fait alors sens d'acquérir l'avion le moin capable parmi ceux disponnibles (là encore, vous lancez des anathèmes alors que ce sont les forces aériennes qui sont arrivées à la conclusion que le Gripen NG était bien moins capable que ses concurrents, le DDPS ayant finalement penché pour le Gripen en estimant que c'était la meilleure chance de passer la rampe du parlement (et pour ne pas céder quelque chose soit aux Français, soit aux Allemands/Britanniques/Italiens/Espagnoles, ce qui pour le moins aberrant car au moins cette dépense aurait pu être monayée sur le plan politique).

Et oui, nous avons le devoir de disposer d'une force aérienne crédible capable d'assurer la sécurité dans le cas d'événements particuliers sur territoire suisse ou d'assumer les fonctions de police aérienne de manière plus globale. Une force de 32 F18 qui vient d'être modernisée, dont l'ensemble de l'avionic a été changée, est amplement suffisante et sera fonctionnelle pour les 15 ans à venir. Et l'argument selon lequel cette forece est insuffisante est risible quand on sait que l'Autriche assume la même fonction avec 14 avions, la Hongrie avec 12 avions....

Écrit par : sekant | 12/05/2014

Il est assez probable que le Gripen sera refusé par le peuple suisse, une telle différence, 51 contre 44 %, ne se relève pas en une semaine. Il est clair que pour la gauche et le centre-droit, l’occasion était trop belle pour se venger de l’UDC.
Personnellement, je pense que le centre-droit va payer cher sa trahison de la défense nationale. Il ne me sera plus possible de voter radical tant que Philipp Müller dirige ce parti. Et je ne vois aucun parti possible en dehors de l’UDC. En principe, si le Gripen est refusé, je voterai pour ce parti. Les fronts se sont durcis, l’irrationnel a fait une irruption assez folle en Europe et on voit les socialistes français appeler à la guerre contre la Russie, probablement pour masquer leur profonde incurie.
Mais sur le fond, ce qui me choque vraiment, c’est que le peuple suisse ait le droit de s’exprimer sur un sujet pareil. On n’entend pas les contempteurs de la démocratie directe sur ce point, eux qui sont tellement remontés sur l’interdiction des minarets, etc, etc…

Et que le peuple n’ait pas le droit de s’exprimer sur un budget important de la Confédération : l’aide au développement. Dans un « Temps fort » du Temps du 4 juillet 2005, Ram Etwareea faisait remarquer qu’ »Augmenter l’aide sans renforcer son efficacité serait comme verser de l’eau dans un panier en osier ». C’était beaucoup trop gentil. Voici ce qu’en écrivait la DDC dans sa revue « Un seul Monde » de mars 2008, n°1, p.4 :
« Entre 1990 et 2005, les guerres ont coûté à l’Afrique l’équivalent de 353 milliards de francs. Ce montant comprend les coûts directs des conflits (…). Il correspond à peu près au volume de l’aide internationale attribuée au continent noir durant cette même période. »
En effet, non seulement l’aide ne sert à rien sur le terrain, mais elle permet aux Africains de faire ce qui les intéresse : la guerre…

C’est ce que Dambisa Moyo exprime dans son livre Dead Aid, 2009. Voir ce qu’en dit Emmanuel Garessus dans le Temps du 21 janvier 2009.

Il serait bon que les citoyens suisses puissent se prononcer sur l’opportunité de ce gâchis plutôt que sur l’achat d’un avion sur lequel ils ne connaissent rien et que les spécialistes trouvent excellent…

Écrit par : Géo | 12/05/2014

"ce voisin obséquieux" Alors là, il y a problème. les Suisses romands sont obséquieux envers les Français, peuple arrogant s'il en est. Mais lécher les bottes des puissants est une activité très suisse. On appelle ça un banquier, si je ne m'abuse...mais aussi un journaliste.

Écrit par : Géo | 12/05/2014

Dans la presse,ce matin, 12 mai 2014, du nouveau: quelques hauts gradés de l'armée s'expriment publiquement en déclarant le Gripen non utile.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/05/2014

"quelques hauts gradés de l'armée s'expriment publiquement en déclarant le Gripen non utile."
Très bien, mais il faudra qu'ils s'expliquent très sérieusement, parce qu'a priori on ne voit que très difficilement quels peuvent être leurs arguments...

Écrit par : Géo | 13/05/2014

La Suisse possède des avions américains, pourquoi ne pas continuer avec ce partenaire nettement plus performant avec ses avions de 5ème génération, savez-vous qu'un seul F35 peut combattre un vingtaine d'avions de 4ème génération sans subir une seule égratignure ?

Israël, le pays le plus performant en matière de défense aérienne n'hésite pas une seconde en faveur des avions américains, pourquoi ne pas prendre exemple ?

Le choix des Grippen est problématique, hormis les anti-militaristes, les spécialistes contestent en premier, ce choix douteux, pourquoi vouloir à tout prix insisté dans ce qui semble être une impasse et que le peuple rejettera sans l'ombre d'un pli ?

C'est un manque évident de communication et de capacité dans le décisionnel, dès lors, la confiance entre le peuple et le politique devra en payer le prix fort, ce sera un handicape pour le futur, même si la Suisse voudra dans le future faire des choix adaptés, l'affaire du Grippen restera en travers de la gorge de l'électorat.

Cet entêtement va nuire au futur de la défense nationale Suisse, le problème se trouve essentiellement là.

Écrit par : Robin | 17/05/2014

C'est marrant, JS Eggly censure Corto mais pas Robin !

Écrit par : Corto | 19/05/2014

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