26/04/2014

Ukraine:guerre mondiale?

Ukraine :guerre mondiale ?

 

Le Premier ministre du Gouvernement provisoire à Kiev, non reconnu par Moscou, a déclaré sur un ton dramatique que Poutine poussait ses pions jusqu’au risque réel d’une troisième guerre mondiale. A l’Ouest personne ne croit vraiment à ce risque et l’on voit dans ces propos une surenchère verbale d’acteurs des événements qui sont à bout de nerfs. Toutefois, celui qui s’intéresse à l’histoire réfléchit souvent à des exemples d’escalades incontrôlées. On s’occupe, cette année, du centième anniversaire du déclanchement de la première guerre mondiale. Lors du Traité de Versailles, qui mit l’Allemagne à genoux, il fut établi que cette dernière était seule responsable de toute la tragédie. Aujourd’hui, les analyses sont plus nuancées. Guillaume 2 n’espérait-il pas une réponse serbe à l’ultimatum autrichien qui eût fait descendre la pression ? Si la réponse venue avait été connue plus tôt les deux Empires centraux n’eussent-ils pas accepté une négociation générale ? A Moscou Nicolas 2 n’a-t-il pas, d’abord, incité son cousin allemand à la modération, avant d’être l’otage du parti de la guerre ? En Angleterre même, le Premier ministre et son entourage ne la désiraient-ils pas ? En France, le rêve d’une revanche et d’une récupération de l’Alsace et de la Lorraine ne fut-il pas déterminant ? Sans compter, ensuite de part et d’autre,  l’engrenage des alliances.

Eviter l’escalade irrémédiable était-il possible ? Jusqu’à quel moment ? Une guerre limitée débouchant rapidement sur une négociation était-elle envisageable, comme beaucoup le pensaient à Vienne et à Berlin, tandis que d’autres voulaient affaiblir durablement la Russie et mettre la France ko pour le compte. On était bien loin de Bismarck et de son habileté à maitriser des virages contrôlés.

Alors l’Ukraine ? Toute crise à des causes immédiates et des causes antérieures. Le statut de l’Ukraine au sein de feu l’URSS, la répartition démographique, linguistique, culturelle au sein de son territoire : autant de facteurs à considérer. Comme il faut bien voir que l’éclatement de l’URSS a été un événement traumatisant pour de nombreux Russes, dont Poutine. Et il faut aussi redire que l’Ouest, de Berlin à Washington en passant par les autres pays de l’actuelle Union européenne n’ont pas eu l’intelligence, l’instinct, la vision politique et culturelle de tout faire pour établir une relation confiante avec les Russes qu’il eût été indispensable d’aider à fond, économiquement et financièrement. Erreur peut être historique.

A kiev, le nouveau Gouvernement issu des grandes manifestations populaires n’a rien eu de plus pressé que d’interdire l’usage de la langue russe dans les écoles et pour les démarches officielles ; cela dans les régions très largement russophones. Aberrant. Enfin, soyons lucides. Au sein de la coalition qui a pris le pouvoir à Kiev, il n’y a pas que des enfants de cœur et des démocrates fiables. L’extrême droite a une présence certes très minoritaire mais inquiétante.

Cela étant, les manoeuvres de Poutine pour soutenir les séparatistes de l’Est sont évidemment graves. Après avoir obtenu la Crimée, il aurait dû, au plus,  réclamer une évolution fédéraliste en Ukraine sans jouer en même temps avec les infiltrations de ses forces secrètes et camouflées. Cet ancien du KGB, formé aux coups tordus et adepte des épreuves de force, nostalgique de l’URSS, tendu vers un but de reconstitution d’un ensemble euro-asiatique sous dominante russe, imprégné de rancune (explicable) envers l’Occident est évidemment un personnage dont on se demande si la pulsion n’obscurcit pas le raisonnement. Tant l’Union européenne que les Etats Unis se devaient de réagir. Mais ne faudrait-il pas, dans un équilibre des pressions, agir aussi su Kiev, avec l’aide de l’OSCE, afin d’ouvrir une perspective de fédéralisation de l’Ukraine sans la faire exploser ; une perspective de rétablissement progressif d’une coopération avec la Russie sans la couper de ses liens économiques avec l’UE ?

Non, il n’y aura pas de guerre mondiale à cause de l’Ukraine. Mais un retour de tensions débouchant sur une remilitarisation de part et d’autre, des conséquences énergétiques, économiques : ce sont déjà de gros dégats. Y a-t-il une possibilité d’une diplomatie forte mais concertée et intelligente afin de recadrer tout cela ? C’est la question.

18:35 | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Une fédéralisation de l'Ukraine sera en effet le seule solution.
Je suis souvent en Russie et je connais assez bien l'Ukraine, et depuis des années j'entends les ukrainiens pro-russes dire qu'il faudra que les régions reçoivent plus d'autonomie, mais à Kiev on en a jamais voulu . Pourquoi ? Sans doute parce une certaine élite à Kiev aura moins d'argent à disposition pour s'en mettre plein les poches.
En plus on a pu observé depuis des années une certaine "ukrainisation" artificielle…. une poussée nationaliste malsaine.
Mais pourquoi Washington (qui par ailleurs se mêle beaucoup trop des affaires européennes et qui est responsable d'une multitude de guerres atroces sur cette terre…. et on les accuse beaucoup moins que les Russes ou pas du tout, par contre on diabolise à tout moment la Russie, Putin est comparé à Hitler etc…..) et Bruxelles ne poussent-ils pas Kiev à sérieusement envisager un Etat fédéré ????
On ne peut couper l'Ukraine de la Russie, en tout cas pas l'est…. les deux pays sont intimement liés, chaque famille russe a de la famille en Ukraine et vice-versa. L'Occident a également tort de prononcer des sanctions qui vont in fine toucher les populations et il est également responsable de ce qui s'est passé a Maïdan, et surtout comment cela s'est passé ! On dirait que l'histoire de ces 2 pays n' a aucune espèce d'importance, on dirait que ce sont des ignorants qui agissent en occident et ceci seulement avec les tripes sans aucune analyse fine. On voit le mal à l'est et le bien à l'ouest, hors ce sont des cultures, des mentalités différentes et les "démocraties" à l'américaine ou à l'européenne (Bruxelles est par ailleurs de moins en moins démocratique à mon avis) n'auront probablement jamais un avenir dans ces pays.

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 26/04/2014

"Y a-t-il une possibilité d’une diplomatie forte mais concertée et intelligente afin de recadrer tout cela ?"

Apparemment pas. Sinon elle se serait déjà mis à l'oeuvre.

Écrit par : Daniel | 26/04/2014

Depuis le début de la crise, Washington met de l'huile sur le feu, avec les déclarations de tous genres exagérés, les menaces, les sanctions etc….. Une Europe sans leurs bases, sans leurs soldats se porterait beaucoup mieux, les USA ne cherchent que la mainmise sur le monde …
Vous avez raison, une guerre mondiale à cause d'un pays en ruine telle l'Ukraine est juste ridicule…. que Bruxelles négocie seul avec Moscou et Kiev pour que ce pays devienne un Etat fédéré, la seule et unique solution, sinon le pays sera coupé en deux, ce que beaucoup d'ukrainiens souhaitent !
Le vrai mal vient des USA qui n'arrêtent pas de vouloir imposer leur volonté et se mêlent de tout et l'UE se met á à genoux.
Depuis des années Washington investit dans des ONG en Ukraine pour obtenir un pouvoir à leur pied et ainsi encore un peu plus encercler la Russie et la mettre à genoux… ils s'en fichent des problèmes que cela pourra engendrer pour l'économie européenne et pour les populations de la Russie et de l'Ukraine ! L'Ukraine et la Russie sont intimement liées et doivent le rester, et ceux qui n'ont pas compris cela sont juste des dangereux ignorants.
Je connais bien la Russie, mais aussi l'Ukraine…le gouvernement à Kiev ne plaît même pas à ceux qui voudraient se rapprocher de l'UE… il est issu de la "famille" de la belle blonde….

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 26/04/2014

Enfin une analyse libérale lucide et modérée.
S'il n'y a pas de guerre mondiale"conventionnelle" en perspective, on ne peut pas en dire autant de la guerre de l'information.

Écrit par : petard | 27/04/2014

Le comportement des USA qui ne cessent de mettre la pression et celui molachu de l'UE dans cette affaire me paraissent très suspects.
Que s'est-il passé ?
Au début, Ianoukovytch dirigeait une Ukraine plutôt favorable à la Russie. Mais l'UE faisait pression pour que l'Ukraine se rapproche.
Ce qui aurait évidemment remis son adhésion à l'OTAN sur le tapis.
Là-dessus le peuple (soit-disant pro UE) manifeste et éjecte son président.
Poutine ne voulant pas d'OTAN à sa porte (comme en Pologne et dans les pays Baltes) annexe (reprend) donc la Crimée pour préserver ses bases.

Et sur la place Maidan des manifestants et des policiers sont tués ... par derrière, depuis un hôtel au main des insurgés et fortement gardé.
Qui a tiré ?
Selon le nouveau gouvernement auto-proclamé, ce seraient des agents russes. Des agents russes qui se seraient donc infiltrés dans une place fortement anti russe. Bizarre non !

Et le plus bizarre est que les USA et l'UE aient accepté sans broncher les affirmations de Kiev : Ce sont les russes. Un tel comportement rappelle celui de la guerre contre l'Irak supposée (preuves à l'appui) détenir des armes de destruction massive.

Trop contents de l'aubaine, les USA décrètent des sanctions contre la Russie et l'UE suit comme un fidèle roquet. Sanctions d'autant plus convaincantes d'ailleurs que Poutine fait manœuvrer 40.000 hommes aux frontières de l'Ukraine. Devant une telle menace, l'OTAN envoie des troupes en Pologne et dans les pays Baltes. Il faut faire contrepoids n'est-ce pas !
La seule différence est que les russes manœuvrent chez eux alors que les GI's le font en Europe.

Alors, profitant du foutoire général voilà-t-y pas que l'Est de l'Ukraine se rebiffe, qu'un type se s'autoproclame nouveau maire et installe toute la région dans la rébellion contre Kiev et ses nouveaux dirigeants "nazis".

Et plus personne ne veut négocier malgré le traité de Genève, chacun traitant l'autre de traître.

Alors que va-t-il se passer ?
Dans le bordel général de désinformation, de fausses affirmations et de manipulations en tout genre, il n'y a que 3 solutions :
1) Ils arrivent enfin à un consensus et tout se calme
2) Ils se foutent sur la gueule et la Russie, les USA et l'UE se mettent d'accord pour ne pas intervenir
3) Ou ils interviennent ... mais alors personne ne sait vraiment où cela finira.

En conclusion, je ne suis pas du tout aussi optimiste que vous semblez l'être. Rappelez-vous, en 1914 comme en 1939 personne ne voulait y aller et tout le monde y est allé.

Écrit par : Lambert | 28/04/2014

Que penser des sanctions infligées à la Russie, quelles en sont des Etats-Unis, en tout premier lieu, les intentions, les motivations réelles, en clair? Sanctions en fait chantage/manipulation (Mme Merkel s'alignant droit derrière Obama)! suivie ensuite par Hollande et les autres: jusqu'à quand ces valets, ces pantins?!

L'achat du Gripen, on l'a lu, que faut-il en penser, nous ferait-il ou non entrer automatiquement dans l'OTAN? En ce cas, cet achat est-il pour l'instant, en telle conjoncture mondiale, le meilleur (la Suisse tient-elle toujours ferme à sa neutralité: être "neutre", est-ce être "lâche")?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/04/2014

Qu-est ce qui s'est passé sur Maïdan, en fait ?

Une enquête allemande, dont on parle pas vraiment dans nos médias.... pourquoi ?

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/morts-du-maidan-l-enquete-151136

Et voici un article très intéressant !

http://www.les-crises.fr/traduction-exclusive-washington-cherche-la-mise-a-mort-de-la-russie-par-paul-craig-roberts/

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 04/05/2014

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