13/02/2014

Christoph Blocher est "unschweizerich"

Le jugement porté par Christoph Blocher sur les Romands a suscité des commentaires indignés. Pour un ancien Conseiller fédéral, dire que si les Romands en majorité ont refusé l’Initiative UDC contre l’immigration c’est parce qu’ils ont moins de sentiment patriotique, c’est insultant. Tous ceux qui ont consacré une partie de leur vie à servir leur pays de diverses manières ont de quoi être blessés.

 

En fait de patriotisme, ce fils de pasteur devrait mieux consulter notre histoire nationale. Jamais la Suisse n’a pu trouver son équilibre sans négocier ses relations avec l’extérieur, particulièrement avec le monde germanique et avec la France. En relation et en contre-point, là furent les deux éléments de sa cohésion et de sa pérennité.

 

Mais parlons de la cohésion. A plusieurs reprises ce sont des personnalités romandes qui se sont engagées afin de la préserver, tandis qu’elle était mise à mal. Sans remonter trop loin, qui a joué un rôle crucial en 1815 pour le retour de la Suisse à une vraie indépendance ? le Genevois Pictet de Rochemont. Qui a eu une action à la fois de combat rapide et de réconciliation lors de la guerre du Sonderbund ? Encore un Genevois, Guillaume-Henri Dufour. Qui ont lié la Neutralité suisse à sa vocation humanitaire, donnant à ce pays une sorte d’aura internationale ? Les fondateurs du CICR. Et en 1917, tandis que les Suisses allemands Hofmann au Conseil fédéral et Wille à la tête de l’armée se conduisaient de manière ambigüe, aux limites de la trahison envers la Confédération qui a rétabli le courant avec les alliés et l’honneur de la Suisse ? le Genevois Gustave Ador. Enfin, durant la seconde guerre mondiale, si le Conseiller fédéral Pilez Golaz a dérapé, qui a incarné la cohésion nationale sinon le Général Guisan, un Vaudois au patriotisme suisse chevillé au corps. Oui, sans les Romands, la Suisse existerait-elle encore ?

 

En outre, le jugement blochérien est simpliste car les villes de Zurich, de Berne, de Bâle, de Zoug ont voté comme la majorité des Romands. Donc c’est une analyse sociologique et psychologique qui s’impose en regard des villes et des régions rurales ; comme si souvent dans l’histoire suisse. Heureusement, le clivage linguistique n’est pas déterminant.

 

Ou disons : pourvu qu’il ne le devienne jamais. Il faut admettre, en effet, que le sentiment des Suisses alémaniques vis-à-vis des Romands perd en empathie. Tous ceux qui occupent des charges, assument des mandats dans un cadre confédéral l’observent. On a plus de peine à accepter des Romands à des fonctions dirigeantes, surtout s’ils parlent français dans les séances ; une langue qui est de moins en moins recherchée l par nos compatriotes. Leurs ainés trouvaient cette langue confédérale séduisante et sa connaissance nécessaire. Cela s’étiole. Les évolutions des programmes scolaires dans plusieurs cantons alémaniques en témoignent.

 

En Suisse, il ne peut y avoir de patriotisme fécond que dans un esprit fédéraliste. Ce dernier doit de nourrir de respect mutuel  et , précisément,  de la conviction qu’il n’y a pas de Confédérés plus suisses que d’autres ; cela au dessus de leur diversité d’opinions sur les divers sujets. C’est triste de le constater mais les commentaires de Christoph Blocher sont <unschweizerich> et , au contraire des grandes figures romandes citées plus haut, il est un réducteur et un diviseur. Même au sein de l’UDC, même chez toux ceux qui ont voté oui dimanche dernier il s’agit de prendre ses distances avec les mots et les réactions qui nuisent à l’entente confédérale, donc à la patrie suisse.  

 

18:34 | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

10/02/2014

Trouver le chemin étroit

Trouver le chemin étroit

Avons-nous vieilli ? Mûri ? En 1992 lors du rejet de l’accord sur l’EEE nous comprenions Jean-Pascal  Delamuraz qui parlait d’un dimanche noir. Commentaire qui, surtout en Suisse allemande, fut considéré comme témoignant d’un manque de respect envers le peuple et la démocratie. Dimanche dernier, à l’instar du Conseil fédéral, ce fut tout de suite l’interrogation : comment faire maintenant ?

Pourtant, il y avait de quoi s’étrangler ; un score incroyablement serré. Les grandes villes du pays qui comptent le plus d’étrangers ont voté non. Les cantons frontières les plus concernés, sauf le Tessin bien sûr, ont voté non : tels Bâle ville, Genève, Vaud. Et dans un canton comme Berne, la ville a voté non. Mais c’est ainsi. On pourrait commenter également en relevant que si , en Suisse romande, il y avait eu un peu moins de oui, si au Tessin que l’on a délaissé il y avait eu un peu moins de oui l’Initiative eût été rejetée. Une majorité populaire nationale se forme partout. Certes, il y a un clivage entre Romands et Alémaniques ; mais pas absolu puisque Bâle ville, Zoug et Zurich ont voté non : mais pas assez. Bref, rien ne sert de commenter les divisions. Après tout, si les Appenzellois, sans beaucoup d’étrangers, ont des craintes pour leur identité, cela fait partie de l’alchimie confédérale.

Cela étant, quelle sera la suite. A chaud, le Président de la Confédération a déclaré que le Gouvernement ne dénoncerait pas l’Accord sur la libre circulation des personnes et que ce serait l’Union européenne qui en prendrait le cas échéant la responsabilité. Mais lundi soir, à la radio suisse romande, le ministre belge des affaires étrangères a dit un peu le contraire. C’est au Gouvernement helvétique d’expliquer sa position, comment il entend traduire l’Initiative dans les faits et l’UE verra si cela peut être compatible avec le principe de la libre circulation. En outre il a bel et bien laissé entendre que les accords de base passés avec la Suisse, --sept sauf erreur--, étaient liés. On ne peut pas, concluait-il, se féliciter, par exemple, de la libre circulation des capitaux et ne pas vouloir la libre circulation des personnes. Quant à la constatation selon laquelle la Suisse recevait plus de 80-000 étrangers par an, elle ne l’émouvait pas. Pour la plupart, ne répondent-ils pas à des demandes de l’économie ou des services dans notre pays.

Cependant, on pouvait entre les mots deviner une petite ouverture. La libre circulation des personnes n’est pas absolue entre les pays de l’UE. La Belgique, par exemple, réserve la préférence nationale dans quelques secteurs. Donc, pourrait-on imaginer, sans que l’UDC ne crie au scandale, un contingentement partiel dans un cadre relativisé mais non effacé de libre circulation avec l’UE ? Très difficile à concevoir mais c’est le chemin étroit que le Conseil fédéral, nos diplomates vont devoir trouver. Le Parlement devra les épauler. Et, s’il le faut, le résultat pourrait faire l’objet d’un nouveau vote populaire.

Evidemment, la réaction du peuple suisse trouve des échos dans les pays de l’UE. Les citoyens de ces pays sont nombreux à s’inquiéter non seulement de l’immigration extra européenne mais aussi intra européenne. Au sein même du Gouvernement français il y a des ministres qui prônent un rétablissement de limites. Quant  au sentiment des Anglais, il tracasse fortement les instances bruxelloises. Et puis, d’une façon générale il ya des préoccupations légitimes sur les effets de la croissance démographique et sur les brassages de population qui rendent plus flous les repères nationaux rassembleurs. Cela pourrait être un élément incitant nos interlocuteurs de l’UE à la discussion. Mais cela pourrait aussi les inciter à proclamer de façon plus rigide des principes qu’ils sentent menacés par l’état d’esprit de leurs populations. On ne va pas tarder à observer ce qu’il en sera.

Dimanche soir, les présidents de partis s’envoyaient des piques. Peut on espérer un concours de bonnes volontés politiques afin de soutenir le Conseil fédéral dans sa recherche d’un chemin étroit qui ne renie pas la décision du peuple mais ne coupe pas trop de ponts avec une Union européenne dont nous avons besoin. Il y a tout de même des intérêts réciproques permettant d’espérer que cela ne sera pas mission impossible.

19:40 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

03/02/2014

NSH: à la pointe du civisme

 

Samedi à Bienne la Nouvelle Société Helvétique a fêté ses cent ans. Si l’on prend en compte la vie de sa mère la Société Helvétique, fondée au 18ème siècle, c’est une histoire et une vocation vénérables que l’on célébrait. Relevons que l’Organisation des Suisses de l’Etranger est une fille de la NSH, devenue autonome mais toujours en osmose patriotique. Elle fêtera son centenaire dans deux ans.

 

Depuis le début, la NSH se donne le devoir de concourir à la cohésion nationale à travers un fédéralisme de concordance, autour de valeurs communes. Depuis toujours, elle entend, par des appels, des manifestations, des débats sur tout stimuler l’engagement civique. Il y a eu des époques où l’existence même de la Suisse était en jeu. Aujourd’hui nous n’en sommes pas là mais c’est une couche d’indifférence civique qui affaiblit le Corps Helvétique. Cette indifférence est engluée dans une méconnaissance largement répandue de l’Histoire nationale, des histoires cantonales, de la structure et du fonctionnement de nos institutions démocratiques.  A Bienne, on a entendu des jeunes débattre dans un jeu à deux contre deux, sur des sujets politiques : notamment à propos de la prochaine votation sur l’immigration. Un jeu puisque certains ont du plaider contre leurs convictions. Mais des échanges argumentés, un dialogue respectueux. C’était réconfortant.

 

La NSH entend donner un nouveau souffle à l’éducation à la citoyenneté. Quelle bonne initiative ! Elle veut mettre sur pied un Centre de compétence nationale réunissant tout ce qui se fait, à titre public et privé : un centre qui ouvrirait  des pistes de collaborations fructueuses tendant vers cette régénération citoyenne. Elle imagine la mise sur pied d’équipes de jeunes observant les votations.

 

En fait, l’idée est d’établir une véritable plate-forme nationale pour la formation politique. Des soutiens financiers de la Confédération, des cantons et de la société civile sont espérés.

 

Tout cela est-il utile en regard de ce qu’il est prévu de faire sous l’égide de la Conférence des Conseillers d’Etat chargés de l’instruction publique. Naturellement la question se posait en écoutant l’exposé de la Conseillère d’Etat du canton du Jura, Mme Elisabeth Baume-Schneider. Eh bien la réponse est oui, cela est utile pour ne pas dire nécessaire. Certes, il y a le concordat inter-cantonal romand qui prévoit dans les programmes cette formation citoyenne. On parle de réflexions sur de grands textes. Il y a des débats parfois organisés dans les classes. On entend éduquer à la démocratie par un certain dialogue et une certaine gestion de discipline démocratique dans les écoles elles-mêmes. Mais, n’en déplaise à des notables de l’instruction publique dans les divers cantons, il y a loin des intentions affichées à la réalité sur le terrain. Trop de témoignages concordants et persistants le démontrent pour que le déni des lacunes soit crédible. Une professeure d’histoire à Genève nous expliquait avec réalisme que cela était très difficile. Les programmes n’ont cessé de s’élargir. On a des exigences sur l’informatique, la musique, l’art, la gymnastique, etc. en plus de celles sur les matières fondamentales. Les heures manquent. Le résultat c’est que sur l’histoire, et surtout sur l’Histoire nationale et l’Instruction civique on surfe le plus souvent d’une petite vague à l’autre sans aucune continuité chronologique. Un éminent politicien genevois d’extrême gauche nous parlait de la méconnaissance crasse d’une majorité des élus au Conseil municipal et au Grand Conseil sur un minimum d’Histoire du canton et du Pays où ils exercent leur mandat. Aucun recul disait-il. Hier est encore vaguement présent ; avant-hier n’existe plus.

 

En fait, il s’agit d’une prise de conscience à favoriser qui devrait inciter à un renversement des priorités scolaires. Plutôt que l’accumulation de connaissances, vite oubliées dans des matières qui pourront être approfondies par les élèves plus tard, il faut offrir aux adolescents une culture générale et une connaissance historique, une éducation citoyenne qu’ils n’auront plus l’occasion d’obtenir dans les tourbillons professionnels ultérieurs. Et comme notre civisme est basé sur l’engagement de milice, donnons aux citoyens les bases nourrissant leurs engagements de milice dans la Cité.

 

La section de Genève de la NSH a décidé d’adresser au Conseil d’Etat et au Grand Conseil une pétition munie de nombreuses signatures. Elle demande, précisément, que l’éducation citoyenne passant par l’étude de l’Histoire nationale et cantonale et par l’étude des Institutions redevienne une priorité ; quitte à réaménager les répartitions dans les programmes. Encore une fois, que l’on ne vienne pas nous dire que c’est inutile et hors des réalités parce que le mouvement vers le possible serait officiellement organisé par les cantons.

 

Oui, l’enjeu est national. C’est même à se demander si l’on ne devrait pas songer à une initiative fédérale inscrivant dans la Constitution des devoirs très clairement définis en matière d’éducation citoyenne.

 

Cela ne serait pas très fédéraliste comme démarche mais le fédéralisme horizontal sera-t-il à la hauteur de l’enjeu qui concerne l’irrigation de notre précieux pays, de nos cantons et de nos cités par un flux civique venant de l’esprit et du cœur.

 

20:14 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |