03/02/2014

NSH: à la pointe du civisme

 

Samedi à Bienne la Nouvelle Société Helvétique a fêté ses cent ans. Si l’on prend en compte la vie de sa mère la Société Helvétique, fondée au 18ème siècle, c’est une histoire et une vocation vénérables que l’on célébrait. Relevons que l’Organisation des Suisses de l’Etranger est une fille de la NSH, devenue autonome mais toujours en osmose patriotique. Elle fêtera son centenaire dans deux ans.

 

Depuis le début, la NSH se donne le devoir de concourir à la cohésion nationale à travers un fédéralisme de concordance, autour de valeurs communes. Depuis toujours, elle entend, par des appels, des manifestations, des débats sur tout stimuler l’engagement civique. Il y a eu des époques où l’existence même de la Suisse était en jeu. Aujourd’hui nous n’en sommes pas là mais c’est une couche d’indifférence civique qui affaiblit le Corps Helvétique. Cette indifférence est engluée dans une méconnaissance largement répandue de l’Histoire nationale, des histoires cantonales, de la structure et du fonctionnement de nos institutions démocratiques.  A Bienne, on a entendu des jeunes débattre dans un jeu à deux contre deux, sur des sujets politiques : notamment à propos de la prochaine votation sur l’immigration. Un jeu puisque certains ont du plaider contre leurs convictions. Mais des échanges argumentés, un dialogue respectueux. C’était réconfortant.

 

La NSH entend donner un nouveau souffle à l’éducation à la citoyenneté. Quelle bonne initiative ! Elle veut mettre sur pied un Centre de compétence nationale réunissant tout ce qui se fait, à titre public et privé : un centre qui ouvrirait  des pistes de collaborations fructueuses tendant vers cette régénération citoyenne. Elle imagine la mise sur pied d’équipes de jeunes observant les votations.

 

En fait, l’idée est d’établir une véritable plate-forme nationale pour la formation politique. Des soutiens financiers de la Confédération, des cantons et de la société civile sont espérés.

 

Tout cela est-il utile en regard de ce qu’il est prévu de faire sous l’égide de la Conférence des Conseillers d’Etat chargés de l’instruction publique. Naturellement la question se posait en écoutant l’exposé de la Conseillère d’Etat du canton du Jura, Mme Elisabeth Baume-Schneider. Eh bien la réponse est oui, cela est utile pour ne pas dire nécessaire. Certes, il y a le concordat inter-cantonal romand qui prévoit dans les programmes cette formation citoyenne. On parle de réflexions sur de grands textes. Il y a des débats parfois organisés dans les classes. On entend éduquer à la démocratie par un certain dialogue et une certaine gestion de discipline démocratique dans les écoles elles-mêmes. Mais, n’en déplaise à des notables de l’instruction publique dans les divers cantons, il y a loin des intentions affichées à la réalité sur le terrain. Trop de témoignages concordants et persistants le démontrent pour que le déni des lacunes soit crédible. Une professeure d’histoire à Genève nous expliquait avec réalisme que cela était très difficile. Les programmes n’ont cessé de s’élargir. On a des exigences sur l’informatique, la musique, l’art, la gymnastique, etc. en plus de celles sur les matières fondamentales. Les heures manquent. Le résultat c’est que sur l’histoire, et surtout sur l’Histoire nationale et l’Instruction civique on surfe le plus souvent d’une petite vague à l’autre sans aucune continuité chronologique. Un éminent politicien genevois d’extrême gauche nous parlait de la méconnaissance crasse d’une majorité des élus au Conseil municipal et au Grand Conseil sur un minimum d’Histoire du canton et du Pays où ils exercent leur mandat. Aucun recul disait-il. Hier est encore vaguement présent ; avant-hier n’existe plus.

 

En fait, il s’agit d’une prise de conscience à favoriser qui devrait inciter à un renversement des priorités scolaires. Plutôt que l’accumulation de connaissances, vite oubliées dans des matières qui pourront être approfondies par les élèves plus tard, il faut offrir aux adolescents une culture générale et une connaissance historique, une éducation citoyenne qu’ils n’auront plus l’occasion d’obtenir dans les tourbillons professionnels ultérieurs. Et comme notre civisme est basé sur l’engagement de milice, donnons aux citoyens les bases nourrissant leurs engagements de milice dans la Cité.

 

La section de Genève de la NSH a décidé d’adresser au Conseil d’Etat et au Grand Conseil une pétition munie de nombreuses signatures. Elle demande, précisément, que l’éducation citoyenne passant par l’étude de l’Histoire nationale et cantonale et par l’étude des Institutions redevienne une priorité ; quitte à réaménager les répartitions dans les programmes. Encore une fois, que l’on ne vienne pas nous dire que c’est inutile et hors des réalités parce que le mouvement vers le possible serait officiellement organisé par les cantons.

 

Oui, l’enjeu est national. C’est même à se demander si l’on ne devrait pas songer à une initiative fédérale inscrivant dans la Constitution des devoirs très clairement définis en matière d’éducation citoyenne.

 

Cela ne serait pas très fédéraliste comme démarche mais le fédéralisme horizontal sera-t-il à la hauteur de l’enjeu qui concerne l’irrigation de notre précieux pays, de nos cantons et de nos cités par un flux civique venant de l’esprit et du cœur.

 

20:14 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.