16/01/2014

Immigration: l'UDC voit trouble

Immigration : l’UDC voit trouble

Les autorités et l’ensemble des partis politiques ne s’y trompent pas :l’initiative de l’UDC  <contre l’immigration de masse> présente un enjeu de très grande importance. Sans doute le succès de l’Initiative n’entrainerait-elle pas un effondrement immédiat et mécanique de notre vie économique et sociale mais elle dresserait devant nous des difficultés considérables.

Pourtant cette Initiative ne vient pas de nulle part. Elle s’inscrit dans le droit fil d’un sentiment ayant toujours parcouru la population suisse. Or, aujourd’hui, le sentiment de perte d’identité propre, de perte du contrôle sur une immigration dont certains aspects choquent stimule un besoin de resserrer les limites. Il y a cette idée que des travailleurs étrangers prendraient la place de Suisses, qu’ils pousseraient les salaires à la baisse, qu’ils créeraient les difficultés des transports, seraient cause de la pénurie du logement et de son coût. Sans parler du sentiment d’insécurité avec les délits commis par des étrangers et devant ces spectacles de trafic de drogue offerts dans des quartiers urbains. Bref, on mélange un peu tout et du coup sort la formule magique : encadrer strictement le flux migratoire par un système de contingents limités, chiffrés, calculés selon les besoins à chaque fois précisément définis.

L’ennui c’est que l’UDC voit trouble et trouble la vision de ceux qui la suivent sur ce sujet. On a déjà connu le système des contingents à définir, à calculer. Il en était résulté toute une paperasse, une bureaucratique lourde pour les entreprises et les administrations tant fédérale que cantonales. Cela donnait une rigidité peu compatible avec la souplesse nécessaire de l’économie et du marché du travail. Enfin, depuis nous avons conclu des accords avec l’Union européenne incluant le principe de la libre circulation des travailleurs. On peut, sans doute, contrôler encore plus les conditions d’embauche des travailleurs européens, combattre avec les syndicats encore mieux les abus dans ce domaine. En revanche, remettre en cause l’Accord de libre circulation avec l’UE compliquerait terriblement nos relations générales déjà laborieuses avec cette dernière : alors que c’est avec elle que se déploie la plus grande partie de nos échanges à tous égards. Et puis, alors que nous essayons de convaincre nos partenaires européens que la Suisse peut être à la fois européenne et singulière, au bénéfice d’accords particuliers que nous cherchons à resserrer, comment imaginer une relation saine et fructueuse après que nous aurions fait un coup pareil ?

On se doit aussi d’être concret.  Le plus souvent les travailleurs européens qualifiés qui sont en Suisse répondent à des besoins pour lesquels il n’y avait pas de Suisses disponibles. Il n’y a pas de razzia étrangère sur nos branches professionnelles. Quant aux problèmes de logement, de transport et autres ils résultent largement d’un manque de prévision, d’anticipation sur les mesures à prendre et ce n’est pas un coup de frein démographique artificiel qui va rééquilibrer les éléments d’un ensemble. Casser ou tout au moins compliquer un développement naturel ne pourrait qu’entrainer des chocs en retour.

L’UDC n’en a pas moins, une fois encore, mis le doigt sur des inquiétudes légitimes que les autres acteurs politique ont eu tendance à négliger. Par rapport au sentiment diffus qui traverse notre population, il y a lieu de renforcer la sécurité, d’affirmer mieux nos valeurs, notre identité historique, et de bien poser les conditions de vie en commun dans ce pays pour ceux qui y viennent. Cela étant, après avoir au mieux salué la piqûre de rappel que nous prodigue l’UDC  écartons cette Initiative qui ne propose rien de bon. Elle attire le regard mais offre une vision trouble. Chaussons des lunettes de citoyens lucides pour une analyse claire de l’enjeu.

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