22/12/2013

Noël: un repère en péril

Noël : un repère en péril

 

Noël est un repère déterminant, clé de leur foi pour les Chrétiens pratiquants. C’est entendu. Il y a là un mystère qui peut accrocher même ceux pour qui la virginité de Marie et la non paternité de Joseph ne sont pas des articles de foi à prendre à la lettre. On peut croire à la présence divine marquant dès sa naissance un enfant ; lui dont le destin allait exprimer la quintessence de l’amour au cœur d’une humanité constamment agitée de ses démons. Et l’idée de cette naissance aboutissant à une passion rédemptrice pour les hommes, d’où surgit finalement une résurrection, oui cette idée a bouleversé le monde.  Elle a aussi déterminé les fondements culturels d’une Société occidentale judéo-chrétienne imprégnée d’hellénisme. Sans négliger les apports et les circuits arabes on peut vraiment conclure que telles sont bien les lignes de force de  l’héritage.

On doit également observer dans ce cadre l’histoire et le destin de Genève. Que serait-elle sans l’incroyable place où l’avait projetée la Réforme. Le génie du lieu marque une collectivité même lorsque les données démographiques, sociologiques et religieuses ont considérablement changé. Cela fait des décennies que les Protestants sont à Genève bien moins nombreux que les Catholiques. Et les récentes vagues d’immigration ont amené des Musulmans en nombre. Quant aux Juifs, ils participent de longue date à la vie de la Cité, et souvent avec éclat. Il n’empêche que l’emprunte chrétienne et plus particulièrement protestante dans la trame de l’histoire genevoise  appartient, devrait continuer d’appartenir à une mémoire vivante qu’il serait nécessaire d’entretenir.

Or, que voit-on ?  Dans maintes écoles, dans maints lieux de réunion on n’ose plus parler de Noël comme tel. Eventuellement on dit fêtes de Noël, mais plutôt fêtes de fin d’année. Dans un précédent blog, m’adressant à la nouvelle cheffe du Département de l’Instruction publique je m’inquiétais du manque de transmission de connaissances sur l’histoire suisse et l’histoire genevoise. Le plus inquiétant est que cette lacune s’appuie souvent sur un argument selon lequel il faudrait prendre en compte l’aspect multiculturel et multi religieux de notre société. Par respect et tolérance en quelque sorte, surfer avec des généralités sur tout cela à l’intention des élèves. En somme s’adresser à une sorte de rassemblement hétérogène dans un lieu qui serait comme hors sol et sans histoire propre.

  Savoir quelle est l’histoire d’une Cité, d’un pays où l’on vit, en pleine conscience des apports successifs et de la diversité actuelle, intérioriser les notions de respect mutuel, de tolérance  mais sur un socle de connaissance et de reconnaissance d’un héritage qui dessine des contours et des repères pour la vie en commun : Voilà ce qui construit  la colonne vertébrale d’une ville, d’un canton, d’un pays.  Une collectivité invertébrée et sans mémoire historique peinera à maitriser des tiraillements internes. La connaissance de l’histoire est un élément important du pacte républicain et social.    

Revenons à la dimension religieuse. Il n’est pas sans gravité que l’Eglise protestante genevoise soit plongée  dans de grosses difficultés ; que des pasteurs ne soient pas remplacés, que des laïques s’improvisent théologiens sans la formation adéquate. Evidemment, l’église protestante doit s’interroger sur elle-même, trouver des responsables ayant le sens de l’entreprise, du management. Et puis trouver des formes nouvelles captant l’attention. Et bien sûr, les citoyens, les familles ont les églises qu’elles méritent. Mais tout se tient. En laissant s’installer trop de distance entre les jeunes et l’histoire de ce coin de terre on rend plus lointaines aussi des églises qui ont la mission d’attirer des fidèles et de leur transmettre la Parole dont elles sont porteuses.

Alors, oui, si Noël est une naissance symboliquement miraculeuse rêvons d’une réapparition plus nette des repères dont Genève a et aura encore et toujours besoin.    

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Commentaires

Bonsoir Monsieur,

" Noël: un repère en péril " écrivez-vous, oui vous avez parfaitement raison !
En ces jours où l'on ne parle que de dindes et de chapons farcis au foie gras et aux truffes, de statistiques sur les dépenses des ménages et de budgets consacrés aux cadeaux, on en oublie l'essentiel, une profonde réflexion qui devrait transcender tous les courants de pensées, religieux ou non.

Mais votre billet interpelle également la désormais responsable du Département de l'instruction publique à propos de "Noël dont on n'ose plus parler comme tel" et du silence assourdissant sur l'héritage que Genève doit à la Réforme. Oui.

Faut-il s'étonner de cette situation dès lors que celle-ci ne fait que reprendre les termes de la nouvelle Constitution genevoise puisqu'en son préambule celui-ci se limite à évoquer " Le peuple de Genève, reconnaissant de son héritage humaniste ... ", sans référence aucune à notre héritage chrétien et à la Réforme ?

Lors des nombreux débats à la Constituante et sur les blogs, sur le bien-fondé de faire figurer ou non un préambule dans la Constitution, puis sur le contenu de ce même préambule, je me souviens avoir interpellé une personne fort respectable, aujourd'hui élue sur la liste "Ensemble à gauche" et siégeant au parlement genevois, pour qui la Réforme n'était "qu'un événement local, insignifiant à l'échelle du monde", qui ne méritait nullement qu'on l'évoquât dans le texte fondamental de notre canton ... Alors doit-on parler ici d'inculture crasse ou plutôt de provocation ?

Bref aujourd'hui nous en sommes là et il ne faudra pas s'étonner d'apprendre demain que des élèves de nos écoles genevoises confondent Calvin avec une marque d'eau de toilette ...

Joyeux Noël !

PS : Dans cette phrase, je pense que c'est de "l'empreinte chrétienne" dont il s'agit :

" Il n’empêche que l’emprunte chrétienne et plus particulièrement protestante dans la trame de l’histoire genevoise appartient, devrait continuer d’appartenir à une mémoire vivante qu’il serait nécessaire d’entretenir. "

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 22/12/2013

Dieu merci, Noël se fête encore dans les cantons dits "catholiques" ou "protestants", alors Genève, république laïque, n'impressionne guère, elle est désertée durant les Fêtes. Vive Noël pour les grands et petits !

Écrit par : Dominique | 23/12/2013

Cet émiettement de l'adhésion à Noël est d'autant plus étonnant, qu'il semble en revanche gagner du terrain ailleurs.Ainsi en Tunisie où je vis, où les grands magasins depuis plus d'un mois ont mis en place des rayons bourrés de jouets, de sapins, de décorations en tous genres.

Écrit par : tunos | 23/12/2013

A propos de Marie et de Joseph: une amie se rendit chez son gynéco pour un retard de règles. Après l'avoir examinée, le médecin lui apprend qu'elle n'a pas un retard de règles mais qu'elle est enceinte... Impossible, lui dit-elle, je suis vierge. S'ensuit tout un entretien médecin/patiente laquelle apprend que l'hymen n'étant jamais parfaitement "sûr", des caresses, un peu de sperme passant par cet endroit suffisent... sans "pénétration" à proprement parler. Ce que nous ignorons aujourd'hui, il y a deux mille ans? Avec respect, bien entendu: Joseph et Marie sont fiancés, amoureux, pourquoi pas? Se passe ce qu'écrit plus haut: mise en route du futur bébé Jésus? En ce cas, fils de Joseph, par Joseph, Jésus fut bel et bien un descendant du roi David! Mais celui qui nous a dit; ce ne sont pas ceux "qui me disent Seigneur! Seigneur!.(...) que nous dirait-il, aujourd'hui?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/12/2013

Jean d'Hôtaux, avez-vous le sentiment que concernant l'empreinte et plus particulièrement protestante dans la trame de l'histoire genevoise n'appartient pas au passé sans grand effet sur les jeunes générations? et que "Jésus chasant les marchands du temple", aujourd'hui, est invité plus ou moins à aller se rhabiller ou faire voir ailleurs?
Le "temple" àtant aussi le corps humain, temple de l'esprit, est-il cette maison de prière tel que l'abordait Jésus le guérisseur psychophysique, c'est-à-dire^, comme l'entendait le Dr Paul Tournier: âme, esprit, et corps?

Écrit par : Dekoriacis | 30/12/2013

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