28/11/2013

Lettre ouverte à Anne Emery-Torracinta

Madame la Conseillère d’Etat

Je ressens le besoin de vous écrire cette lettre ouverte en raison de qui vous êtes et de la charge que vous allez prendre à la tête de l’Instruction publique.  Mais d’abord permettez-moi de vous féliciter de votre élection. J’ai voté compact PLR, par cohérence et fidélité, mais je pensais qu’une présence socialiste était nécessaire et j’espérais que ce fût vous.  Peut être ma sympathie doit-elle quelque chose à celle que je porte à votre père Claude Torracinta, une grande figure du journalisme romand. J’ai toujours admiré son professionnalisme, sa culture, sa rigueur et son honnêteté intellectuelle. Je ne vous connais guère mais j’ai l’impression que le fruit n’est pas tombé loin de l’arbre. Trêve de compliments. Vous allez quitter votre poste d’enseignante, et d’enseignante d’histoire plus particulièrement si j’ai bien compris. C’est pourquoi je vous écris ces lignes. Les circonstances de la vie m’ont amené à enseigner l’histoire, et plus précisément l’histoire suisse dans une école privée, en complément à mes activités journalistiques et politiques. Je le fais encore et je m’attache à transmettre des connaissances sur notre pays,  à faire comprendre son évolution qui éclaire sa nature et la manière dont il peut vivre en Europe et dans ce monde. Je crois vraiment que nos citoyens et nos habitants  sauront mieux se comporter collectivement et individuellement s’ils bénéficient, au terme de leur parcours scolaire,  d’une certaine profondeur de vue sur la Suisse. Cela suppose qu’ils en connaissent  la trame historique, au moins dans ses grandes lignes et autour de quelques grands points de repère.  Il en va en partie d’une question d’identité, mais aussi d’une capacité de réflexion et de conscience politique nourrie d’une culture nécessaire. Il n’en va pas du tout d’un nationalisme étroit, encore moins d’un parfum discriminatoire au détriment d’élèves d’origine non helvétique. Mais lorsque l’on vit dans un pays, dans un canton comme les nôtres, on se doit d’en connaître les fondements.

Or, madame la Conseillère d’Etat, je ne vous apprendrai rien en vous disant que l’école publique genevoise est loin du compte dans ce domaine. Ne parlons pas des discontinuités dans l’enseignement d’histoire générale qui voit des élèves aborder cinq fois la Révolution française et pas grand-chose d’autre. J’ai des exemples. En histoire suisse, il arrive que l’on aborde le Rapport Bergier et ses critiques sur la Suisse durant la deuxième guerre mondiale. En soi c’est salutaire mais c’est évidemment partiel et insuffisant. Sur l’histoire suisse en général, dans son contexte européen ? Si peu ! J’exagère me direz-vous. Peut être un peu. Un peu seulement.

Madame la Conseillère d’Etat, vous êtes la mieux placée pour observer ces carences et pour vous efforcer d’y remédier. Je pense bien que la solution n’est pas d’agir de manière autoritaire, brutale vis-à-vis de professeurs revendiquant leur liberté. Il faudrait donc de la concertation et du temps. Toutefois, n’est-il pas possible d’imprimer un mouvement vers un contenu défini, une continuité dans l’abord des chapitres, une harmonisation suffisante au sein de l’école genevoise quant aux programmes d’histoire, particulièrement d’histoire suisse ? N’est-il pas possible de rendre cela visible afin que ces  balises  deviennent peu à peu évidentes.  Madame la Conseillère d’Etat, je fonde des espoirs sur vous à ce sujet. Ai-je tort ?

 

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18/11/2013

IN 1.12: éviter l'auto goal

L’Initiative 1.12 : éviter l’auto goal

 

Il arrive que dans une partie de football un défenseur se prenne la tête dans les mains ; consterné d’avoir par une mauvaise idée et maladresse fait glisser le ballon contre son camp jusqu’au filet. C’est le risque qu’ont pris les auteurs de l’Initiative 1.12 qui ne veut pas qu’un salaire d’un dirigeant d’entreprise soit plus que 12 fois plus élevé que le salaire le moins élevé. Pourtant le sentiment qui se cache derrière cet Initiative est compréhensible. Notre ministre de l’économie, le Conseiller fédéral Schneider Amann en convient, d’ailleurs, lui qui, il y a dix ans en tant que Chef d’entreprise et Président de l’Association de l’Industrie des machines mettait en garde contre les abus de rémunérations, provocateurs, indécents et susceptibles d’entrainer un jour une réaction visant à un contrôle étatique. Eh bien nous y sommes.

Dans la Suisse de l’Ancien régime les Gouvernements patriciens de Berne, Zurich et Bâle interdisaient aux privilégiés d’afficher un luxe ostentatoire de nature à provoquer l’envie et l’irritation, propres à perturber un ordre social généralement admis. C’était d’ailleurs l’époque où les élites, peu enclines à une perspective de démocratie, estimaient de leur devoir de montrer un exemple de vertu et de mesure. On ne devrait pas trop en rire car cela n’avait pas que des côtés négatifs. De même peut-on regretter que la démocratie et la liberté économique aient perdu certains repères et certaines mesures. Cela étant il faut être clair : cette Initiative est mauvaise par essence et offre des suites éventuelles dangereuses.

Mauvaise car il n’appartient pas à l’Etat  de régler l’échelle des salaires dans l’économie privée. La question du salaire minimum peut se poser, bien qu’une telle norme ait elle aussi des effets négatifs. On l’a souvent dit, le recrutement de hauts cadres pour des entreprises suisses ne peut échapper au marché de travail à ce niveau qui dépasse nos frontières ; sauf à nous priver de personnes dont on a besoin. Certes, il y a l’indécence dont on semble un peu se rendre compte puisque les rémunérations des grands managers seraient, parait-il, à la baisse. Il est vrai que l’on n’avait pas vu arriver le succès de l’Initiative Minder. Mais il s’agissait là de mettre les grandes rémunérations sous le contrôle de l’Assemblée des actionnaires. Il n’y avait pas irruption et corsetage de l’Etat. Bref, avec la réussite de cette Initiative la Suisse tournerait en partie le dos à ce principe de liberté de l’Economie privée qui a tellement profité à l’ensemble de la population. Comparons nos structures et nos pratiques à celles de la France et comparons aussi les deux situations économiques et sociales.

Et il y aurait très vite d’autres conséquences. Les Cantons et la Confédération perdraient  des impôts. La Confédération perdrait des ressources pour l’AVS. Ces pertes probables ont été évaluées et sont importantes. Indirectement un affaiblissement économique et du chômage seraient à craindre.

Alors quoi ! Notre pratique des négociations entre partenaires sociaux, lesquelles imprègnent particulièrement les grandes entreprises, n’ont –elles pas démontré leur efficacité ? Pourquoi nous éloigner de cette voie si helvétique ? Une réflexion quelque peu pointue ne peut qu’amener au rejet de cette Initiative.

Elle fait appel à l’émotion, c'est-à-dire à une irritation devant des rémunérations ressenties comme indécentes. Il y a évidemment une connotation d’envie chez certains, peut être de jalousie envers tel ou tel dont les médias font étalage. Or, ces sentiments, encore une fois pour compréhensibles qu’ils soient, ne font pas de bonne politique. On veut croire à un retour progressif des bases éthiques et des repères, à un meilleur sens de la mesure parmi les cercles  de la libre économie ; cela aussi en prise de conscience du sentiment populaire. En revanche, blâmer ne veut pas dire dériver. Cette Initiative éloignerait peut être quelques privilégiés au scintillement d’argent indécent mais elle nuirait surtout au plus grand nombre des non privilégiés. Il faut résister à ses humeurs et voter lucidement non.  

 

17:07 | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

11/11/2013

Bonne chance au Gouvernement collégial

Bonne chance au Gouvernement collégial

Il fut un temps pour s’inquiéter, il est le temps d’espérer. Une majorité des électeurs a voulu un Conseil d’Etat où soient représentées les trois alliances présentes au Grand Conseil. Des électeurs PDC et surtout PLR ont barré Isabel Rochat et, ou, rajouté Mauro Poggia. Souvent le raisonnement fut de distinguer l’élection du Gouvernement au scrutin majoritaire de l’élection du Parlement au scrutin proportionnel par liste. Pour le Gouvernement on choisit aussi des personnalités et l’on peut voter pour des candidats divers et représentatifs que l’on désire voir collaborer. Bien sûr cela se tient. Pourtant, il serait normal de considérer aussi que certains partis ont l’habitude de la répartition des rôles entre l’exécutif et le législatif tandis que d’autres voient plutôt un combat simultané, aux deux échelons du pouvoir,  de leur force politique. Les commentaires, dimanche soir, d’Eric Stauffer allaient plutôt dans ce sens. Mais il est vrai que Mauro Poggia évoquait la possibilité pour lui, dans certains cas, d’expliquer à ses troupes le pourquoi de certaines décisions du Collège et faisait miroiter son influence afin de les faire accepter par les siens au Grand conseil. Dont acte. On veut le croire.  

Oui, le moment est venu du pari sur l’espoir et du désir sincère de se laisser gagner par la confiance. Nous voulons croire à une alchimie de collégialité dans le mouvement et dans une optique d’intérêt général. On peut penser que les quatre élus de l’Entente joueront  un rôle déterminant à cet égard sous l’impulsion d’un Président qui sera évidemment l’un d’eux.   Nous voulons croire que ce Collège saura organiser, dans le respect du huis clos, les inévitables et normales confrontations de positions initiales sur les sujets délicats ; et qu’ensuite ce Collège gouvernemental présentera et défendra comme tel sa position devant un Grand conseil qui ne manquera pas d’être agité, et devant l’opinion.

Un dernier mot pour saluer la dignité, le cran et la classe d’Isabel Rochat dimanche soir. Gageons que son image de maillon faible n’eût pas été la même si ses collègues ne lui avaient pas attribué, il y a quatre ans, ce Département de la sécurité alors en pleine instabilité. Des hésitations et des pannes de communication ont masqué le travail de fond commencé dont a bénéficié son successeur.

Il a été dit qu’avec l’échec personnel d’Isabel Rochat c’était un échec libéral. C’est se connecter sur le passé. Au moment de la fusion libérale-radicale, il y eut deux Libéraux et un Radical. Puis, à cause des circonstances que l’on sait, deux anciens Radicaux et une ancienne Libérale. Nous voici avec deux anciens Radicaux élus en tête. Et alors ? La prochaine fois, après le départ de François Longchamp, on aura peut être bien un ancien Libéral. Il faut partir du neuf : le grand Parti PLR, premier parti du canton, premier groupe du Grand conseil, plaçant en tête ses deux locomotives pour l’élection au Conseil d’Etat et qui donnera le Premier Président du Gouvernement tel que le définit la nouvelle Constitution. Alors, hommage et merci à Isabel Rochat mais pas de résurgence nostalgique aux effets négatifs. Les vrais Libéraux sont aujourd’hui des vrais PLR branchés sur leurs valeurs et tournés vers l’avenir.

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