16/09/2013

vis à vis des criminels: changer l'approche

Vis à vis des criminels : changer l’approche

 

Ce qui suit ne sera pas politiquement correct et ne répondra pas à la modération habituelle de ces chroniques. Ceci ne sera pas cependant l’expression d’une réaction émotive simplement au diapason de l’émotion soulevée par le drame de Bellevue ; mais l’expression d’une réflexion et d’une position de longue date sur le sujet. Il s’agit d’un domaine où une intransigeance voire une dureté sont légitimes.

Les juristes, les magistrats et nombre de politiciens se félicitent du fait que notre Code pénal est, comme on dit, individualisé et largement orienté vers la progression et la réinsertion des  délinquants .  On admire le fait que des condamnations pour des crimes n’entrainent que relativement peu d’années de prison et que le condamné puisse bénéficier souvent rapidement de mesures d’allégement, sorties réglementées, sans parler de la libération conditionnelle bien avant la fin théorique du temps de condamnation. Eh bien nous osons affirmer ici que l’on a fait fausse route.

Il n’est pas question ici de prôner un retour à l’idée de jadis que le sang doit laver le sang et de réintroduire la peine de mort. Mais il est question de redonner la priorité au geste de l’Etat, de la Justice envers les victimes. Il est en fait intolérable pour la mémoire d’une jeune femme ou jeune fille assassinée, pour ses proches que l’assassin puisse être libéré au bout de quelques années, se promener, vivre normalement tandis qu’une vie a été brisée et que des proches ont été cassés irrémédiablement. Pour cette raison déjà des crimes de sang devraient être sanctionnés beaucoup plus durement beaucoup plus longtemps. Il y a des cas où la condamnation à perpétuité devrait être vraiment à perpétuité. Et que l’on ne nous fasse plus pleurer sur le prisonnier mais, jusqu’au bout, sur la victime et ses proches. On nous dit que le condamné ne s’amende pas si le séjour carcéral dure trop longtemps. Et alors ? D’une manière générale, par rapport à certains crimes vraiment odieux, particulièrement ceux qui traduisent une pathologie terrible nous ne croyons pas aux possibilités d’un changement fondamental. Pourtant, dans les cas où il semble y en avoir une chance, à tout le moins la porte entre ouverte ne doit elle l’être qu`après longtemps. Et l’action doit être entourée de mille précautions, d’une surveillance étroite durant, elle aussi, suffisamment longtemps. C’est le souci de sécurité qui doit passer avant la chance offerte. C’est tout le contraire de ce qui a eu lieu lors des tragédies que l’on a connues. Le fait que ces tragédies sont en petit nombre par rapport aux sorties réussies n’est pas un argument. Nous ne pouvons d’ailleurs nous défendre de l’impression que nombre de  repentis ont davantage peur de la spirale qu’ils ont connue plutôt que d’être tenaillé par un  profond et bouleversant remords menant à une rédemption. N’est pas le héros du crime et châtiment de Dostoiewski qui veut et les feux verts des responsables de l’application des peines font plus penser au passage de l’éponge sur un tableau noir qu’à une lumière surgissant de l’âme. Mais,  encore une fois, si une porte doit être ouverte vers une réinsertion : beaucoup de temps avant et mille précautions.

Quelle dureté nous jetteront des contradicteurs. Eh bien oui. Il y a une balance à tenir. A force d’individualiser la norme et l’application pénales on a, --qu’on le reconnaisse ou non--, relativisé la valeur de la vie, l’exigence du respect de l’intégrité physique, la référence  solennelle à cette valeur sacrée de la part de l’Etat démocratique. On banalise le mal. Or, pour la société, la nécessité de cette référence est bien plus importante que ce chemin pénal vers l’individualisation de la peine et la priorité donnée à la volonté de réinsérer. Il y a des choix, précisément, de société. On ne peut pas toujours tout concilier.

Oh, cette banalisation touche aussi la petite délinquance, vols et autres. Au demeurant on observe ici un glissement de ces actes contre le patrimoine vers plus de violence contre les personnes.

Bref, nous pensons que notre Etat, notre justice, les autres instances concernées ont fait fausse route. Il ne s’agit pas de populisme, d’envie de hurler avec les loups vertueux. Nous pensons qu’il faudrait, avec d’autres repères, une inversion accentuée des priorités, une révision profonde du Code pénal et de son application judiciaire et administrative. Qui osera le proposer clairement au Parlement ? En attendant, les professionnels du pénal trop enfermés dans leurs pratiques qu’ils estiment humanistes, --alors qu’ils relativisent inconsciemment le caractère sacré de la personne humaine--, oseront ils admettre que, même avec le système actuel il importe de durcir considérablement l’application ?  

19:19 | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

12/09/2013

Les sens de l'armée

Les sens de l’armée

 

Une fois de plus on va voter sur l’armée. Cette fois le Groupement pour une Suisse sans armée essaye le tir de biais. Ayant échoué à obtenir sa suppression pure et simple il tente de convaincre qu’une armée purement professionnelle serait bien plus opportune. Et il veut nous persuader que ce serait bien moins cher ; l’agent dégagé pouvant alors servir à des dépenses sociales tellement plus importantes.

L’ennui pour lui est que les experts démontrent qu’une armée professionnelle serait plus chère pour l’Etat, donc pour les contribuables. Il aurait pu évoquer les entreprises dont les absences de leurs employés et cadres pour cause de service militaire posent quelques problèmes d’organisation. Mais ce n’est vraiment pas leur souci. Bref, sur le terrain en trompe l’œil qu’il a choisi dans l’idée de vider peu à peu notre armée de sa substance, le GSSA ne trompera évidemment pas la majorité des citoyens qui voteront.

Reste donc à rappeler quelques éléments d’analyse justifiant notre armée de milice.  Il est vrai qu’elle n’a pas eu à se battre contre des ennemis extérieurs depuis la création de l’Etat fédéral en 1848. On se souviendra tout de même qu’elle a préservé l’unité du pays lors de la guerre du Sonderbund. Mais, surtout, avec tous les problèmes et les couacs que les historiens ont débusqués elle a été déterminante lors des deux guerres mondiales qui ont ravagé l’Europe. Elle a été la pierre angulaire d’une politique de Neutralité qui nous a valu notamment la Croix rouge internationale et toute la Genève internationale au service de la paix et du monde. Au travers de variations  et de turbulences notre armée de milice a été et demeure un volet essentiel de notre politique de sécurité, de notre politique étrangère.

Et pourquoi de milice ? Autour d’un noyau de cadres  professionnels les citoyens miliciens donnent la substance humaine, démocratique à cette volonté de défense sans laquelle un pays accepte de ne plus avoir de prise sur son destin en cas de malheur. Bien sûr, personne n’imagine encore un risque direct d’invasion. La continuité dans une préparation limitée mais de qualité à la défense du pays, donc la préservation d’un cœur de compétences n’en est pas moins nécessaire. Et c’est bien ce que les autres pays attendent de nous aussi.  C’est une affirmation identitaire à la fois matérielle et politique. On aimerait que s’étoffe le volet de la participation  à des actions de paix sous l’égide de l’ONU. Il s’agit d’un débat qu’il convient de mener contre les tenants d’une conception trop axée sur la défense du territoire. Mais c’est une autre discussion.

Insistons également sur l’aspect fédérateur d’une armée de milice qui incorpore des jeunes gens de toutes les régions du pays. Ni la cohabitation de nos cultures ni notre fédéralisme ne sont des dons du ciel acquis pour l’éternité. Il y faut un sentiment commun d’appartenance  nationale, d’adhésion à une culture politique. L’armée de milice est sur ce point un élément clé. Les experts ajoutent que la qualité des miliciens impressionne souvent les observateurs étrangers et que les synergies entre expériences civiles et militaires sont loin d’être négligeables. Alors, bien sûr, il y a les pertes de temps,  les instructions défaillantes, la rencontre, parfois, avec des chefs médiocres et se valorisant dans l’autoritarisme simpliste. Mais c’est un peu comme dans nombre de secteurs de la vie. Certes, bien des choses sont à maitriser, améliorer. Mais là encore. Sans doute, beaucoup échappent au service militaire. Assurément les réflexions sur un vaste service national méritent discussions. Tout cela n’invalide en rien le fait que notre armée de milice, avec le principe de l’obligation de servir fait partie de notre histoire, de notre présent et doit nécessairement faire partie de notre avenir. Vouloir sa mort c’est ne plus comprendre ni vouloir vraiment la Suisse.

19:24 | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | | |