12/09/2013

Les sens de l'armée

Les sens de l’armée

 

Une fois de plus on va voter sur l’armée. Cette fois le Groupement pour une Suisse sans armée essaye le tir de biais. Ayant échoué à obtenir sa suppression pure et simple il tente de convaincre qu’une armée purement professionnelle serait bien plus opportune. Et il veut nous persuader que ce serait bien moins cher ; l’agent dégagé pouvant alors servir à des dépenses sociales tellement plus importantes.

L’ennui pour lui est que les experts démontrent qu’une armée professionnelle serait plus chère pour l’Etat, donc pour les contribuables. Il aurait pu évoquer les entreprises dont les absences de leurs employés et cadres pour cause de service militaire posent quelques problèmes d’organisation. Mais ce n’est vraiment pas leur souci. Bref, sur le terrain en trompe l’œil qu’il a choisi dans l’idée de vider peu à peu notre armée de sa substance, le GSSA ne trompera évidemment pas la majorité des citoyens qui voteront.

Reste donc à rappeler quelques éléments d’analyse justifiant notre armée de milice.  Il est vrai qu’elle n’a pas eu à se battre contre des ennemis extérieurs depuis la création de l’Etat fédéral en 1848. On se souviendra tout de même qu’elle a préservé l’unité du pays lors de la guerre du Sonderbund. Mais, surtout, avec tous les problèmes et les couacs que les historiens ont débusqués elle a été déterminante lors des deux guerres mondiales qui ont ravagé l’Europe. Elle a été la pierre angulaire d’une politique de Neutralité qui nous a valu notamment la Croix rouge internationale et toute la Genève internationale au service de la paix et du monde. Au travers de variations  et de turbulences notre armée de milice a été et demeure un volet essentiel de notre politique de sécurité, de notre politique étrangère.

Et pourquoi de milice ? Autour d’un noyau de cadres  professionnels les citoyens miliciens donnent la substance humaine, démocratique à cette volonté de défense sans laquelle un pays accepte de ne plus avoir de prise sur son destin en cas de malheur. Bien sûr, personne n’imagine encore un risque direct d’invasion. La continuité dans une préparation limitée mais de qualité à la défense du pays, donc la préservation d’un cœur de compétences n’en est pas moins nécessaire. Et c’est bien ce que les autres pays attendent de nous aussi.  C’est une affirmation identitaire à la fois matérielle et politique. On aimerait que s’étoffe le volet de la participation  à des actions de paix sous l’égide de l’ONU. Il s’agit d’un débat qu’il convient de mener contre les tenants d’une conception trop axée sur la défense du territoire. Mais c’est une autre discussion.

Insistons également sur l’aspect fédérateur d’une armée de milice qui incorpore des jeunes gens de toutes les régions du pays. Ni la cohabitation de nos cultures ni notre fédéralisme ne sont des dons du ciel acquis pour l’éternité. Il y faut un sentiment commun d’appartenance  nationale, d’adhésion à une culture politique. L’armée de milice est sur ce point un élément clé. Les experts ajoutent que la qualité des miliciens impressionne souvent les observateurs étrangers et que les synergies entre expériences civiles et militaires sont loin d’être négligeables. Alors, bien sûr, il y a les pertes de temps,  les instructions défaillantes, la rencontre, parfois, avec des chefs médiocres et se valorisant dans l’autoritarisme simpliste. Mais c’est un peu comme dans nombre de secteurs de la vie. Certes, bien des choses sont à maitriser, améliorer. Mais là encore. Sans doute, beaucoup échappent au service militaire. Assurément les réflexions sur un vaste service national méritent discussions. Tout cela n’invalide en rien le fait que notre armée de milice, avec le principe de l’obligation de servir fait partie de notre histoire, de notre présent et doit nécessairement faire partie de notre avenir. Vouloir sa mort c’est ne plus comprendre ni vouloir vraiment la Suisse.

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Commentaires

"Assurément les réflexions sur un vaste service national méritent discussions. Tout cela n’invalide en rien le fait que notre armée de milice, avec le principe de l’obligation de servir fait partie de notre histoire, de notre présent et doit nécessairement faire partie de notre avenir. Vouloir sa mort c’est ne plus comprendre ni vouloir vraiment la Suisse."

J'aime beaucoup la formulation : d'un côté des réflexions sur un service national méritent discussions et de l'autre il ne faut surtout pas toucher au mythe du citoyen-soldat et de l'obligation de servir. Au fond vous condamnez d'office ceux qui ne seraient pas "alignés-couverts". Finalement ne souhaitez-vous pas simplement la "mort" de ceux que vous accusez, sans savoir, de vouloir la mort de l'armée et qui ne seraient en mesure de ne comprendre ni vouloir vraiment la Suisse. Il y aurait donc votre lecture et une lecture fausse sur l'armée ?

Comme Suisse de l'étranger, j'ai déjà voté et comme vous pouvez vous en douter, j'ai accepté l'initiative. Je ne me considère pas pour autant comme un mauvais Suisse !

Je déplore cette manie bien helvétique de croire que certaines choses sont immuables et auxquelles on ne touche pas. L'armée en est une. Le secret bancaire en est une autre. On voit où cela nous mène.

Je ne m'attarderai pas sur le sempiternels poncifs liés à l'armée comme le pouvoir fédérateur, le mélange de toutes les classes sociales et autres affirmations de comptoir. Si je comprends bien les tenants d'un service obligatoire, il vaut mieux se voiler la face devant les presque 50 % de jeunes qui se font dispenser plutôt que d'admettre qu'il y a un vrai problème et que l'obligation n'est plus qu'une fiction, une espèce de malhonnêteté intellectuelle.

Écrit par : Michel Sommer | 12/09/2013

@Monsieur Eggly combien sont-ils encore aujourd'hui à vouloir comprendre la Suisse ou sa mentalité ancestrale? il suffit de savoir les représailles exercées à l'encontre des citoyens helvètes et ce en immeuble lors d'une demande d' assistance juridique.
Sans doute que le système le plus odieux celui de la pensée unique est entrain de prendre en otage de nombreux cerveaux Suisses et bien d'autres. Comme si à force d'être devenus otages de la machine,les citoyens étaient devenus incapables de réfléchir par eux-mêmes ou devenus trop crédules croyant que TV,Internet soient les seuls outils à propager la vérité et quand on sait le monde actuel ,un monde de fourbes ,mesquins, arnaqueurs et menteurs comme des arracheurs de dents,la dernière phrase mérite vraiment qu'on s'y attarde même au delà de la question du vote concernant l'Armée Suisse
toute belle journée pour vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 13/09/2013

J'ajouterai que l'armée professionnelle d'opérette de 20.000 hommes que suggère le GSSA ne pouvant assumer suffisamment la sécurité du pays (menace grave, cataclysme, terrorisme, etc.), la Suisse devrait faire appel à un pays voisin.
Nous devrions donc conclure des accords plus ou moins contraignants avec l'UE.
En fait donc ce serait un 1er pas (et de taille) vers une adhésion à l'UE ce que la gauche (et donc le GSSA) souhaite depuis des décennies.

Écrit par : Lambert | 14/09/2013

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