26/05/2013

Conseil fédéral: le peuple ne voudra pas d'un cadeau empoisonné

Conseil fédéral : le peuple ne voudra pas d’un cadeau empoisonné

 

Pour la troisième fois depuis 1848 la proposition de faire élire le Conseil fédéral par le peuple suisse est sur la table. Un projet en ce sens de révision de la Constitution fédérale est donc soumis au vote du peuple et des cantons. Or, les sondages prédisent qu’une large majorité du peuple suisse ne voudra pas de ce cadeau empoisonné que veut lui offrir l’UDC. Quelques voix incongrues de gauche, dont celle de Micheline Calmy Rey,  appuient cette Initiative . Les Conseillers fédéraux, pour ces voix là, en tireraient une légitimité plus grande et le Conseil fédéral comme tel une plus grande autorité. Quelle erreur d’appréciation !  

La vérité c’est que l’esprit de cette Initiative se place bien dans la ligne de mire de l’UDC : méfiance envers les organes représentatifs en général, volonté de mettre les institutions et les hommes sous pression populaire, désir d’accroitre la capacité d’opposition interne des élus UDC. Bref il s’agirait d’inverser une culture et une habitude politiques qui tend vers la collégialité gouvernementale et les équilibres fédéralistes.

Certes, les partisans de l’Initiative donnent l’exemple des gouvernements cantonaux, tous élus aujourd’hui par les citoyens de  ces cantons. Or, on observe que les campagnes électorales rendent ensuite plus difficile l’exercice de la collégialité gouvernementale. Mais, surtout, comment comparer ? Dans un canton, même un grand,  le peuple a des échos constants, des repères pour situer les candidats. Avec l’élection du Conseil fédéral par le peuple, il faudra veiller aux équilibres régionaux et linguistiques. Mais les candidats, Suisses allemands ou Latins, devront faire une campagne intense, coûteuse dans tout le pays. A peine élus, ils devront songer à leur réélection et affronter les attaques personnelles ; alors que des non réélections par le Parlement sont vraiment exceptionnelles. Le cas Metzler-Blocher.

Oui il s’agit bel et bien de politiser un système fédéral dont une certaine sérénité est la marque de fabrique remarquée et enviée à l’étranger.  Avec des données confédérales relativement compliquées, n’est-ce pas aux Chambres fédérales que peut se faire le mieux la sélection ? Et si elles n’ont pas toujours élu les meilleurs au Gouvernement le processus dans l’ensemble et la continuité n’a-t-il pas assez bien fonctionné ?

Oh, des changements seraient bienvenus. Une législature de cinq ans au lieu de quatre. Un Président titulaire en même temps des affaires étrangères pour la durée de la législature. Monter de sept à neuf le nombre des membres du Conseil fédéral afin d’assurer en permanence la présence de deux Romands et d’un Tessinois ou d’un Grison italophone.  Quant aux membres actuels du Conseil fédéral on en attendrait davantage encore d’expression collégiale au dessus des partis, un retour d’autorité remettant les présidents de partis à leur place , et une ligne d’action plus claire, plus visible. Un succès de l’Initiative de l’UDC irait assurément en sens contraire. En fait, le Peuple, qui n’est pas dupe, a déjà compris de quoi il retournait dans cette affaire. Le Non à l’Initiative claquera net. Et l’on pourra réfléchir à mieux.

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22/05/2013

Asile: morale et politique

Asile : morale et politique

 

On vote au sujet de la révision de la loi sur l’asile. Les églises ont pris position contre ce projet ; y compris les évêques, ce qui embarrasse quelque peu le PDC. Que les églises estiment de leur devoir de rappeler des principes d’humanité, en se basant notamment sur l’évangile , voilà qui ne peut leur être reproché ; encore que faire au projet un procès de manque total d’humanité serait faux et injuste. Il ne s’agit pas d’une inversion de la politique d’asile mais d’une inflexion comprenant même l’idée de tester certaines mesures. On peut discuter du bien fondé de supprimer la possibilité de déposer des demandes d’asile dans les ambassades sauf cas humanitaires avérés. Mais tous les pays occidentaux ont pris la même décision afin d’enrayer un flux trop facile de demandes. Même réaction commune à propos des déserteurs sauf, là aussi cas particuliers justifiant protection. Reste cette nouveauté de permettre à la Confédération d’organiser dans les bâtiments lui appartenant des centres de regroupements de requérants et de regrouper à part sous surveillance des requérants récalcitrants et posant des problèmes évidents. Or, on attendait quelque chose de ce genre depuis longtemps.  En revanche, qui, --hormis des professionnels de la défense des requérants,-- peut critiquer la volonté d’accélérer les procédures et d’exécuter les décisions de renvoi dans des délais beaucoup plus brefs ?

Cela étant, bien sûr qu’une approche se revendiquant uniquement de la morale et de l’humanité, épousant étroitement la perception de la détresse humaine, y compris économique, incitera à trouver que la loi actuelle est déjà trop dure et que la révision proposée accentue cette dureté .Sur ces sujets il y a un devoir impérieux d’être franc, honnête et de ne pas se tordre dans tous les sens dans les méandres  d’une bonne conscience. La politique ne saurait ignorer la morale, la contredire sans vergogne. La politique doit garder ses repères se réclamant de valeurs fondamentales liées à des racines humanistes et spirituelles. Mais la politique n’est pas sœur jumelle de la morale. Elle a d’autres angles de vue obligatoires, d’autres exigences à observer. Elle ne peut surexposer des cas humains particuliers. Elle a des équilibres, des cohésions de société à sauvegarder. Elle doit aussi tenir compte, sans démagogie mais sans aveuglement, de la sensibilité ambiante et des préoccupations de la population ; par exemple dans le domaine de l’ordre public, de la sécurité et de l’intégration culturelle.   La politique d’un pays se préoccupe nécessairement en priorité de ce qui touche ses citoyens et ses résidents. Il y a donc forcément un écart entre cette approche et celle qui aborde tout être humain en frère, lui ouvre ses bras et son foyer. Jésus surplombe certes de son Amour universel nos vieilles terres chrétiennes mais il n’est pas aux commandes délicates et aux responsabilités diverses de notre pays.  Il y a dans <les frères Karamazov> de Dostoïevski un passage saisissant à cet égard. Tout cela pour dire que la révision de la loi sur l’asile, si elle ne remet pas en cause le statut de vrais réfugiés, n’ira pas sans quelques pressions supplémentaires sur des personnes vulnérables qui cherchent des existences plus enviables. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir ni l’ignorer. La rappel des églises oblige à en prendre conscience. Mais, à la fin, tout étant considéré cette révision est opportune et devrait obtenir l’approbation d’une majorité des citoyens.    

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15/05/2013

Gardes suisses: courage et fidélité

Gardes suisses : honneur et fidélité

 

Il y a un peu plus d’une semaine eut lieu, au Vatican, le serment des nouveaux gardes suisses du Pape. Sur un contingent entre cent dix et cent vingt hommes ils étaient trente cinq nouveaux à s’engager pour au moins deux ans. Anachronique ? Non. Il faut savoir que le Pape a eu des gardes suisses en permanence depuis le début du seizième siècle. Mais la date héroïque est 1528 lorsqu’ils défendirent le Pape contre les soudards de Charles Quint, pourtant Empereur germanique très catholique qui devait, par ailleurs, subir l’entrée en scène de Luther. Mais, depuis l’époque des Carolingiens et pour longtemps, le Pape était aussi chef politique des Etats pontificaux et mêlé de ce fait aux luttes de pouvoir dans la péninsule italienne. Il n’empêche que le sac de Rome fut un scandale de l’époque et que l’exécution du souverain Pontife, chef de l’Eglise catholique, eût été ressentie comme un terrible sacrilège. Il s’en est fallu de peu. Il a fallu le sacrifice héroïque de nombreux gardes suisses et l’exploit pour un petit nombre de conduire le Pape jusqu’au château St Ange par un passage secret. Les successeurs de ce Pape miraculé estimèrent que seuls les gardes suisses étaient dignes d’une totale confiance. Chaque année, une messe commémore cet événement.

Depuis, les Cantons catholiques offrent au Vatican des hommes dévoués et militairement formés  ( ils ont tous accompli leur école de recrues au moins en Suisse). Et leur engagement au Vatican n’a rien de folklorique. Leur serment solennel est dit avec une très forte intensité. C’est un service exigeant méritant bien la devise courage et fidélité.

Il y a de ces choses qui marquent une continuité et ne se démodent nullement. Les Papes récents successifs n’ont plus d’ambition politique. Leur autorité de Chef du Saint siège est appuyée par l’indépendance juridique de l’Etat minuscule du Vatican. Et la vocation est tendue uniquement vers un appel à la spiritualité et à la paix entre les hommes.  Que l’on soit protestant, juif ou musulman ou autre, voire athée on ne saurait nier qu’émane de ce lieu une autorité et une influence morales exceptionnelles. Et il n’est pas indifférent de constater que s’imbrique dans ce mouvement un morceau d’une Suisse armée seulement pour la paix : nos Gardes suisses du pape. Courage et fidélité, ce sont des vertus portées à Rome qui nous honorent.  

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