22/05/2013

Asile: morale et politique

Asile : morale et politique

 

On vote au sujet de la révision de la loi sur l’asile. Les églises ont pris position contre ce projet ; y compris les évêques, ce qui embarrasse quelque peu le PDC. Que les églises estiment de leur devoir de rappeler des principes d’humanité, en se basant notamment sur l’évangile , voilà qui ne peut leur être reproché ; encore que faire au projet un procès de manque total d’humanité serait faux et injuste. Il ne s’agit pas d’une inversion de la politique d’asile mais d’une inflexion comprenant même l’idée de tester certaines mesures. On peut discuter du bien fondé de supprimer la possibilité de déposer des demandes d’asile dans les ambassades sauf cas humanitaires avérés. Mais tous les pays occidentaux ont pris la même décision afin d’enrayer un flux trop facile de demandes. Même réaction commune à propos des déserteurs sauf, là aussi cas particuliers justifiant protection. Reste cette nouveauté de permettre à la Confédération d’organiser dans les bâtiments lui appartenant des centres de regroupements de requérants et de regrouper à part sous surveillance des requérants récalcitrants et posant des problèmes évidents. Or, on attendait quelque chose de ce genre depuis longtemps.  En revanche, qui, --hormis des professionnels de la défense des requérants,-- peut critiquer la volonté d’accélérer les procédures et d’exécuter les décisions de renvoi dans des délais beaucoup plus brefs ?

Cela étant, bien sûr qu’une approche se revendiquant uniquement de la morale et de l’humanité, épousant étroitement la perception de la détresse humaine, y compris économique, incitera à trouver que la loi actuelle est déjà trop dure et que la révision proposée accentue cette dureté .Sur ces sujets il y a un devoir impérieux d’être franc, honnête et de ne pas se tordre dans tous les sens dans les méandres  d’une bonne conscience. La politique ne saurait ignorer la morale, la contredire sans vergogne. La politique doit garder ses repères se réclamant de valeurs fondamentales liées à des racines humanistes et spirituelles. Mais la politique n’est pas sœur jumelle de la morale. Elle a d’autres angles de vue obligatoires, d’autres exigences à observer. Elle ne peut surexposer des cas humains particuliers. Elle a des équilibres, des cohésions de société à sauvegarder. Elle doit aussi tenir compte, sans démagogie mais sans aveuglement, de la sensibilité ambiante et des préoccupations de la population ; par exemple dans le domaine de l’ordre public, de la sécurité et de l’intégration culturelle.   La politique d’un pays se préoccupe nécessairement en priorité de ce qui touche ses citoyens et ses résidents. Il y a donc forcément un écart entre cette approche et celle qui aborde tout être humain en frère, lui ouvre ses bras et son foyer. Jésus surplombe certes de son Amour universel nos vieilles terres chrétiennes mais il n’est pas aux commandes délicates et aux responsabilités diverses de notre pays.  Il y a dans <les frères Karamazov> de Dostoïevski un passage saisissant à cet égard. Tout cela pour dire que la révision de la loi sur l’asile, si elle ne remet pas en cause le statut de vrais réfugiés, n’ira pas sans quelques pressions supplémentaires sur des personnes vulnérables qui cherchent des existences plus enviables. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir ni l’ignorer. La rappel des églises oblige à en prendre conscience. Mais, à la fin, tout étant considéré cette révision est opportune et devrait obtenir l’approbation d’une majorité des citoyens.    

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Commentaires

Charité bien ordonnée commence par soi-même.
www.pierrejenni.ch/blog/52-votation-federale-du-9-juin-2013

Écrit par : Pierre Jenni | 22/05/2013

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