20/04/2013

Asile: être plus ferme mais sans dérive

Asile :être plus ferme mais sans dérive.

 

La migration non contrôlée utilisant notamment la procédure de demande d’asile empoisonne les pays européens dont la Suisse. Il faut être clair et renoncer à une langue de bois de bonne conscience. Oui, les migrants sauvages et les demandeurs  d’asile viennent de régions où la vie est difficile. Oui, il y a de la détresse humaine et des espoirs de trouver une vie meilleure.  Oui leurs tentatives sont souvent compréhensibles et nombre de ceux qui chez nous vitupèrent  feraient de même à leur place. Mais lorsque l’on a dit cela, qu’a-t-on dit qui puisse déterminer une attitude adéquate ? Certes, la Suisse a une tradition humanitaire. Ceux qui peuvent vraiment arguer d’une persécution ou d’un risque à cet égard doivent bénéficier chez nous d’un asile provisoire ou durable.  Limiter arithmétiquement le nombre des arrivants, selon les schémas UDC n’est donc ni acceptable ni réaliste. Mais contrôler, accélérer les procédures, renvoyer dès que possible et autant que possible : voilà qui est nécessaire et attendu par notre population. Faute, trop souvent, d’accords de réadmission avec les pays de provenance une incitation des intéressés à repartir est également nécessaire. Il y a une certaine aide financière au retour qui est envisageable. Mais il y a aussi le regroupement dans des centres pour requérants, qui est légitime, avec surveillance accrue sur les récalcitrants qui posent problèmes.  Désormais la Confédération va prendre la responsabilité directe de tels centres.  Il faut bien sûr que les conditions posées aux requérants ainsi regroupés demeurent  dignes, ce qui doit être contrôlé. Mais il faut aussi que cela dissuade nombre de requérants déboutés de s’incruster envers et contre tout, que cela les incite, de guerre lasse, à repartir. Oui, soyons clair, ce n’est pas très sympathique ni à la pointe de l’empathie humaine. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir et en être fier. Mais si la politique est l’art de trouver des équilibres elle est aussi l’obligation de placer des accents dominants, des priorités dans le cadre de ces équilibres. La préservation de notre population devant le risque d’une migration non maitrisée est prioritaire. Jusqu’à un certain point, le souci de protéger les Suisses passe avant la compréhension envers ces migrants. En ce sens, la révision de la loi sur l’asile, attaquée par référendum, méritera d’être soutenue en votation populaire.

Priorité, donc, jusqu’à un certain point. Mais pas au-delà et attention au risque de dérive. Une majorité de centre droit du Conseil national a voté la possibilité pour les autorités de police voyant arriver de tels migrants de prélever, d’office et à priori l’ADN de ceux que l’on considère comme étant à risques : c'est-à-dire susceptibles de commettre des délits. Les Maghrébins, Africains, Balkaniques sont évidemment visés car ils nourrissent les statistiques sur les délinquants. L’idée avait été lancée par le chef de la police neuchâteloise. Aux Chambres, le président en personne du PDC l’a relayée. Ainsi, rechercherait-on plus efficacement des auteurs de délits en visant le cercle des suspects potentiels. On voit, certes, le gain de temps et d’efficacité souhaité. Mais cette mesure s’adressant à une catégorique de gens en regard de leur provenance, de leur nationalité, de leur ethnie a quelque chose de choquant. Même si ce n’est pas l’arrière fond idéologique, on y renifle comme un parfum de racisme. Franchement, ici, le point d’asymétrie inévitable dans l’équilibre est dépassé. Le Centre droit au Parlement n’aurait pas dû voter cela. Il serait tout différent de prélever systématiquement l’ADN d’un suspect particulier à l’occasion d’un délit et de le filer ainsi plus facilement dans un chemin probable de récidive. Ce serait de bonne police et de bonne prévention. Mais un arrosage scientifico-policier par catégories : non.

A la fin, tout est question de priorités politiques dans un cadre où les contours moraux doivent être aussi dessinés. C’est compliqué. Mais c’est la vraie politique.

 

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09/04/2013

Transparence: des effets pervers

Transparence : des effets pervers

 

Eh bien tant pis si ce propos choque et va à l’encontre du politiquement tellement correct chanté à l’unisson depuis quelques semaines. Il n’est de mots que pour prôner la transparence. Les personnalités publiques devraient tout dire sur leur patrimoine, jusqu’au dernier centime. Leur vie privée devrait être un livre ouvert à tout venant.  Certains journalistes s’en délecteraient encore davantage plutôt que de lire leurs classiques qui leur offriraient pourtant un peu de culture.  La sphère intime, la confidentialité, la discrétion sur les éléments personnels et financiers, tout cela jeté aux orties. Enfin de la pureté. Eh bien cette évolution a autant de défauts que de qualités. Des effets pervers sont à redouter. Combien de fois l’enfer des hommes a-t- il été produit par des porteurs de bonnes intentions.

Et mettons jusqu’au bout les pieds dans le plat. Le secret bancaire attaqué, laminé, en partie moribond n’était-il que l’outil permettant à des gens riches, largement des clients étrangers, de fuir leurs fiscs inquisiteurs ! Ce n’est pas jouer les enfants de cœur que de rappeler que le secret bancaire était lié à une notion de protection de la sphère privée financière nullement dénuée de valeur. Et si, sans aucun doute, il y a beaucoup plus de tentation d’évasion fiscale en France et ailleurs qu’en Suisse, comment ne pas y voir aussi une nature bien différente des rapports entre le citoyen-contribuable et l’Etat ; à commencer par le fait que le citoyen suisse peut voter sur la grille des impôts. C’était déjà le rassurant Antoine Pinay, ministre français des finances dans les années 1950, qui disait qu’il avait su restaurer la confiance et que des capitaux français étaient revenus en nombre. Ce n’est évidemment pas l’équipe de François Hollande qui va réussir cet exploit. Leur seule arme est la menace et le bâton.

Quant à l’hypocrisie des pays anglo-saxons, Etats-Unis en tête, elle est incroyable. Les instruments financiers sophistiqués et opaques, les trucs habiles et compliqués, où les trouve-t-on sinon dans certains coins et recoins anglo-américains.

Mais laissons cela et revenons à l’inquiétude principale. On veut remplacer la perte de confiance envers les Etats par un surcroit d’Etat fouineur et punisseur. Est-ce un avenir prometteur pour nos sociétés que cette relation malsaine entre les individus et l’Etat ? Est-ce vraiment un progrès lorsque tout un chacun et les médias peuvent tout savoir, à tous égards et en tous domaines sur des personnalités publiques ? Est-ce un bienfait que de favoriser la pause exhibitionniste chez les uns et le goût du voyeurisme chez les autres ? Le Danemark, la Suède, les Etats-Unis, puisqu’on en parle, sont-ils vraiment des modèles à suivre complètement ?

Bien sûr ceux qui ont abusé, provoqué , choqué ont une lourde par de responsabilité  dans ce qui arrive. Quelques banquiers de l’UBS et d’ailleurs ont plus fait contre notre secret bancaire que les attaques venues de l’étranger. Toutefois, on est en droit de se demander si tout cela ne fait pas dériver nos sociétés vers une sorte d’uniformité, de platitude où les personnes existeraient de plus en plus dans leur image et le regard des autres ; de moins en moins dans leur conscience et leur profondeur intime. Car ce que l’on salue comme un pas vers la morale s’inscrit en fait dans un ensemble que l’on ferait bien d’analyser complètement. Il faut que des hommes et des femmes soucieux de préserver la liberté, l’autonomie, la conscience et la responsabilité de la personne, ainsi que le respect que l’on doit à sa sphère intime aient une parole assez libre pour critiquer ce mouvement déshumanisé vers une transparence tous azimuts.            

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