26/03/2013

Eclipse d'Europe

Eclipse d’Europe

 

La Suisse se porte mieux que presque tous les autres pays d’Europe : économiquement, financièrement et politiquement s’entend. Faut-il s’en réjouir ? Oui bien sûr mais l’évolution du continent européen nous englobe, à commencer par celle de son noyau, l’Union européenne. Bruxelles fait face, vaille que vaille aux crises successives. Chypre est illustrative d’une structure déséquilibrée. C’est spectaculaire mais cela reste sans doute un peu marginal ; sauf que l’effet de contagion est toujours à redouter. A cet égard la situation de deux pays fait peur : celle de l’Italie mais aussi celle de la France. A propos de cette dernière un banquier avait récemment cette formule inquiétante : on a placé le malade sous perfusion, cela ne se voit pas trop mais rien de décisif n’est entrepris pour une guérison. En fait, les Socialistes français, coincés dans les pinces de leur majorité, maudissent peut être en secret leur succès du printemps de l’année dernière. Il y a vraiment des printemps 2012 qui laissent pousser des fruits amers, et pas seulement dans les pays arabes.

En arrière fond de ces crises y a-t-il pour la place de l’Europe dans le monde une tendance lourde ? On sait bien que sa suprématie historique a décliné avec la première guerre mondiale. Mais aujourd’hui, où sont les vecteurs de croissance ? En Chine, en Inde, en Amérique latine, dans d’autres pays d’Asie, avec des Etats Unis qui gardent du ressort. Ne tombons pas dans le pessimisme mais des pays sont forts économiquement lorsqu’émerge une forte classe moyenne. Et c’est bien dans ces pays qu’on la voit s’élargir. Certes, il ne faut pas ignorer les ombres. En Chine, par exemple, en Inde aussi il y a des gens immensément riches mais des gens infiniment misérables. Quant à certaines conditions de travail scandaleuses, n’en parlons pas. Toutefois, une classe moyenne de consommateurs s’affirme. Et certains pays comme la Chine non seulement exportent de plus en plus mais investissent à l’extérieur, colonisent même pourrait-on dire ; pas seulement en Afrique mais aussi en Europe. Dans le même temps, la classe moyenne dans les pays européens tire la langue et supporte mal l’étalage de richesses d’une frange étroite, mais que les médias voyeurs rendent provocante. Ajoutons à ce tableau les évolutions démographiques respectives. Bref, n’en jetons plus…

Eh bien, nous les Européens nous devrons bien nous habituer à ces déplacements de poids et d’influence. Il y a éclipse sans retour probable à un soleil européen éclatant. Mais cela n’entraine pas une fatalité d’0bscurcissement pérenne, encore moins d’une disparition. L’Europe a ses racines culturelles, spirituelles que l’ouverture aux autres cultures à travers l’immigration ne doit pas effacer. Elle a ses valeurs, dont le principe de laïcité dans la vie publique et les droits de l’homme.  Enfin, moyennant des réformes et des adaptations courageuses, un retour à une exigence de vivre selon ses moyens, tant pour les Etats que pour les particuliers,  un accent mis sur la formation, la qualité et un effort accru de compétitivité l’Europe pourra asseoir sa place dans une constellation mondiale bouleversée. Rien de plus, sans doute, mais rien de moins si la lucidité, la volonté et l’effort sont au rendez vous fixé par l’histoire.  

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