03/03/2013

Minder n'est pas italien mais...

Minder n’est pas italien mais…

 

Pas de surprise avec l’acceptation massive de l’Initiative Minder contre les rémunérations abusives. Tous l’attendaient. Economie suisse savait que tout son argent utilisé contre elle avait filé vers le ruisseau qui emporte les objets mal utilisés. On ne surmonte pas l’impression générale de dérives malsaines et une aspiration profonde à plus d’éthique avec de la monnaie argumentée sonnante mais trébuchante. Reste que cette Initiative n’indique pas la meilleure solution. Reste que des débats parlementaires difficiles vont avoir lieu pour élaborer une loi d’application.

Evidemment, on voit mal comment la Suisse, seule dans son coin, pourrait être un censeur des bonnes mœurs en la matière concernant les sociétés cotées en bourse alors que ces sociétés appartiennent, en fait, à des propriétaires (actionnaires) largement internationalisés. On verra. Il n’empêche que cette acceptation traduit la méfiance grandissante de la population envers les responsables de l’économie et de la finance. Et cela est grave. On ne croit pas à leur capacité d’en revenir à la mesure, à la décence, à la conscience des repères nécessaires pour préserver la cohésion du corps social. Bref, on pense qu’il faut imposer des contraintes légales à ceux qui ont perdu la boule et le sens inné de l’éthique. Malheureusement, <l’éthique> réglementée, l’intervention étatique entrainent des effets négatifs à leur tour. C’est ici ,dira-t-on, une obsession mais tant pis : le libéralisme ne peut vivre et survivre que sur une chemin retrouvant les repères de l’éthique ; et cela à l’échelle mondiale. A défaut, tout est imaginable : retour des protectionnismes, populismes, et même affaissement des démocraties.

Il ne faut pas peindre frénétiquement le diable sur la muraille. Mais les élections italiennes font peur. Ne comparons pas le sérieux Conseiller aux Etats suisse allemand Minder avec celui que l’on qualifie de Coluche transalpin. Il n’empêche que le succès invraisemblable de son mouvement résonne comme une gifle sonore et sans appel aux partis constitués comme tels. Les Italiens n’ont jamais eu beaucoup d’estime envers leur classe politique. Le succès d’un Berlusconi était déjà une sorte de nique au jeu traditionnel. Mais cette fois, on se demande comment les choses vont être gérées, même en faisant la part de l’inventivité théâtrale latine. L’idée du Mouvement devenu arbitre est de faire réagir au coup par coup ses adhérents, objet par objet traité au Parlement. Une sorte de participation directe donc, comme dans un concours télévisé de téléréalité. Ne serait-ce pas la fin de la politique conçue comme un programme réfléchi, conçu et réalisable  ? Ne serait-ce pas la fin d’un vrai rôle institutionnel pour un Parlement digne de ce nom ? Et bien sûr, la péripétie italienne a de qui inquiéter tous les pays européens. Pas seulement sous l’angle des préoccupations monétaires, financières, économiques et sociales. Le risque d’une contagion de la méfiance est grand. Marine Le Pen, par exemple, pourrait bien représenter bientôt près de 20% des voix en France. Imaginons ce que cela donnerait avec un retour au mode de scrutin proportionnel aux élections législatives.

En fait, la question d’une confiance générale à restaurer sur une base éthique retrouvée et diffusée devient un enjeu européen et au-delà. Les volets économiques et financiers ne pourront plus être dissociés de la dimension morale et d’une exigence de cohésion sociale suffisante.  Oh, ne jouons pas à l’angélisme. Les confrontations sociales et politiques sont inévitables. Mais le danger commence lorsque tout glisse vers une méfiance sans retour et une agressivité ne voyant plus de raison à se tempérer. L’orchestre européen nous offre une drôle de musique. Et si La Suisse fait du violon solo plus harmonieux, ses derniers raclages de corde montrent que les pierres qui tiennent notre bel édifice helvétique peuvent aussi subir l’érosion.      

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Commentaires

Cela prouve une chose : beaucoup de citoyens suisses sont aussi italiens...
Ada marra, Sandrine Salerno, des millions et des millions d'autres originaires de partout sauf d'ici. Les Suisses votent comme des Suisses, les Italiens, même avec un passeport suisse, votent comme des Italiens, etc...
Mais évidemment, cela n'est pas admis dans la doxa libéralo-gauchiste d'aujourd'hui...

Écrit par : Géo | 03/03/2013

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