18/02/2013

Respect d'un Protestant pour Benoît xv1

Respect d’un Protestant pour Benoît xv1

 

Les Protestants sont toujours un peu ébahis par les procédures et le décorum du Vatican. Les plus grinçants ne manquent pas d’évoquer le coût de tout cela. Pourquoi donc ne pas reconnaître les spécificités cohérentes de chacune des églises chrétiennes. On ne soulignera jamais assez l’importance historique, culturelle, intellectuelle et morale de la Réforme. On n’insistera jamais assez sur son apport déterminant à l’identité genevoise par exemple. Mais soyons francs. Dans un temple protestant, si le sermon n’est pas prenant, que reste-t-il pour alimenter la ferveur ? l’émotion, la vibration des sens n’y trouvent guère leur compte. C’est pourtant dans cette intériorité sobre que se trouve la marque de fabrique originelle. Mais on voit bien la difficulté de la transmission et que l’expansion se fait du côté des églises évangéliques, voire des méga churchs dont on saisit les reflets à la télévision. Ce spontanéisme dirigé par des plus ou moins gourous exaltés laisse plus que songeur.

L’Eglise catholique, elle, tente, à travers les siècles, de réunir des sensibilités diverses aux abords d’une ligne tracée et garantie par une hiérarchie au sommet de laquelle se trouve le Pape. Il y faut donc une sacralisation du fonctionnement de tout l’appareil, notamment autour du Pape. Reconnaissons qu’il y a dans cette procédure d’élection par un collège de cardinaux un rituel dont le parfum de sacré est certainement tonifiant pour l’Eglise et ses fidèles. Vouloir rompre avec tout cela au motif que la valeur démocratique, aujourd’hui, suppose la simplicité et la proximité de la part des pouvoirs   est transposer sommairement ce qui vaut dans le monde laïc au registre compliqué et subtil d’une église plus que deux fois millénaires. Sa force est aussi de ne pas être à la pointe de la mode. Alors, bien sûr, ces procédures, ces rituels, cette ambiance de cour favorisent les luttes internes de pouvoir ; ce que le Pape vient précisément de déplorer dans son dernier discours devant les fidèles rassemblés sur la Place St-Pierre. Mais les fidèles protestants qui ont eu vent de certaines intrigues dans certaines paroisses conviendront  que, d’une autre manière certes, ce n’est pas d’une nature très différente des hautes manœuvres cardinalesques.

Evidemment, un défi pour un Pape d’aujourd’hui, est de concilier la solennité, voire la pompe inhérentes au système avec une simplicité personnelle, une communication fraternelle envers les spectateurs, les auditeurs, les interlocuteurs. C’est dans un tel mélange réussi que peut se fortifier une communion et une unité. Or, vue sous cet angle, l’abdication de Benoît xv1 , est un modèle du genre. La modestie, l’intériorité de ce Pape sont évidentes. Sa manière de ne pas s’accrocher au pouvoir, bien que sacré et précisément parce qu’il l’est, est impressionnante.   Il a mesuré l’étendue de la responsabilité et la fragilité de ses forces. Il en a déduit sa décision.  

Alors, déjà beaucoup disent que c’est le seul  acte novateur de ce conservateur. Mais, là encore, combien mélangent les genres. Si, par exemple, des Gouvernements et des Parlements se réjouissent d’instituer le mariage pour tous, en décrétant que  tout est équivalent à tout à l’aune de l’amour déclaré,  et que le droit à l’enfant est un droit également unisex, l’Eglise catholique comme telle, avec son magistère, doit-elle monter aussitôt dans ce bateau aux gouvernails s’agitant en tous sens ?   On peut gager que le prochain Pape ne variera pas sur ces grandes questions. Tout juste peut-on espérer qu’il maintiendra une ligne, des recommandations mais en n’exprimant pas de condamnation envers ceux qui ne la suivent pas et en affirmant l’amour divin pour tous.  Avec les églises protestantes, c’est à la fois plus simple et plus confus.   L’église vaudoise fait un pas  vers le mariage pour tous ; l’église genevoise pas encore. Ici, on a le débat public au sein d’églises fortement laïcisées dans leur mode de fonctionnement, là on a une Eglise qui ne peut infléchir sa ligne que prudemment et sans se déliter ; au risque, c’est vrai, d’une perte d’audience dans sa périphérie. Mais, de toute manière, la perte du sentiment religieux dans nos pays n’est-elle pas le vrai problème ?  

Bref, les Papes de ce siècle auront à vivifier les chemins de la spiritualité tout en ouvrant toutes leurs antennes sur les réalités du monde. Franchement, un Protestant affranchi de toute méfiance viscérale et comprenant la place et les rôles des uns et des autres ne peut que saluer avec respect le Pape qui se retire.

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07/02/2013

sport argent et société

Sport argent et société

 

L’argent est le véhicule nécessaire au fonctionnement de l’économie libérale. Et, hors peut être de phases initiales ou intermédiaires très particulières, la liberté économique est le seul levier efficace menant vers la prospérité. La crise actuelle, aux multiples causes, ne contredit pas ce fait. Aucun volontarisme politique pour diriger l’économie n’a jamais garanti l’avenir ; que ce soit par exemple en France le Colbertisme, le Blocus continental napoléonien ou l’actuel socialisme à la française.  Mais une économie libérale ne saurait vivre de façon équilibrée en se coupant des autres composantes de la société, notamment sociale, éthique et finalement mentale. Au fond, dès lors que le libéralisme a étouffé son adversaire communiste dans le registre de l’efficacité économique, il s’est trouvé manquer de repoussoir et de repères. Le libéralisme économique à la chinoise, imbriqué pour quelque temps encore dans un régime de dictature politique ne facilite pas la lisibilité de tout cela.  A terme la liberté devrait être indivisible mais la réalité montre que bien des décalages sont possibles, ce qui perturbe un esprit vraiment libéral.

Toutefois, le plus perturbant tient aux dérapages constatés dans les pays de bonne tradition économique libérale.  Les folies de certaines banques, les <bonus> incompréhensibles et, surtout, les parachutes dorés pour des dirigeants d’entreprise n’ayant pas mené leurs entreprises, précisément, au succès : tout cela et bien d’autres choses minent la confiance dans l’économie, la finance et dans la politique au sein de la société. A court terme, c’est regrettable. A long terme ce peut être grave. Et lorsque dure une période de crise, avec du chômage aux effets humains très lourds, il peut en découler des réactions profondes aux prolongements inquiétants . Le récent sondage sur l’opinion française est révélateur. On n’est pas si loin de l’aspiration à l’émergence d’un Bonaparte qui sèmerait l’illusion d’un retour à l’ordre, à la prospérité générale, au pied de nez gaulois à une mondialisation pourtant incontournable. L’histoire de la montée des fascismes, certes en d’autres temps, devrait inciter à réfléchir. Mais les difficultés pourraient être affrontées en commun si la société n’était pas choquée de plus en plus souvent par des exemples de démesures (cf. les salaires excessifs ayant fait surgir la mauvaise Initiative Minder) et de tricheries.

Il y a un domaine qui apporte sa part de rêve : celui du sport. L’auteur de ces lignes était un fan du Tour de France dont il connaissait tous les vainqueurs et dont il pouvait réciter la liste à l’ébahissement moqueur du cercle auditeur. Coppi, Bartali, Koblet, Kubler, Bobet aussi, Anquetil et Merkx étaient ses héros ; Indurain peut être encore. Instinctivement un rejet se créait contre Amstrong. Mais quelle déception ! L’épopée a tourné au spectacle de la tricherie organisée. Même ici, l’argent et la volonté de performance, de victoire à tout prix a fait éclater l’ubris dans les têtes ; cette ubris, cette démesure dont les Grecs classiques disaient qu’elles perdaient les hommes aux yeux des dieux. Et voilà que l’on parle de matchs de football truqués, en Suisse aussi. On peut ne pas être fan de foot et reconnaitre que ce sport, populaire entre tous, a un rôle important pour les entités collectives, des plus petites aux plus grandes, et que la beauté du jeu accompli, regardé peut stimuler l’esprit de solidarité. Hélas, trois fois hélas ! On veut encore, heureusement, battre des mains et du cœur pour Federer.  Même si, ici, l’argent est énorme l’image reste belle. Pourvu qu’elle ne s’altère jamais. Cela étant ayons garde de ne pas oublier la multitude de ces petits entrepreneurs, artisans créateurs de biens qui eux sont demeurés ce qu’ils étaient et devaient être. Ils n’ont pas perdu leur boussole. Mais les mauvais et  exemples,  médiatisés à outrance dérèglent la boussole collective et sapent la confiance personnelle.

 

Oui, on aimerait penser, que dans le sport comme dans la finance, l’industrie et au cœur de la politique les démocraties verront le retour en force de l’éthique individuelle et collective ; éthique qui est bel et bien le fondement et la condition de pérennité dans l’équilibre pour nos sociétés.

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