31/01/2013

L'Europe sans dents ni griffes

L’Europe sans dents ni griffes

En marge de l’intervention française au Mali, France culture a diffusé un débat intéressant sur le poids militaire et donc politique de l’Europe. Certes, les officiers et soldats   français ont fait preuve d’une efficacité spectaculaire contrastant aussi bien avec la fuite des Islamistes qu’avec l’impuissance de l’armée malienne en tant que telle. Et l’on a envie d’applaudir tout en s’inquiétant du fait que la France y est allée bien seule. Pourtant, il y a eu des aides logistiques de partenaires européens et de la part des Etats Unis. Outre des drones d’observation ces derniers ont aussi apporté des avions de transport qui ont convoyé des troupes françaises sur le terrain d’opération. C’est là qu’a eu lieu une note presque comique et assez humiliante. Le Pentagone a facturé son service en fonction des heures de vol et du nombre d’hommes transportés. Juste colère de François Hollande qui  a téléphoné à Barak Obama, lequel a reconnu la bévue et jeté la facture aux oubliettes. Mais cet épisode est illustratif d’une tentation américaine de laisser davantage l’Europe assumer ses responsabilités en matière de sécurité.  

Or, d’Europe de la défense, de conception, de formation de coordination entre pays européens il n’y a guère à voir ni à retenir. Il n’y a que deux pays qui comptent vraiment dans le domaine : l’Angleterre et la France. Mais, on a observé avec  l’opération Libyenne que l’une et l’autre ont besoin des Etats Unis pour une action d’envergue et de longue haleine. Manque d’indépendance militaire veut dire aussi manque d’indépendance politique.

Il a été beaucoup question, ces derniers mois, des volets économiques, financiers, budgétaires et sociaux au sein d’une Union européenne secouée. Certes une solidarité a fini par s’affirmer entre les pays de la zone Euro mais la démonstration a été faite qu’une monnaie unique sans harmonisation économique, sans convergences politiques suffisantes demeurait une monnaie fragile. En fait tout devrait aller de pair. On a l’impression qu’il y a trop de bureaucratie européenne, ce que dénonce avec virulence le Royaume Uni et trop peu de substance politique européenne. Cette substance politique devrait se traduire  par une identité, une visibilité puis une efficacité dans le domaine de la défense et de la sécurité ; laquelle implique des interventions comme celle ayant cours au Mali. Pour dire les choses autrement, en termes de poids et d’influence mondiale l’Europe n’aura pas de grand avenir si elle persiste à manquer de dents et de griffes. Une pas très important pour la dissuasion avait été fait par l’Angleterre et par la France (vision gaulliste encore une fois) avec la force nucléaire. Mais le pas suivant d’adaptation aux menaces actuelles et futures doit nécessairement être européen. Etant entendu que la Suisses peut y apporter quelques plus values de niche dès lors qu’un mandat de l’ONU le lui permet.  Oui vraiment, n’en déplaise à ceux que cette idée froisse, l’Europe sera aussi militaire ou ne sera jamais vraiment.    

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28/01/2013

Trop de droits sans boussole

Trop de droits sans boussole

 

La société évolue, donc les repères, les critères, les normes aussi. Faut-il pour autant conclure que toute demande nouvelle, toute revendication doivent être saluées du qualificatif de progrès et qu’il faille les consacrer officiellement ? Le fait que beaucoup l’attendent est-il un argument suffisant pour le faire ? Et si même la pression devient trop forte pour y résister purement et simplement, le frein tiré par les conservateurs n’est-il pas un garde fou salutaire ? Voilà des questions légitimes. Prenons deux exemples illustratifs.

On a l’impression qu’il deviendrait inconvenant, discriminatoire de ne pas marier des couples homosexuels au même titre, de manière équivalente à ce qui prévaut pour les couples hétérosexuels traditionnels.  Même amour, même engagement, mêmes effets donc ; on choisit sa forme de couple. On peut s’étonner que des homosexuels tiennent tant à cette reconnaissance officielle alors que tant de couples traditionnels renoncent au mariage, tant civil que religieux. Mais admettons que cette reconnaissance, gage de non discrimination morale et mentale à leurs yeux, soit importante pour eux. Il y avait une solution que le Parlement suisse avait choisie : le PACS. Or, naïfs ont été ceux qui pensaient, --dont le signataire de ces lignes—que cette solution serait suffisante pour longtemps : acte officiel mais non pas équivalent à tous égards. La différence se référait à une distinction pourtant logique. Le mariage entre un homme et une femme est potentiellement et le plus souvent porteur d’une famille. Autrement dit, des enfants avec un père et une mère identifiables, un repère masculin et un  repère féminin constitutif d’une personnalité. Alors on vient nous dire que tant de familles sont recomposées et que souvent des enfants sont abandonnés ou maltraités par leurs géniteurs. Le seul critère important serait le désir d’enfant et la volonté de s’en occuper. Comme si le droit à l’enfant devait primer sur tout et si toutes les formes de parentalité s’équivalaient pour autant qu’il y ait de l’amour. Dans cette logique, d’où la naïveté évoquée plus haut, la revendication s’affirme. Deux hommes ensemble, deux femmes ensemble auraient le  droit , non pas de faire ensemble, chose impossible, mais d’obtenir des enfants. Adoption, insémination d’une des femmes en couple,  et pourquoi pas recours à une mère porteuse bien rétribuée…Après tout, pourquoi s’arrêter à une limite. Puisque les couples traditionnels se marient avec la possibilité de faire des enfants, il serait discriminatoire que les couples autrement ne puissent en avoir, autrement.

Eh bien, même si c’est presque devenu politiquement incorrect ayons ici l’audace de dire que c’est le règne de la confusion non seulement des genres mais aussi des repères et que c’est un ferment de déstabilisation à long terme. Il y a confusion entre la liberté des gens à vivre comme ils l’entendent, sans la moindre réprobation morale et la reconnaissance officielle de ces manières de vivre avec toutes leurs conséquences. Non, tout n’est pas équivalent à tout et refuser la confusion n’est pas faire œuvre de discrimination.

Autre illustration plus subtile : l’euthanasie. En Suisse, on permet l’assistance au suicide. Celle-ci est exclue dans certains hôpitaux et aucun médecin n’a l’obligation de cette assistance. Pour les médecins, cette affaire est d’ailleurs très délicate. Heureusement, il y a un grand développement des soins palliatifs, contre les douleurs prodigués aux malades incurables. L’euthanasie elle-même, c'est-à-dire le fait de donner la mort, est illégale en Suisse. Toutefois, si la demande vient d’un malade lucide mais incapable de se la donner à lui-même, même avec assistance, et si le donneur de mort à ce moment là n’est mû que par la compassion et des sentiments altruistes et désintéressés, il pourra ne pas être puni. Avouons que la ligne rouge est ténue et que les repères ne sont  pas faciles à établir. Pour un Gouvernement et un Parlement, c’est une tâche bien délicate. Il faut accepter l’idée d’une zone un peu floue qui appartient au secret d’une relation entre un patient, son médecin voire l’entourage familial.  La professeur de philosophie Jeanne Hersch parlait du risque d’escamoter la fin de vie et ce passage de la vie à la mort qu’elle estimait être essentiel pour l’homme. Cela mérite réflexion. En tout cas, ne faut-il pas résister à une pente qui conduirait à rendre facile, presque banale l’euthanasie ? Ce serait nous éloigner encore davantage de nos racines spirituelles, que l’on soit croyant ou non.

Finalement, on voit la nécessité d’une exigence dans l’approche des grandes questions qui surmonte l’obsession de la non discrimination excluant toute distinction et la facilité de faire jaillir des droits et des libertés sans repères : droit à l’enfant, banalisation des étapes les plus subtiles et mystérieuses de la vie, jusqu'à la mort.

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17/01/2013

Et si la Suisse s'engageait plus

Et si la Suisse s’engageait plus

 

L’année est à peine commencée et déjà l’on s’aperçoit que son lot de drames et de souffrances  ne cédera en rien à celui de l’année précédente. Au hasard d’une réunion de famille, rencontre avec une jeune femme idéaliste, entreprenante et courageuse. Pour des organisations humanitaires, elle a travaillé longtemps en République du Congo et vient de partir pour le Liban afin d’aider particulièrement les enfants réfugiés de Syrie. Elle a vu nombre de  ces enfants soldats, de ces femmes violées ; le viol étant autant une arme de guerre, de destruction  psychologique  planifiée  que le fruit de pulsions sauvages.  Au Congo, elle a pu établir des contacts aussi bien avec des chefs  de groupes rebelles qu’avec des responsables loyalistes. L’effort de persuasion, voire d’éducation afin que les comportements les plus affreux diminuent n’est pas forcément vain. Il y faut des moyens dont on manque. On pense aussi à cette belle action permanente qu’est l’Appel de Genève ; soit l’engagement afin que, dans des points chauds, tant des mouvements rebelles que des forces gouvernementales renoncent à l’usage de ces horribles mines anti personnelles qui tuent et mutilent les innocents, dont des enfants.

La Suisse, bien sûr, assume sa part dans les engagements humanitaires, sous l’égide de l’ONU ou autrement. Elle reste le pilier de base du CICR. Comment pourrait-elle ne pas se sentir impliquée par tout ce qui se passe dans le monde ?  Si la prise d’otages en Algérie, dans le contexte de l’intervention française au Mali, n’a pas encore fait de victimes helvétiques le danger de ces Islamistes fanatiques et terroristes en est un pour tous les pays européens. Bref, le devoir d’’engagement solidaire est une évidence, d’un point de vue sécuritaire comme d’un point de vue moral.

Il y a un volet où l’engagement suisse semblait trouver un nouveau registre : celui de la participation de militaires dans des opérations de stabilisation, de surveillance et d’assistance en faveur de la paix. La présence d’un contingent de nos soldats volontaires au Kosovo (la Swisscoy) en est un exemple.  Une Commission consultative, chargée de conseiller le Gouvernement existait. Mais Ueli Maurer, Chef du Département de la défense l’a fait supprimer. Mauvais signe politique. Ayant présidé cette Commission durant quatre ans, l’auteur de ces lignes se souvient très bien de la séance avec le Général sénégalais, chef de la force militaire de l’ONU présente au Congo ; avec un mandat qui, on l’a bien vu, limite grandement ses possibilités d’interposition. Mais ce Général qui avait pu apprécier la contribution de certains officiers suisses en appelait à notre pays afin qu’il envoie des officiers, des spécialistes capables de donner des cours sur le droit de la guerre, le droit humanitaires, les comportements criminels à bannir. Les destinataires devraient être plus nombreux qu’aujourd’hui : soit des officiers de ces pays capables de prolonger le message.

Voilà un type d’engagement qu’il faudrait renforcer. La Suisse pourrait y accentuer à la fois l’expression de sa solidarité et sa spécificité. Il y a d’autres voies qui mériteraient d’être évaluées. Quel dommage que notre ministre de la défense, paralysant du coup ses collègues du Conseil fédéral, soit tellement accroché à une politique de sécurité traditionnelle et ne voie pas que la sécurité de la Suisse aujourd’hui se trouve beaucoup dans ces registres là ! Quel dommage qu’il n’y ait pas, au Parlement, davantage de pression en ce sens ! on assiste à une addition de voix issues d’une gauche idéologiquement et sommairement anti -militaire et d’une droite conservatrice croyant surtout au plantage de nos fusils d’assaut lors d’exercices dans nos vertes prairies. L’histoire en général est pleine de ces politiciens et de ces stratèges toujours en retard d’une guerre dans leur conception. Alors que l’accent devrait être mis sur la promotion du Droit, au service de la paix et jusques dans la guerre. Ce devrait être le label suisse du xx1ème siècle.

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02/01/2013

"Toutes les aberrations totalitaires du vingtième siècle, les intégrismes actuels ne seraient que des accidents dramatiques"

lenoir frédéric.jpgIl y a bien sûr tout le bien que l’on souhaite à ses proches, à ceux qui vous sont les plus chers sans s’oublier soi même. Il est presque impossible d’imaginer que, dans ce cercle de proximité, rien de fâcheux n’adviendra à quiconque.  Puissent dans ce cas les liens affectifs adoucir les effets des blessures.La nouvelle année a donc commencé.  Des voeux ont été échangés.  Des manifestations joyeuses ont eu lieu un peu partout à l’heure du passage. Cela fait plaisir et l’on oublie un instant les continuités de malheurs. Alors, puisque c’est la période des vœux, pourquoi ne pas en exprimer ici.

Mais ici, c’est vers l’extérieur que se porte le regard. Oh mon Dieu, le train du monde  suscitera-t-il davantage d’optimisme ? Lors d’une conférence récente à Genève, Frédéric Lenoir alignait, certes, tous ses motifs d’inquiétude. En revanche, il voyait une ligne continue de progrès ou de progression humaine dans l’affirmation toujours plus accentuée de l’individu dans sa liberté personnelle et sa responsabilité.

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