16/12/2012

Genève entre Escalade et Noël

Genève entre Escalade et Noël

 

Pour les Genevois, la fête de l’Escalade précède de peu Noël. Bonne proximité car le lien est évident au cœur de l’histoire et de l’identité genevoise. Oui, il s’agit bien de cela. Et d’abord l’histoire. Qui connaît  mieux que très peu le parcours historique de cette Cité. Jules César la mentionne. Les Allobroges, comme les Helvètes d’ailleurs, ont subi ou plutôt bénéficié de la longue emprise romaine. A la fin de l’Empire, Genève, comme toute l’actuelle Suisse romande, vit arriver les Burgondes. Relativement peu nombreux ils assimilèrent rapidement la civilisation en place et, ici comme alentour, ils développèrent ce Roman dérivé du bas Latin d’où allait éclore le français que nous parlons.  Ainsi, culturellement, linguistiquement Genève était embarqué sur un chemin français. Dans ce premier royaume de Bourgogne, Genève tint une place importante. Clotilde venait de là et elle épousa Clovis le roi des Francs. Elle contribua à la conversion au christianisme du Roi et de tous ses sujets.

Durant toute la période mérovingienne et carolingienne, Genève fut un centre économique et spirituel qu’attestent les fouilles entreprises par les archéologues. Après l’éclatement de l’Empire carolingien et la dissolution du deuxième royaume de Bourgogne on entre dans le système très compliqué de la féodalité.   C’est là un tournant décisif pour Genève qui va la marquer à jamais et préparer son futur destin suisse. En effet, voici une Cité où, simultanément, en collaboration puis en confrontation s’affirmèrent des comtes de Genève, puis des ducs de Savoie, des princes évêques de Genève et, de plus en plus, l’Assemblée des citoyens élargissant au forceps leurs droits et leurs libertés. Mais toute cette construction en mouvement tournait dans le cadre très lâche du St-Empire romain germanique. Genève, ville d’empire et Cité épiscopale : il n’est que de voir notre drapeau pour ressentir la vibration de cette histoire. Ainsi donc, à la différence des autres villes de la future France, le regard politique de Genève était tourné en partie vers le monde germanique,  comme il en était des cantons suisses en confédération progressive.

 

Tout était en place pour que la Réforme, en 1536,  gagnât Genève : ville ouverte aux courants commerciaux mais aussi intellectuels, aspiration des Citoyens à se débarrasser de la pression constante du duc de  Savoie qui voulait restaurer ses droits ancestraux, appui sur Berne qui, en arrachant le pays de Vaud à la Savoie, poussait le réformateur Farel jusqu’à Genève .

 

Et puis, bien sûr, ce fut Calvin, Théodore de Bèze, l’Académie, les grands imprimeurs : bref tout ce qui fit très vite de Genève un pôle spirituel, intellectuel d’envergure mondiale. A côté, un Duc de Savoie trop faible pour mener une guerre frontale de reconquête. Trop peu soutenu par le Roi d’Espagne peu soucieux de mettre en danger son passage vers les Flandres à travers la Franche Comté dans le cours hasardeux d’une grande guerre. Un Pape trop prudent pour en appeler à une guerre sainte. Et un Roi de France, Henri 1v, fraichement devenu catholique mais protecteur de Genève et pointant un doigt d'avertissement vers le Duc ; sans compter, naturellement le poids de Berne. Alors, le Duc tenta un coup de pocker. Prendre Genève par surprise, en décembre 1602, et mettre les grands voisins devant le fait accompli. S’il avait réussi, aurait-il pu tenir la position ou bien, face aux pressions extérieures. Aurait-il dû rendre la ville ? On ne le saura jamais.

Mais l’essentiel est bien dans le fait que les Genevois eux-mêmes ont fait échouer le coup. Et un autre aspect essentiel est que les Genevois y virent la protection de Dieu sur sa Cité sacrée et exemplaire. Car il faut prendre un peu ses distances avec toutes les commémorations u bien pensantes.  C’était une période intolérante. La Genève de Calvin proclamait une vérité ne souffrant pas de discussion. C’est peu à peu, qu’en action souterraine, la notion de responsabilité personnelle allait favoriser l’avènement de la liberté individuelle. Mais auparavant, c’est par la force d’une affirmation intransigeante d’elle-même que Genève allait ouvrir la voie à son destin futur.

Foin donc de ces récupérations oecuméniques ; il fallait en passer par le temps de l’Escalade, temps dur et sans concessions, pour ouvrir le destin futur de la Cité. 

Certes, l’esprit de Calvin a soufflé sur Rousseau, Certes, les Lumières ont préfiguré la laïcité de l’Etat. Certes la culture protestante a enfanté l’idée de la Croix rouge. Et tout cela a contribué à la Genève internationale d’aujourd’hui. Enfin, les Protestants    sont devenus minoritaires. Les Catholiques sont plus que deux fois plus nombreux en suite des migrations dèslesannées1960… Les Juifs ont eu et ont un rôle important dans la Cité. Enfin, les Musulmans sont en nombre croissant, ici comme dans l’ensemble de la Suisse.

 

Alors, cela indique-t-il que toute notre histoire n’est que pour la curiosité ?    Qu’il n’y a rien à en tirer dans les attitudes de notre temps ? Assurément non.  Toutes les étapes de cette histoire ont apporté des éléments qui ont forgé un destin et aucun, même reculé dans le temps, ne saurait être renié. Il y a un héritage qui comporte de grandes évolutions mais où tout se tient. Il y a un génie du lieu, porteur de fermeté sur des valeurs élevées,  d’engagement individuel, de civisme, de liberté responsable. Genève vieille terre chrétienne, affirmée au travers de la Réforme protestante, offrant un Rousseau, un Dunant, apportant une dimension nouvelle à la Suisse en entrant dans la Confédération, oui Genève doit respirer les effluves de son passé pour garder et répandre le parfum de son identité. A cet égard, la minorité protestante a son rôle et son devoir.

Sa dilution serait triste et grave. La commémoration de l’Escalade est plus qu’une occasion de réjouissance ; c’est un rappel d’histoire et d’identité invitant à l’engagement. Enfin, Noël devrait rester, ici plus qu’ailleurs peut être, un autre rappel : c’est dans une fidélité à ses sources vives que l’on peut avoir une nouvelle naissance.

 

Oui, être de Genève ce n’est pas être là plutôt qu’ailleurs. Tous ceux qui y vivent, dans la diversité de leurs racines, ont à respecter l’identité collective et les valeurs qui s’y greffent nourries d’une longue histoire.

 

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