03/12/2012

Bilatérales: grâce au but d'adhésion?

Bilatérales : grâce au but d’adhésion ?

 

Le vingtième anniversaire,--si l’on peut dire--, du refus de l’Accord EEE par le peuple  et les cantons suisses a suscité des commentaires pour le moins contrastés. Christoph Blocher et les siens sont persuadés d’avoir sauvés l’indépendance et les institutions de la Suisse. L’ancien négociateur en chef Franz Blankart ne se remet pas de ce qu’il considère avoir été une erreur politique grave du Conseil fédéral, particulièrement de Jean-Pascal Delamuraz et RenéFelber : à savoir le dépôt d’une demande de négociations en vue de l’adhésion au moment même de la signature de l’Accord EEE. Des armes ont été données à l’UDC pour dire que l’EEE était une étape prévue vers l’adhésion et non pas un Accord à considérer pour lui-même. Il était devenu difficile, au milieu des slogans simplificateurs, d’expliquer que l’EEE n’impliquait nullement un engrenage vers l’adhésion et que le chemin vers celle-ci répondrait toujours au contrôle et à la décision du peuple.

Avec le recul, et sans ressentir le regret et même la blessure d’un Franz Blankart, on doit admettre que le dépôt de cette demande de négociations a brouillé le message, a pesé sur la campagne. Ce fut incontestablement une erreur. L’auteur de ces lignes le reconnait d’autant plus qu’il était à l’époque parlementaire, membre de la Commission des affaires étrangères et qu’il n’a pas mesuré dans l’instant la portée de cette erreur ; contrairement à d’autres. Faut-il en conclure que sans cette démarche malheureuse l’Accord aurait passé la barre du vote populaire ? Impossible de le dire. A coup sûr, une appartenance à l’EEE nous aurait rendu moins difficile économiquement la décennie qui a suivi. Car elle le fut. Ceux qui jubilent font mine de l’oublier.

Tout le monde sait qu’il a fallu recourir à des négociations bilatérales avec l’UE afin d’aboutir à des accords bilatéraux très importants qui ont assez largement rétabli les connexions nécessaires avec l’UE. Ce que l’on sait moins ou que l’on feint de ne pas savoir est ceci : la demande de négociations en vue de l’adhésion déposée par la Suisse a facilité incontestablement les négociations bilatérales. On le sait de source sûre par des témoignages de l’époque à Bruxelles. Les milieux communautaires avaient estimé que le but stratégique de Berne était bien de les rejoindre un jour et qu’il fallait donner à la Suisse le temps de mûrir. Et, en attendant, il ne fallait pas l’isoler, cela dans l’intérêt commun. Le négociateur en chef de l’époque Jakob Kellenberger a toujours relevé ce fait. Dans sa récente interview, Franz Blankart, le grand déçu et blessé de l’échec sur l’EEE le reconnait aussi. Mais oui, si l’on veut écrire l’histoire il faut l’écrire complètement.

Alors, bien sûr l’idée d’une adhésion a plus que du plomb dans l’aile. Nombre de pays de l’UE ont sombré dans des situations inquiétantes durant la dernière décennie. La crise de l’EURO est grave, mais nous concerne. Pour établir une comparaison, la France a détruit 750.000 emplois en dix ans tandis que la Suisse en créait 500.000. Et tout est à l’avenant. Mais l’Allemagne, la Suède, les Pays bas ne se portent pas mal non plus. Reste que l’avenir même de l’UE pose bien des questions.

Dans ces conditions, la Suisse doit-elle s’en tenir strictement à des négociations bilatérales, secteur pas secteur ? Ou bien doit-elle chercher avec l’UE un cadre plus large de collaboration :genre new EEE ? Il serait faux de ne pas ouvrir la discussion, chez nous et avec l’UE . Quant à la perspective de l’adhésion, pour inatteignable politiquement  qu’elle paraisse aujourd’hui, on peut en dire ceci : ou bien l’UE ira en se délitant, ou bien elle poursuivra son chemin malgré les embûches et les crises, fût-ce en ayant une intégration à géométries variables suivant les membres. Dans ce dernier scénario, l’adhésion de la Suisse à un ensemble incontournable s’imposera un jour. Et en attendant, nous ne cesserons de reprendre l’acquis communautaire sans avoir participé à son élaboration, avec une liberté de manœuvre se rétrécissant encore et toujours comme peau de chagrin.      

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Commentaires

Bilatérales ce si grand mot pour qualifier nos relations avec l'UE. Mais elles existent de tout temps. La Suisse comme d'autres pays ont toujours fait des négociations bilatérales. On en fait aussi avec l'Asie, les pays émergents pour nos commercialisations réciproques.
La différence aujourd'hui c'est que nos politiques ne peuvent plus tirer sur la comète. Les évidences sont là. Si l'Allemagne, la Suède et d'autres européens du nord vont encore pas trop mal, ce n'est que du court terme. Les pays-bas sont déjà pris dans la tourmente et les autres vont suivre.
Les ficelles qui nous retiennent aujourd'hui sont salvatrices et elles s'appellent souveraineté, liberté et démocratie active. Ce que d'ailleurs nous envient les peuples européens, mais bien évidemment pas les technocrates bruxellois.

Écrit par : Corélande | 04/12/2012

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