22/11/2012

Si Israël osait...

Si Israël osait…

Un cessez le feu est enfin en vigueur à Gaza. Pourvu qu’il dure. Evidemment, la mort de civils palestiniens nullement armés, y compris des enfants, a choqué les observateurs en fauteuil que nous sommes. Pourtant, dans son principe, la réaction d’Israël était légitime. Il faut bien voir que le Hamas, avec des armes fournies par l’Iran, voire par des monarchies et émirats pétroliers, ne cessait de tirer des roquettes sur le territoire israélien, avec des conséquences meurtrières et des risques pour les civils. Or on ne saurait non plus oublier les civils israéliens. On ne saurait davantage oublier que le Hamas continue à nier le droit à l’existence d’Israël et que les déclarations des autorités iraniennes allant dans le même sens sont inquiétantes et intolérables. Ce droit à l’existence de l’Etat d’Israël, après tant de tragédies subies par les Juifs, nous ne pouvons le relativiser un seul instant. Cela n’empêche pas de regarder l’histoire tourmentée de cette région depuis un siècle. Il est hélas clair que les malentendus, les frustrations, les ambiguïtés européennes, particulièrement anglaises, les rachats et confiscations de terres ancestrales, le rejet de tant de gens  dans les camps de réfugiés : que tout enfin dans cette histoire a aussi de quoi expliquer les positions palestiniennes et la succession de guerres depuis 1948.

Mais il est navrant que les pays arabes n’aient pas pris en temps voulu la juste mesure d’une réalité irréversible, à savoir la création de cet Etat d’Israël ; eux qui après tout avaient des Etats de fraiche date dégagés des décombres de l’Empire ottoman et de la décolonisation.

Cela étant, le grand reproche que l’on peut adresser aux autorités israéliennes n’est en tout cas pas de se défendre dans l’instant ni même d’engager des opérations préventives lorsque le danger devient évident et pressant. Encore une fois c’est légitime et il en va de la protection de leurs concitoyens. Non, la grande faute politique est d’avoir, depuis 1967, transformé une occupation militaire qui se justifiait dans l’attente d’un traité de paix en implantations croissantes de colonies dans ces territoires. Il y a quelque 600.000 colons établis ainsi au mépris du droit international et des résolutions de l’ONU. De quoi alimenter la dialectique agressive des Israéliens ultra nationalistes réclamant la confirmation d’un <grand Israël> ; mais aussi inspirer un terrorisme arabe dont ce n’est certes pas la seule cause mais qui se fortifie de ce fait.

Ah, si un Rabin, chef de guerre mué en homme d’Etat avait pu convaincre son peuple qu’il ne fallait pas annexer des territoires mais obtenir des garanties régionales et internationales. Ah si, dans la foulée des discussions avec l’Egypte, la Jordanie, les Etats Unis et les pays européens et sous le contrôle de l’ONU, on avait pu alors planter les piliers d’un véritable Etat palestinien homogène géographiquement, voisin et soucieux d’une reconnaissance mutuelle.  Mais, avec ce fait accompli des implantations, comment négocier désormais la création d’un Etat palestinien indispensable et digne de ce nom ? A défaut, faut-il envisager pour un siècle ces affrontements et cette haine désespérante, avec son cortège d’angoisses et de souffrances ?

Il faut être prudent dans ses jugements lorsque l’on est loin du terrain, assis confortablement dans son fauteuil. Toutefois on peut estimer que la demande de l’Autorité palestinienne d’être au moins reconnue comme la représentante d’un Etat non membre de plein droit de l’ONU mais jouissant  d’un statut d’observateur est normale et légitime. Le Conseil fédéral a raison de prendre cette position. En même temps, il s’agit de dire que le statut de membre à part entière sera nécessairement lié à un traité de paix délimitant un territoire et garantissant l’existence et la sécurité d’Israël. Une insertion plus grande de l’Autorité palestinienne dans le réseau international officiel est sûrement un des éléments pouvant faire avancer les choses. Mais à lui seul il ne peut rien. Il faudrait un courage palestinien et arabe pour imposer la fin du terrorisme et une reconnaissance nette de l’Etat d’Israël. Il faudrait simultanément un courage du Gouvernement israélien devant l’opinion et face aux colons pour que l’essentiel du territoire occupé puisse devenir celui du nouvel Etat. Est-ce rêver d’imaginer cela possible ? Comment la communauté des Etats, prenant de la hauteur et du recul pourrait-elle y contribuer ? Verra-t-on un  jour cette terre sacrée pour trois grandes religions s’offrir au monde comme une démonstration de réconciliation possible ? Quel rôle à jouer pour les dirigeants arabes modérés et pour les élites intellectuelles et morales au sein des Juifs de la diaspora ? Que de questions, que d’inquiétudes et que d’espoirs malgré tout !

    

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20/11/2012

France: droite éclatée

France : droite éclatée

Grâce à une poignée de voix Jean-François Copé l’emporte sur François Fillon et prend la Présidence de l’UMP. Pour la droite classique et pour la France il eût mieux valu le contraire. Mais, de toute façon, l’UMP n’a plus de chef de file incontesté. François Fillon a constaté une fracture et c’est évident.

Lui pouvait conduire une opposition de droite acceptant des sensibilités diverses, certes, menant la vie dure à la majorité socialiste, sans aucun doute, n’ignorant pas les exigences du moment : réformer l’Etat, les relations entre partenaires sociaux, réclamer d’aller au fond des choses pour redresser une France économiquement en péril. Pas de tabou non plus sur l’immigration. Mais, déjà par le langage, le choix des mots, le respect des personnes il pouvait représenter un parti de droite libérale, collaborant avec les partis du Centre, se distinguant vraiment du Front national ; pas seulement par un refus d’alliances électorales mais par toute une manière d’être et d’agir. Une telle UMP sous couleur Fillon pourrait préserver sa vocation gouvernementale et demeurer le pivot d’un vaste Rassemblement de Centre-droit.

Avec Copé ce sera une autre partition et une autre interprétation. Il veut une droite décomplexée. A y voir de plus près, sous couleur du parler vrai elle racolera de façon discutable sur les terreaux populistes.  Elle n’absorbera pas pour autant la majorité des électeurs du FN et elle perdra non seulement ceux du Centre mais une partie des citoyens hésitants, ceux que la politique ne branche guère et qui, d’une élection  à l’autre, hésitent entre la Droite et la Gauche. Copé pense construire l’avenir de la Droite ; il pourrait bien en consacrer l’éclatement à commencer par celui de son parti.

Evidemment, des politiciens de droite classique ne doivent pas mépriser les électeurs qui se regroupent sous la bannière de partis se revendiquant d’une  droite dure. Les inquiétudes et les problèmes doivent être entendus. Mais les réponses ne doivent pas être simplificatrices. Il doit être fait appel à une capacité d’analyse générale qui donne toute sa part à la fermeté mais ferme la porte aux outrances.  Bref, quoi qu’il semble en coûter éventuellement au fil des élections, --ce qui est loin d’être certain et le pari contraire peut être tenu--, le Droite libérale doit être fidèle à elle-même, à ses valeurs de référence, à sa culture et à son langage.   Cela vaut partout, y compris en Suisse. Ce qui vient de se passer en France est inquiétant pour la Droite française, pour la France mais aussi pour les autres pays, y compris le nôtre ; de par un contre modèle à ne pas suivre.

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07/11/2012

Dicker-Obama: success story

Dicker-Obama : success story

 

Faut-il être déçu que le jeune écrivain genevois Joël Dicker n’ait pas reçu le prix Goncourt ? Oui dans la mesure où l’on avait l’impression que c’était écrit dans le ciel et que c’eût été le couronnement presque logique d’une ascension irrésistible au firmament des succès d’édition. Mais avez-vous vu et entendu la réaction de Joël Dicker après l’attribution du prix à Jérôme Ferrarri ? Un modèle du genre. Le comportement de cet homme si jeune est tout simplement impeccable, parfait. Il félicite le lauréat dont il dit qu’il l’a bien mérité et qu’il apporte beaucoup à la littérature française. Et il se réjouit des deux prix qu’il a reçus, dont le grand prix de l’Académie française. Quant à l’explosion des ventes de son second roman elle est phénoménale. On a envie de dire à ce jeune homme possédant une rare conjugaison de fraicheur et de maturité, qui parle si juste : <continue ainsi, livre nous un troisième roman aussi bon  et reste tel que tu es, si naturel et si attachant. Tu es une révélation. Parions que, peu à peu, tu vas devenir une référence.>.

Le même jour, Barack Obama fêtait sa victoire, félicité sportivement par son rival malheureux. C’est un événement américain spectaculaire. Mais, ici, on devrait s’en féliciter. Certes, un esprit libéral relèvera la tendance américaine à attendre plus de l’individu et moins de l’Etat que ce que l’on trouve en Europe ; particulièrement en France. Mais il y a un minimum de solidarité organisée nécessaire en matière de sécurité sociale qui eût été menacée si Barack Obama avait été battu. Il est vrai que nous, Suisses, n’avons pas trop à nous féliciter de l’Administration régnant à Washington. L’impérialisme juridique, particulièrement en matière fiscale, est très choquante ; d’autant plus que les Etats Unis exigent des autres ce qu’ils n’observent pas eux-mêmes. Il n’empêche qu’Obama est bien plus rassurant quant à la politique étrangère que son concurrent. On peut attendre de lui un dialogue avec l’Europe. Sur le point si délicat du Proche Orient, il devrait, sans rien renier de son attachement à la sécurité d’Israël, garder une marge de manœuvre indispensable vis-à-vis des pays arabes et des Palestiniens ; plutôt que d’être totalement aligné couvert sur une politique israélienne inquiétante. Avec son rival le danger d’un tel alignement inconditionnel était grand.  Dans les relations avec la Chine aussi on peut s’attendre à plus de nuances et de réalisme. Bref, en un mot comme en cents mieux valait pour l’Europe, pour la Suisse cette victoire que le contraire. Ce qui n’empêchera pas cette Amérique de nous donner bien des motifs d’irritation. On aimerait voir plus d’esprit de résistance face à certains abus de droit. Enfin, pour l’heure, saluons cette success story.   

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