16/09/2012

Jusqu’où défendre la liberté d’expression ?

Personne ne le conteste, le film sur Mahomet qui a suscité les violences que l’on sait dans tout le monde arabe est une provocation lamentable et choquante.

Il semblerait que le sous-titrage ultérieur en langue arabe ait eu pour but qu’il fût capté à travers la toile internet afin, précisément, qu’il fût diffusé de proche en proche dans tous les pays musulmans. Qui a voulu cette provocation ? Quels professionnels de la haine ont, ensuite, stimulé les attaques contre les biens occidentaux, américains au premier chef ? On n’a pas fini d’en débattre.

 

Mais une question fondamentale mérite d’être soulevée. Aux Etats Unis, la Constitution garantir une très large liberté d’expression. S’il y a diffamation ou calomnie, une suite judiciaire peut avoir lieu mais il n’y a pas de censure préalable. Les pays européens, notamment la France et la Suisse, sacralisent un peu moins ce principe mais n’en considèrent pas moins que la liberté d’expression est au cœur de nos démocratie ; qu’elle est une valeur chèrement acquise et toujours à défendre. Des articles, des films ou des pièces de théâtre corrosifs envers la religion chrétienne, envers la personne du Christ ont parfois soulevé le scandale. Il n’y a pas eu de censure préalable et cela n’a pas soulevé une fureur des foules. Encore une fois, jusqu’à un certain point, l’abus de la liberté d’expression fait partie du jeu, est un effet indésirable d’une valeur qu’il importe de protéger.

Oh, il y a des limites. La plus connue tient aux lois contre le racisme et l’antisémitisme, effet de retour porté par une culpabilisation amplement diffusée à cause de la colonisation et, bien sûr, de la Shoa.

En Suisse, une telle loi a fait l’objet d’un vote populaire et fut approuvée. Mais à l’époque, des esprits qui n’étaient de loin contaminés ni par le racisme ni par un antisémitisme inavoué mettaient en garde. Ce serait un précédent pour un resserrement progressif de la liberté d’expression. Au lieu de contrer par des opinions on prenait le pli de réprimer par la loi et de censurer à priori . Au fond, on s’en est remis aux juges pour assurer une application raisonnable d’une telle législation.

 

Or, face aux réactions musulmanes la question se corse. Aux portes de Genève il y a quelques années, , à Ferney, une troupe de théâtre avait voulu monter la pièce de Voltaire : Mahomet.  On sait que cet adversaire de l’arbitraire monarchique avait pris ce détour pour critiquer indirectement le régime de Louis xv . Mais les mouvements musulmans alertés ont pris cela au premier degré et ont fait un tel tapage que la pièce fut retirée du programme. Par ailleurs, tout le monde connaît l’affaire des caricatures de Mahomet au Danemark. Il en est résulté  des violences et une discussion sur la liberté satyrique. Et maintenant la torche allumée par ce film. La mort d’un ambassadeur américain dans la ville même que les Occidentaux ont sauvée d’un massacre que les forces de Kadhafi allaient perpétrer. Quelle sanglante ironie.

 

Alors, quelle ligne tenir dans nos démocraties ? Tenir compte de cette donnée d’une sensibilité exacerbée, historiquement explicable dans les pays musulmans et donc édicter des lois, prendre des mesures de contrôle restreignant notre liberté d’expression ? Ou bien demeurer ferme sur notre ligne, expliquer nos valeurs par les relais de tous les Musulmans non radicaux qui, dans leurs pays respectifs, comprennent que cela est inhérent à la démocratie ? Et tenir aussi le choc face aux réactions violentes dont on sait qu’elles sont en partie le produit d’habiles manipulations ? Nous ne pouvons plus échapper un vrai débat qui soit à la fois philosophique et politique.

 

Pour notre part, si un appel à une certaine retenue, à un certain tact nous parait souhaitable, nos Etats démocratiques ne sauraient, pour autant, régresser en rognant de plus en plus une liberté d’expression, d’opinion, de création  qui se réclame d’un doit fondamental trop chèrement acquis pour l’abandonner peureusement devant la menace. Il en va de la pérennité de nos sociétés et d’une civilisation.

 

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Commentaires

La peur et l'oppression ne doivent pas être notre guide suprême en démocratie. Ce serait là signer la mort de la démocratie et accepter l'établissement d'une théocratie ou un autre style de dictature. Nous devons combattre cette maladie totalitaire qui peut atteindre des foules manipulées et peu instruites sur les valeurs d'autrui...et même sur les propres valeurs de l'islam. Car si un seul livre, la vision d'un seul homme fût-il saint et proche de Dieu, peut à ce point enclenché un processus d'idolâtrie en effaçant tous les livres de la Terre, toutes les cultures et toutes les Civilisations pour ne sauver que l'essence d'un seul Livre, alors gare au feu de l'Apocalypse. Un seul homme peut-il à lui seul dire la Vérité au monde entier? Un seul Livre peut-il annuler toutes les autres littératures et objets d'arts au nom de Dieu, le Seul, l'Unique, le Véritable? Vivre comme les talibans, sans musique, sans livre, sauf le Coran et ses adjoints?

C'est donner alors très peu de liberté et d'autonomie à l'être humain; pas du tout confiance à nos forces spirituelles intimes tout en accordant la totale confiance à un seul Homme décédé depuis longtemps qui serait le représentant de Dieu sur Terre, ayant vécu il y a 1'400 ans, ayant tout bonnement toutes les réponses adéquates et définitives pour 7 milliards d'êtres humains vivants, passés, présents, et futurs. Ce serait signé l'arrêt de mort de la philosophie, de l'art, de la culture, et même de...Dieu. Allah est Grand et Il évolue et grandit en nous et avec nous.

J'essaye de transmettre un message d'ouverture pour tous les croyants en Dieu. Devant les dogmes et la lettre des Livres sacrés, il est difficile de préférer donner à l'esprit plutôt qu'à la lettre et de se faire aimer parmi les fidèles à Dieu pour notre ouverture mental comme spirituelle et notre indépendance farouche mais noble, respectable envers les écrits saints des fondateurs de religions...

Écrit par : pachakmac | 17/09/2012

je ne suis pas d'accord avec cette vidéo ,et les auteurs sont bêtes et....pffffffffff..........bêtes !

mais ce film n'est qu'une excuse pour la violence ,et ceux qui réagissent par le feu ne valent pas grand chose,ce qu'ils veulent c'est mettre à genoux tout ceux qui ne sont pas comme eux ou qui ne pensent pas comme eux !
ils espèrent un jour dominer le monde et dans tous les cas on doit avoir peur et se taire ,si ça n'avait pas été cette vidéo ça aurait été autre chose , toutes les excuses sont bonnes pour nous rendre coupables et pour rallier des petits soldats dans leur camp !

Écrit par : sandrine | 17/09/2012

Peurs et opression c'est pourtant bien ce qui se pratique aussi en Suisse pas besoin d'aller à l'étranger!les nostalgiques tsaristes ont trouvé des victimes de choix aurpès des personnes âgées et isolées sans omettre les affaiblis rentiers de l'AI et vivant seuls.Heureusement qu'il y a encore des femmes de la même génération que Carla Del Ponte leur mentor ,pour qu'enfin on regarde aussi ce qui ce passe dans notre pays avant d'aller vouloir tout régenter ailleurs

Écrit par : lovsmeralda | 17/09/2012

La liberté d'expression n'est pas négociable. Vouloir la contester reviendrait à accepter la régression du développement spirituel.

Cependant cette même liberté d'expression ne peut se concevoir sans son corollaire qui est la responsabilité individuelle, notamment la responsabilité de ses actes et de ses propos.

Par conséquent il est absurde de rendre responsable tout un pays (ici les Etats-Unis), l'Occident ou toute la chrétienté, d'égarements ou de propos stupides imputables à une seule personne (ici ce metteur en scène), fût-elle chrétienne et/ou américaine.

Les faits dont il est question ici relèvent de la manipulation de foules ignorantes et peu cultivées à des fins politiques.

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 17/09/2012

La bible et le pentateuque indiquent que la terre à 7000 ans, c'est dire le niveau d'instruction des ancêtres!
A défaut de s'intéresser sur l'inexistence d'un ou plusieurs dieux, il faut peut être s'intéresser sur les écrits de gens qui nous cachent leurs véritables motivations?

http://www.thereligionofpeace.com/French/index.htm

Écrit par : ramdam | 17/09/2012

Liberté d'expression ou liberté de nuire?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 18/09/2012

Le film n'est qu'un prétexte. De toute façon ils auraient trouvé une autre raison pour protester et tout brûler. Car ne l'oublions pas ce sont des victimes dès qu'on ne fait pas comme ils veulent. Par contre, eux, ils ont le droit de tout faire... Ils me font de la peine, tant d'ignorance et de stupidité. Enfin, personne ne s'offusque qu'un Imam ait lancé une fatwa (incitation au meurtre)...

Écrit par : davide | 18/09/2012

Il ne doit y avoir aucune limite à la Liberté d'expression.

J'attends que la Suisse s'aligne sur ce point sur la position américaine qui est encore plus libérale que la nôtre.

Pas de tabous!

Que le film soit nul peu importe.

Que des musulmans se permettent de lancer des fatwas sur ceux qui usent de la Liberté d'expression c'est cela qui est intolérable.

Ce qui est effroyable et punissable c'est que les foules musulmanes soient silencieusement complices de par le Monde, y compris dans les pays occidentaux où leur présence croît continuellement, face à toute cette intolérance et ce manque de recule.

Écrit par : Anonyme pour éviter les fatwas | 18/09/2012

lorsque l'on a fait partie de la P26, approué l'internement préventif des éléments suspects aux bastions, on ne donne pas de leçons de démocratie, on se tait. On remercie la bienveillance d'un Etat qui ne poursuit pas les éléments qui l'on déshonoré.

Écrit par : Anastase | 18/09/2012

Si ceux qui se posent en victimes étaient réellement des victimes, le dialogue serait possible.

Mais leurs discours et leurs actes sont bien pires que le médiocre et stupide film qu'ils dénoncent. Ces gens prônent le racisme, l'extermination des nations qui ne les rejoignent pas et passent à l'acte meurtrier en de nombreux endroits.

Aucune crédibilité...

Écrit par : archi-bald | 18/09/2012

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