11/09/2012

Le Conseil fédéral se croit en 1848

Le Conseil fédéral se croit en 1848

 

Oyez bonnes gens, vous n’en croirez pas vos oreilles. Après moult discussions, moult idées, moult projets le Conseil national, devant le blocage psychologique du Conseil fédéral, vient de renoncer à réformer la structure et le fonctionnement du Gouvernement. On ne va tout de même pas lui forcer la main a estimé la majorité du National. Le Conseil des Etats va-t-il relancer la discussion ? On en doute.  Une amélioration semble retenue : augmenter le nombre de Secrétaires d’Etat, soit un peu plus que des hauts fonctionnaires, afin qu’ils épaulent plus et mieux leurs Chefs de département. Mais de là à les remplacer devant le Parlement, à les faire participer aux séances de l’exécutif, il y a un pas que l’on ne semble pas près de franchir.

Le Conseil fédéral était contre l’idée d’augmenter le nombre de ses membres de sept à neuf. Il était également contre l’idée d’allonger d’une année le temps de la Présidence, soit garder le même Président durant deux ans.

On n’allait pas le contrarier…

Ce blocage, cette impasse après des années de débats sont préoccupants.  Comment ne pas constater qu’un fonctionnement mis en place en 1848 n’est plus adapté aux données actuelles ? Certes, la Suisse  est toujours et encore un Etat fédéraliste, même si la marge de souveraineté des cantons s’est rétrécie comme peau de chagrin. Certes, la notion de collégialité est chevillée à l’âme helvétique tout comme l’allergie au pouvoir personnel. Aujourd’hui comme hier il faut également équilibrer les représentations linguistiques et régionales : deux Romands, parfois (trop rarement) un Tessinois et, si possible, des conseillers fédéraux venant de régions différentes ( par exemple deux Zurichois au maximum). Allons même jusqu’à comprendre qu’un Collège avec des membres issus de plusieurs partis travaillera plus facilement à sept qu’à neuf. Mais ces constatations auraient dû doper l’imagination et non pas la stériliser.

Les Genevois vont voter dans un mois sur un projet de nouvelle Constitution. A l’instar de la Constitution vaudoise, il propose une législature de cinq ans et un Président élu pour cette période. Il lui incombera notamment  la responsabilité des relations avec l’Etat fédéral, avec les autres cantons, avec les régions voisines et avec les autorités ou instances internationales dans le champs  des compétences cantonales. Voilà qui est novateur et intelligent. Par ailleurs la répartition des départements ne pourra plus se faire sans l’aval du Parlement cantonal.

Regardons notre Conseil fédéral. Des départements normaux (les finances, les affaires étrangères, la défense) et des départements  mamouths ( l’intérieur, celui des transports, communication, énergie et environnement).  Franchement, un tel déséquilibre est-il raisonnable. Le résultat de ces surcharges n’est-il pas un manque de temps pour les discussions à sept au sien du Collège ? Le risque de ne pas anticiper sur les événements à cet échelon gouvernemental, de ne pas être assez réactif n’est-il pas évident ? Songeons à l’affaire des fonds juifs et, actuellement, aux attaques contre notre place financière.  

Enfin, qui ne voit les pièces jouées sur la scène internationale ? De plus en plus, on assiste à des réunions de chefs d’Etat et de Gouvernement, le tout fortement médiatisé. Or, le Président suisse : un petit tour et puis s’en va.

Qui est, cette année, le Président suisse demandent ces Gouvernants à leurs services de protocole ? Un an, c’est peu pour tisser des liens personnels précieux. En 1848, et longtemps après le  Président de la Confédération ne sortait jamais de Suisse. Le monde a changé.

Et soyons cruel .Doris Leuthard a été une présidente rayonnante. Evelyne Widmer Schlumpf n’a pas vraiment marqué les esprits. Et, l’année prochaine, le Président sera Ueli Maurer. Au secours… Il est évident qu’il nous faudrait un Président pour quatre ou cinq ans qui serait en même  temps en charge des Affaires étrangères.

Hélas, trois fois hélas, nos Conseillers fédéraux, la majorité de nos parlementaires fédéraux parlent de notre avenir mais, dans leurs réflexes institutionnels, la pesanteur de leurs habitudes ils se croient encore en 1848.

 

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Commentaires

Monsieur Eggly, voici un billet très instructif et très intéressant.Je vous remercie de l'avoir publié.

Écrit par : Anne Sophie Dumont | 11/09/2012

@M. Eggly

Tiens, pour une fois que vous avez des idées réformistes, il fallait le souligner et vous en féliciter.

Écrit par : lefredo | 12/09/2012

@Mr Eggly,on vous rassure c'est une pandémie qui n'est pas du seul ressort de la Berne Fédérale

Écrit par : lovsmeralda | 15/09/2012

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