30/08/2012

Liberté-respect-discipline

Liberté-respect-discipline

Deux rappels à l’ordre qu’il vaut la peine d’évoquer. Dans une école privée, la direction s’adresse aux professeurs lors d’une réunion de rentrée. Il faut reprendre la main, ne plus tolérer les téléphones portables allumés en salle de cours et dans les couloirs, la nourriture dans l’école hors du restaurant, les chewing-gums mâchonnés ou collés n’importe où, les bavardages fréquents pendant les cours, les tenues négligées, provocantes ou indécentes etc… Il peut sembler étonnant qu’une direction d’école éprouve le besoin de rappeler de telles exigences, voire de préciser les règles. C’est qu’elle a constaté une sorte de banalisation, non sanctionnée, de ces négligences, ces laisser allers, ces manques de respect. Elle a aussi rappelé les enseignants à leur devoir d’exemplarité sur tous ces points, y compris dans leur langage.  Au fond, une école est un lieu qui a un but, qui doit remplir sa tâche au mieux dans l’intérêt de tous. Il s’agit, certes, de favoriser aussi un goût de la liberté, mais d’une liberté responsable qui donne la possibilité d’une vie partagée dans le cadre donné.   On aimerait que les parents des élèves qui ont choisi une telle école privée jouent le jeu ; dans l’intérêt de la formation intellectuelle de leurs enfants, mais aussi pour la formation de leur personnalité. Et l’on aimerait que ce retour à des exigences de respect de discipline, de comportements adéquats imprègne aussi l’école publique.

Le même jour, dans la Tribune de Genève, on pouvait lire l’information sur la  convention passée entre le Conseiller d’Etat Pierre Maudet et le Procureur général Olivier Jornot. Fixer des priorités, se donner les moyens de les atteindre. Et premières priorités : une lutte déterminée contre la délinquance devenue banale, vols accompagnés de violences de plus en plus fréquentes. Réorganisation d’une police dont on sera à l’écoute mais qui est rappelée à ses devoirs d’obéissance hiérarchique. Dans la fidélité à la séparation des pouvoirs coordination, enfin, entre la police et la justice.  Il y a tous les autres éléments mentionnés, autant de facteurs d’insécurité évidente ou diffuse que l’on connaît. L’important tient à ce que l’on renonce à parler d’un faux sentiment d’insécurité et que l’on renonce aussi à une sorte de langue de bois présentant des buts généraux sans que l’on sache quels chemins sont définis, précisés pour les atteindre.  Non pas que les prédécesseurs de Pierre Maudet n’aient pas déjà accompli des efforts de redressement ; surtout Isabel Rochat. Mais la complémentarité et la coordination Maudet-Jornot est prometteuse. Elle advient, en tous cas au moment où, à Genève comme ailleurs, même en France avec Manuel Wals, la conscience se fait jour qu’il faut évite d’atteindre le point de non retour : celui au-delà duquel le non respect des autres et de la vie en société, le non respect de valeurs de base, la violence au coin de la rue deviendraient en quelque sorte des choses admises, inévitables. Le rappel au respect, à la discipline dans la Cité c’est l’engagement pour la liberté responsable de chacun qui a droit à la protection de l’Etat démocratique. En somme c’est toute une chaîne de la vie humaine à reprendre en main ; de l’éducation dans la petite enfance, en passant par l’école pour arriver aux comportements responsables et respectueux que tout adulte digne de ce nom devrait avoir. Cela ne contredit en rien ni la liberté d’opinion, d’expression, de contestation. Mais cela s’oppose à une sorte de chienlit progressive et banalisée indigne d’une société et d’une civilisation.

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20/08/2012

Innovation cherche liberté

Innovation cherche liberté

L’Organisation des Suisses de l’étranger a tenu son 90 ième congrès à Lausanne. Il fut précédé d’une séance du Conseil dont sont membres les délégués des différentes communautés de Suisses à l’étranger. Parmi les sujets débattus au Conseil il fut naturellement question des banques,  des pressions américaines auxquelles nos autorités cèdent si facilement sans parler des critiques envers le projet de nouvelle convention de double imposition avec la France ; projet envisageant des nouveautés impérialistes françaises incroyables en matière de succession.  

Mais revenons au congrès. Je ressens ici le besoin, dans ce court blog de rentrée, de mettre l’accent sur un point qui a frappé les congressistes. Le thème était mobilité et innovation.  Il y eut des propos attendus. Mobilité des chercheurs, des professeurs, des étudiants, des entrepreneurs, des indépendants artistes et autres…Enrichissement des échanges entre les hommes, des échanges de connaissances, nécessité de favoriser l’aller et retour des Suisses, utilisation de nos expatriés comme points d’appui et rôle aussi de ces Suisses de l’étranger pour donner une image positive de la Suisse, tellement attaquée, ces temps ci, par les autorités étrangères en partie envieuses de nos réussites.

Quant aux capacités d’innovations en tous domaines, la Suisse fait plus que bonne figure en comparaison internationale.

Alors, que de raisons de nous congratuler ? Ce ne fut pas l’essentiel des exposés présentés par deux invités : Elmar Mock, inventeur du concept de la montre Swatch et Kurt Wütrich prix Nobel de chimie. Une fois les raisons de satisfaction admises, ce furent les raisons d’inquiétude quant à l’avenir des innovations qui frappèrent les esprits. Elmar Mock fit une distinction entre les actions de rénovation qui sont indispensables dans tous les secteurs économiques, qui doivent obéir à un plan précis dans un cadre donné et l’ambiance nécessaire aux innovations qui sont des révolutions intellectuelles scientifiques, technologiques, esthétiques… Ces démarches, ces recherches fondamentales pouvant mener à des innovations déterminantes demandent un engagement total, une discipline, certes, de travail mais aussi une grande liberté d’esprit. On chemine, avec un but général mais le cahier des charges précis se construit peu à peu dans le mouvement, le tâtonnement.

Or, dénonce notamment le Prix Nobel de chimie Kurt Wûtrich, les Etats, les instances supranationales telle la Commission de l’Union européenne,  les universités et les hautes écoles (y compris en Suisse) organisent des étouffoirs. Une équipe de chercheurs passe le tiers de son temps, sinon plus, à remplir des formulaires pour demander des crédits, à en remplir pour les justifier, à rendre compte constamment, à déposer des plans de recherche définissant des buts précis.  L’argent public sert en partie à construire des bâtiments, à acquérir des infrastructures qui en jettent. Mais la liberté , la dotation en temps uniquement consacré au cheminement de la recherche sont rétrécies par cette planification bureaucratique envahissante et étouffante. Au fond ce serait vraiment l’illustration de l’adage : le plus est l’ennemi du mieux.

Certes, la responsabilité politique et académique empêche de laisser gambader en tous sens des autoproclamés chercheurs . Il faut bien un cadre et une évaluation générale . Toutefois, mieux vaut prendre une certain risque de gaspillage que de stériliser ce qui peut déboucher sur des innovations. On retrouve ici comme partout, dans ce domaine si vital pour la Suisse, l’impératif de trouver un équilibre entre surveillance et liberté. La Suisse semble devoir retrouver cet équilibre qui serait en péril. Elle plus que d’autres pays en a besoin. Il est intéressant  que cela ait été dit avec autant de force devant les représentants des Suisses de l’étranger.

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