01/07/2012

Isabel Rochat:chapeau bas

Isabel Rochat : chapeau bas

 

Tout le monde a suivi l’élection formidable de Pierre Maudet au Conseil d’Etat genevois. Déjouant les pronostics arithmétique, il a pulvérisé la porte en démontrant un tempérament politique époustouflant et une énergie impressionnante. Chacun se demandait quel département serait dévolu au nouvel élu. C’est Justice et Police et c’est très bien. La campagne a beaucoup évoqué l’insécurité qui inquiète la population. Les trois candidats se sont beaucoup affrontés sur ce sujet. Donner ce département au gagnant relève d’une logique et d’une cohérence dont le Gouvernement genevois n’a pas toujours fait montre.

Mais les journalistes n’ont pas résisté à la tentation de voir dans cette nouvelle distribution un désaveu infligé à la conseillère d’Etat Isabel Rochat, en charge de Justice et Police depuis décembre 2009. C’est parfaitement injuste et la remise à l’endroit de l’analyse s’impose. Une chose est vraie : en laissant ce département difficile à une nouvelle élue qui désirait d’autres attributions les collègues d’Isabel Rochat ont alors manqué et de générosité et de courage. Ces hommes d’expérience lui ont sans gêne refilé la patate chaude. Elle a fait face. Elle n’ a pas trouvé rapidement la bonne longueur d’onde pour la communication.   Elle a aussi éprouvé la rudesse et certaines mauvaises habitudes du syndicat de la police. Autant on a envie de soutenir et de valoriser les policiers qui accomplissent une tâche essentielle et difficile, autant on a parfois l’impression que leurs représentants syndicaux ont oublié l’essentiel : une spécificité de nature militaire, où le respect interne de la hiérarchie mais aussi l’obéissance sans ambiguïté à l’autorité civile devraient être à l’honneur. La motivation d’un agent de l’ordre public, tout comme celle d’un officier de l’armée devrait être avant tout le désir de servir, avant toute revendication d’ordre syndical. Cela n’empêche pas, au contraire, que l’on soit plus attentif aux exigences nécessaires à l’accomplissement de la mission : plus d’effectifs, temps de récupération suffisants, éventail des possibilités de formation, tout cela impliquant évidemment une priorité budgétaire.

Revenons à l’action de fond d’Isabel Rochat. Elle a empoigné les dossiers. Elle a fait passer une nouvelle loi sur la police. Elle a donné l’élan à des réorganisations opérationnelles, avec plus de présence sur le terrain qui a déjà eu des effets positifs. Elle a obtenu une augmentation de l’effectif. Elle a débloqué le chemin pour la construction d’une nouvelle prison. Elle a inspiré et appuyé la conseillère fédérale Simonetta Somarugua pour obtenir des renvois de requérants d’asile déboutés, parfois délinquants, grâce à des accords de réadmission. Par exemple récemment avec la Tunisie. Il y aurait d’autres éléments à relever. Mais relevons ici que beaucoup se sont plu à une sorte de chasse aux couacs éventuels plutôt que d’être attentifs aux actions entreprises.

Dès lors, c’est sans rougir le moins du monde qu’Isabel Rochat a pu consentir de bon gré à passer le témoin à Pierre Maudet. Bien sûr, dans l’application et les prolongements de cette politique Pierre Maudet aura ses atouts propres. Il maitrisera, comme il sait tellement le faire, la communication et il aura sans doute le bon mélange civil-militaire pour parler avec les policiers. Mais, au moment de la nouvelle élection du Gouvernement, en 2013, ce sont bien les actions successives et complémentaires des deux magistrats qui mériteront d’être mises en évidence.

De même en sera-t-il pour le département de l’emploi et de la solidarité que reprend Isabel Rochat des mains de François Longchamps.  Enfin, quel que soit l’importance de la personnalité d’un élu, n’oublions pas que l’alchimie au sein du collège est capitale. Isabel Rochat, Pierre Maudet et les autres ont le devoir de discuter en collège de tout ce qui est important et de gouverner ensemble. Si la nouvelle Constitution est acceptée par le peuple, le 14 octobre prochain, il y aura un Président en place tout au long d’une législature de cinq ans, et qui aura le devoir d’assurer cette cohésion de l’action gouvernementale.

Alors, bon vent à Pierre Maudet, chapeau bas à Isabel Rochat et un peu de bonnes vacances à tous deux. Il ne faut pas épuiser sa monture.          

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Commentaires

Ces attaques contre ce département seraient-elles le résultat d'un cumul d'amendes d'ordre dont les rappels ne sont pas toujours appréciés comme il se doit?tandis que la police elle fait un travail super ,les isolés de notre canton disent tous* Chapeau bas Messieurs* !
De plus ces attaques perfides ne doivent en aucun cas favoriser le moral des troupes,dommage si l'on sait le nombre toujours plus grand de gens seuls et qui eux ont besoin d'être sécurisés justement à cause d'une presse torchon qui ne cesse d'inventer moults faits divers juste pour le besoin du scoop

Écrit par : lovsmeralda | 01/07/2012

Cher Monsieur,

D'abord bravo pour cette prise de position, car Mme Rochat mérite bien plus que ce que l'on a pu lire à son endroit.
Comme c'est coutume dans ce monde on jette en pâture, puis on regarde comment la victime se sort du piège.
En fait, il est de bon ton à ce jour de "rapporter" comme les mauvais élèves savent le faire, et surtout de dénoncer tout ce qui peut l'être.

Mais bien peu se rappelle des événements tels que vous les avez précisément décrits, et votre article rend justice, hommage et vérité à cette courageuse Conseillère d'État.

Bien à vous

André Jacot-Descombes

Écrit par : Jacot-Descombes André | 02/07/2012

Cher Monsieur,
Une nouvelle fois vous faites preuve de bons sens dans vos propos, ce qui ne semble pas être le fait d'autres personnes dans la République et ceci tous partis confondus. Mme Rochat a hérité d'une situation et d'un climat déplorables. Elle a été seule, très seule, et ce malgré des situations ou il aurait fallu voir un CE uni face à l'ampleur de la tâche ! L'avenir nous montrera si le choix du magistrat actuel est le bon. Il est plus que temps de remettre de l'ordre dans la maison "État de Genève" et pas seulement Police.
Il est aussi bon de rappeler que Monsieur Maudet ne pourra faire seul et il devra rapidement en prendre conscience et oublier le microcosme "Ville de Genève". Les enjeux ne sont plus les mêmes.
Bonne chance à lui et MERCI à Madame Rochat pour son travail fort peu reconnu.

Écrit par : tempestlulu | 03/07/2012

Comment vouloir justifier l'incompétence et l'injustifiable...ou serait-ce l'ancestral réflexe de la protection de la politique des petits copains (et des petites copines)?

Et votre référence à la structure militaire, à l'honneur, etc., un relent d'une époque révolue! Si je ne trompe pas, il est inscrit "Police", et non "Gendarmerie", sur les voitures, les postes, les uniformes, etc. Il doit y avoir des raisons, notamment par le fait que le Politique a souhaité se calquer sur la CEDH.

Et qu'en est-il de l'honneur des Politiciens (promesses rarement tenues) et de la Justice (dont le nom n'évoque en aucune façon le travail qu'elle devrait rendre aux citoyens victimes d'infractions...) ?

Quand bien même M. Maudet aurait toute la meilleure volonté du monde, il sera bloqué dans son action par la limitation des moyens de la police, voulue par la gauche...et prioritairement par le PLR!

Le grand cirque continue, avec la même symphonie!

Écrit par : Bob Pahud | 08/07/2012

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