26/06/2012

Le sport ou les conflits arbitrés

La semaine est au sport plus qu'à la politique. La France est sortie de son enfilade électorale et les médias s'offusquent encore ou se délectent du coup bas de la petite peste entrée à l'Elysée, coup bas porté à l'ambitieuse royale presque décapitée. Quand au Président, après quelques décisions immédiates se référant à sa promesse de justice, le voici devant les vrais problèmes, avec un budget 2013 dont la préparation est sous la surveillance vigilante de Bruxelles. Comme quoi la marge de manœuvre et de souveraineté est devenue sans rapport avec les proclamations électorales. Dans une moindre mesure, certes, puisqu'elle n'est pas dans l'Union européenne, la Suisse éprouve aussi ces limites au fil de négociations indispensables mais de plus en plus laborieuses avec Bruxelles.

Où l'identité nationale peut-elle encore donner sa pleine mesure ? Peut être dans le sport, comme on le voit avec l'Euro de football. Non pas dans les confrontations de clubs, les plus riches ayant des joueurs venant de tous horizons ; mais lors d'événements comme l'Euro ou le championnat du monde. Dans le pire des cas, avec des sports populaires, singulièrement le football, l'agressivité sur le terrain est dépassée par celle qui éclate dans les gradins et aux abords des stades. On en a eu des exemples terrifiants. Et puis il y a tous ces bruits sur les matchs truqués, les paris se nourrissant de la corruption. Mais, dans le meilleur des cas, ces matchs sont des démonstrations de conflits organisés, maitrisés, arbitrés. Oh, on aimerait dire que ce n'est qu'un jeu et que le plaisir est dans la participation et dans le spectacle. Or, il y a plus que cela.

Les matchs d'aujourd'hui sont vraiment des confrontations dont l'enjeu avale tout cru le simple plaisir de jouer. Gagner et c'est l'exultation. Perdre et c'est l'abattement, celui des joueurs et des supporters proches ou lointains. Mais il y a le temps du match, le cadre obligé et l'arbitrage sanctionnant les fautes, tranchant sur les contestations. Au fond, il y a quelque chose à retenir du sport dans l'observation du champs politique. Les politiciens ayant pratiqué beaucoup le sport ne sont pas rares. Le conseiller d'Etat vaudois Philippe Leuba a été arbitre, jusqu'au niveau international. Le toujours si populaire Adolf Ogi a été directeur de l'équipe suisse de ski avant d'être conseiller fédéral puis délégué spécial de l'ONU pour le sport. Il croit dur comme fer à l'éducation des jeunes par le sport, notamment dans le tiers monde.

En y réfléchissant, on se dit qu'il y a bel et bien un atout à saisir. Bien éduqués, bien encadrés, motivés par des arguments et des encouragements sachant retenir une dimension éthique, les jeunes peuvent acquérir une compréhension de ce qu'est une confrontation dont le but est affirmé mais dont la violence devrait être purgée. Reste, il est vrai, que ce but est la victoire. En politique, nationale ou internationale, l'objectif initial est bien de gagner le plus possible mais l'objectif final est de trouver un équilibre, une balance sinon un compromis permettant de tracer une ligne d'action acceptée et soutenue par le plus grand nombre. Donc, si le sport devrait apprendre à se battre dans le respect des autres, il ne donne pas la clé pour un consensus. Mais avant d'y tendre, il faut déjà maitriser toute violence indue dans la compétition. Dans le meilleur des cas, le sport non coupé de ses valeurs peut être une inspiration et un repère.

 

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12/06/2012

Alliances politiques: à gauche on joue Tartuffe

Alliances politiques : à gauche on joue Tartuffe

 

On veut parler d’abord de la France, bien sûr. Le Parti socialiste condamne  l’UMP au motif que cette dernière ne donne pas à certains de ses candidats aux législatives la consigne de se retirer et de recommander un vote pour le candidat du PS lorsque le risque existe d’une élection d’un candidat du Front national. Les dirigeants de l’UMP ont décidé que la consigne serait de ne voter ni pour le FN ni pour le PS. Trahison des valeurs républicaines dénonce-t-on à gauche. Et Martine Aubry, elle, demande à ses candidats mal sortis au premier tour de faire barrage à un candidat FN en recommandant de voter pour un candidat UMP. Sainte Martine républicaine !

Allons, cessez de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Pour le PS, assuré d’une majorité, c’est plus facile de jouer de la vertu républicaine en stigmatisant le Front national et en dénonçant ceux qui le banalisent. L’ennui c’est que ces mêmes Socialistes ne trouvent, depuis longtemps, rien à redire à des alliances électorales, et plus encore, avec l’extrême gauche. François Mitterrand a conquis la Présidence grâce à un Pacte, un programme commun avec leParti communiste de Georges Marchais. Un homme et un Parti qui n’avaient pas critiqué l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie en 1968, sans parler de Budapest en 1956. D’ailleurs, ce fut le dernier parti stalinien. Et si Jean Luc Mélanchon a irrité le PS, ce dernier n’en a pas moins compté sur son appui final, voyant en lui un interlocuteur républicain parfaitement respectable. Il admire la dictature cubaine : la belle affaire. Marine Le Pen, contrairement à son père, n’a jamais eu de paroles antisémites ou révisionnistes : elle doit pourtant être vue comme sulfureuse et considérée comme étrangère aux valeurs républicaines.  

En fait, quiconque a plongé dans la politique a observé, chez les gens de gauche, cette propension à condamner moralement la droite, disons libérale, quand elle s’avise de lorgner un peu plus sur sa droite, tout en estimant légitime et vertueuse une union de la Gauche jusqu’à son extrême.

Jamais, en France, l’auteur de ces lignes ne voterait pour le Front national. Trop éloigné de son programme et aussi de son style. De même, il lui serait inimaginable de voter MCG à Genève et surtout pour son candidat au Conseil d’Etat. Et une alliance électorale générale avec l’UDC semble peu envisageable ; ce qui n’empêche pas des concertations sur des sujets.  Mais cette réaction est personnelle. Elle  ne signifie pas condamnation morale de ceux qui analyseraient la situation autrement. Surtout, comme l’a relevé le professeur Bernard Debré candidat UMP à l’Assemblée nationale, les Socialistes et les Verts n’ont pas de leçon de vertu républicaine à donner, eux qui pour gagner ont depuis longtemps embrassé très large.

Pour en revenir à la France. Le scrutin majoritaire déterminant l’élection de l’Assemblée nationale n’est pas sain. Que le FN, qui a obtenu 18% des électeurs à la présidentielle, n’ait qu’une toute petite chance d’élire un ou deux députés, voilà qui n’est pas normal. Ce décalage est source de tension et de stimulation sur le terrain pour cette extrême droite. Et si l’UMP a mille raisons de ne pas être sur la même longueur d’onde que le FN, tout en étant devenue plus attentive à certains problèmes comme celui de l’immigration, elle a aussi mille raisons de penser que la majorité de gauche ne va pas armer la France pour surmonter la crise actuelle. Le ni ni tant décrié  pour le deuxième tour des législatives est cohérent et légitime ; n’en déplaise aux Tartuffe qui surjouent les pères et les mères la vertu.

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10/06/2012

Politique étrangère:pas à la roulette

Politique étrangère : pas à la roulette

 

Nous allons voter sur l’initiative de l’Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN). Elle entend que le peuple et les cantons votent obligatoirement sur tous les accords de politique étrangère importants. Certes, le Parlement devrait, chaque fois, estimer l’importance. Le texte de l’Initiative est donc vague mais la pression sera évidemment forte. Même en ne poussant pas au maximum l’interprétation nul doute que l’on votera beaucoup plus sur de tels accords. Chaque année ou presque y verra son lot. Et, chaque fois, la double majorité du peuple et des cantons serait requise pour une ratification.

Une première objection jaillit. Trop de démocratie directe nuirait à la démocratie directe. Ce système qui fait la singularité de la Suisse demande une grande motivation des citoyens. Franchement, l’effort doit porter sur l’information des citoyens, sur la qualité des débats et non sur une surcharge de l’autoroute civique déjà bien saturée.

Mais, à supposer que l’envie d’une augmentation des droits populaires vous démange pourquoi, alors, ne pas les élargir pour tous les domaines d’engagement de l’Etat ; social, financier, universitaire etc.. La raison est simple. C’est la politique étrangère que l’ASIN veut combattre pour ne pas dire paralyser. Ce sont particulièrement les Accords nous liant à l’Union européenne qui sont dans leur collimateur. L’obsession, qui est aussi celle de l’UDC, est la protection de notre soit disant souveraineté contre ce Conseil fédéral, ces partis ces médias qui ne rêveraient qu’à nous inféoder à une UE dont le spectacle serait pourtant affligeant ; contrastant avec la bonne santé d’une Suisse sautillant allègrement hors de ce bourbier.

Il n’y a aucune lucidité dans cette position. Certes, après le refus de l’EEE, en 1992, Berne a remarquablement négocié des Accords bilatéraux. Elle n’en a pas moins dû reprendre nombre d’acquis communautaires qui avaient été décidé sans qu’elle ait eu droit au chapitre dans leur élaboration. Et tous les indices semblent montrer que ce sera toujours plus le cas. Sans doute la Suisse se porte-t-elle dix fois mieux que des pays membres de l’Union : l’Espagne, l’Italie ou la France. Mais cela tient assurément à ses caractéristiques internes. Au sein de l’UE, quelle ressemblance y a-t-il entre l’Allemagne, voire l’Autiche ou la Suède et la Grèce, l’Espagne ou l’Italie.

La réalité est que la nature de nos relations, vitales, avec l’UE est une question bel et bien posée. Nous n’y échapperons pas. Il est de plus en plus indispensable que le Conseil fédéral, --si possible collégialement moins un (suivez le regard…)---soutenu par une majorité parlementaire développe une vision, une stratégie, une pédagogie à usage interne afin d’imprimer à notre politique un mouvement identifiable, reconnaissable. Le pragmatisme dans la manœuvre a du bon. Il ne saurait tenir lieu, à long terme, de vision et de stratégie. Or, l’Initiative de l’ASIN, si elle s’imposait, serait une condamnation à une politique du coup par coup, à un jeu de roulette donnant un poids énorme aux petits cantons lors des votes. Il est évident que la défense en continu de nos intérêts en pâtirait, que notre crédibilité internationale en subirait les conséquences et que notre soit disant souveraineté serait vidée de substance en proportion de sa proclamation populiste.

Ah, vraiment, cette Initiative de l’ASIN serait mauvaise pour le pays. Mais on peut avoir confiance dans la sagesse du peuple et des cantons interpellés sur une telle question de principe. Ils écarteront la tentation.   

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