12/06/2012

Alliances politiques: à gauche on joue Tartuffe

Alliances politiques : à gauche on joue Tartuffe

 

On veut parler d’abord de la France, bien sûr. Le Parti socialiste condamne  l’UMP au motif que cette dernière ne donne pas à certains de ses candidats aux législatives la consigne de se retirer et de recommander un vote pour le candidat du PS lorsque le risque existe d’une élection d’un candidat du Front national. Les dirigeants de l’UMP ont décidé que la consigne serait de ne voter ni pour le FN ni pour le PS. Trahison des valeurs républicaines dénonce-t-on à gauche. Et Martine Aubry, elle, demande à ses candidats mal sortis au premier tour de faire barrage à un candidat FN en recommandant de voter pour un candidat UMP. Sainte Martine républicaine !

Allons, cessez de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Pour le PS, assuré d’une majorité, c’est plus facile de jouer de la vertu républicaine en stigmatisant le Front national et en dénonçant ceux qui le banalisent. L’ennui c’est que ces mêmes Socialistes ne trouvent, depuis longtemps, rien à redire à des alliances électorales, et plus encore, avec l’extrême gauche. François Mitterrand a conquis la Présidence grâce à un Pacte, un programme commun avec leParti communiste de Georges Marchais. Un homme et un Parti qui n’avaient pas critiqué l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie en 1968, sans parler de Budapest en 1956. D’ailleurs, ce fut le dernier parti stalinien. Et si Jean Luc Mélanchon a irrité le PS, ce dernier n’en a pas moins compté sur son appui final, voyant en lui un interlocuteur républicain parfaitement respectable. Il admire la dictature cubaine : la belle affaire. Marine Le Pen, contrairement à son père, n’a jamais eu de paroles antisémites ou révisionnistes : elle doit pourtant être vue comme sulfureuse et considérée comme étrangère aux valeurs républicaines.  

En fait, quiconque a plongé dans la politique a observé, chez les gens de gauche, cette propension à condamner moralement la droite, disons libérale, quand elle s’avise de lorgner un peu plus sur sa droite, tout en estimant légitime et vertueuse une union de la Gauche jusqu’à son extrême.

Jamais, en France, l’auteur de ces lignes ne voterait pour le Front national. Trop éloigné de son programme et aussi de son style. De même, il lui serait inimaginable de voter MCG à Genève et surtout pour son candidat au Conseil d’Etat. Et une alliance électorale générale avec l’UDC semble peu envisageable ; ce qui n’empêche pas des concertations sur des sujets.  Mais cette réaction est personnelle. Elle  ne signifie pas condamnation morale de ceux qui analyseraient la situation autrement. Surtout, comme l’a relevé le professeur Bernard Debré candidat UMP à l’Assemblée nationale, les Socialistes et les Verts n’ont pas de leçon de vertu républicaine à donner, eux qui pour gagner ont depuis longtemps embrassé très large.

Pour en revenir à la France. Le scrutin majoritaire déterminant l’élection de l’Assemblée nationale n’est pas sain. Que le FN, qui a obtenu 18% des électeurs à la présidentielle, n’ait qu’une toute petite chance d’élire un ou deux députés, voilà qui n’est pas normal. Ce décalage est source de tension et de stimulation sur le terrain pour cette extrême droite. Et si l’UMP a mille raisons de ne pas être sur la même longueur d’onde que le FN, tout en étant devenue plus attentive à certains problèmes comme celui de l’immigration, elle a aussi mille raisons de penser que la majorité de gauche ne va pas armer la France pour surmonter la crise actuelle. Le ni ni tant décrié  pour le deuxième tour des législatives est cohérent et légitime ; n’en déplaise aux Tartuffe qui surjouent les pères et les mères la vertu.

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Commentaires

Où l'on retrouve les ambiguités de la droite à l'encontre de l'extrême droite... Et les leçons de morale tout aussi insipides que celles de la gauche sur l'attitude à avoir ou pas, les leçons à donner ou non, par rapport aux petits fachos genevois du MCG et de l'UDC.

Et où l'on retrouve JSE devisant encore et toujours sur les mauvais aspects du système politique français, qui lui ont servi, des années durant, de faire-valoir de la prétendument parfaite démocratie suisse.

Il n'y a là rien de vertueux, juste une répétition ad nauseam, d'une autosatisfaction aussi stupide que dénuée de fondement.

Je suis plutôt de droite, mais je ne voterai jamais ni MCG, ni UDC ni FN. Chacun sa conscience.

Écrit par : Déblogueur | 13/06/2012

Monsieur Eggly,
Juste un mot : En Suisse comme en France, l'extrême-gauche et l'extrême droite sont différentes dans leur essence même. Il y a beaucoup d'amalgames dans votre texte (populiste), même si vous restez un bon journaliste!!

Écrit par : Anarchique | 13/06/2012

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